Photo : Collège Charles-Lemoyne

Les écoles préparatoires et les programmes de 12e année sont-ils des chemins qui incitent les meilleurs étudiants-athlètes à quitter le Québec? Est-ce que ce sont des moyens créés pour sortir des structures de développement déjà établies? C’est souvent ce qu’on leur reproche. Ce troisième volet du dossier présentera le point de vue de ceux qui questionnent le bien-fondé de ces options.

Tout d’abord, il faut établir clairement une chose. La 12e année (ou 6e année de secondaire) n’est pas reconnue par le ministère de l’Éducation. Et un étudiant qui quitte avant d’avoir obtenu son diplôme de secondaire 5 sera considéré comme un étudiant étranger à son retour. D’ailleurs, voici la position officielle du gouvernement à ce sujet :

« Ces programmes de 12e année ne sont pas autorisés ni par le ministère de l’Éducation, ni par celui de l’Enseignement supérieur. Ainsi, la qualité de ces programmes n’est pas du tout encadrée et le Québec ne décerne aucun diplôme pour eux. Notez d’ailleurs qu’il est illégal de faire la promotion de ce programme comme étant un programme reconnu par le gouvernement du Québec. Notez également que les établissements d’enseignement privés offrant ce genre de programme ne sont pas subventionnés par le Ministère pour offrir ces programmes.

Puisque les programmes de 12e année ne sont pas encadrés par la Loi sur l’instruction publique ni le Régime pédagogique de l’éducation préscolaire, de l’enseignement primaire et de l’enseignement secondaire, il n’est pas possible d’intégrer un tel programme dans les organismes scolaires. Cela envoie enfin un très mauvais message par rapport au réseau collégial québécois francophone et anglophone, qui offre une formation préuniversitaire et technique d’une excellente qualité. »

Cette non-reconnaissance par l’état a un impact direct sur ce que peut faire le Réseau du sport étudiant du Québec à propos des programmes sportifs « Prep ». « Ça fait déjà quelques années qu’on se penche sur ce dossier », nous mentionne Gustave Roël, pdg du RSEQ. « À l’intérieur du réseau, pour leur faire une place, il faut d’abord que les étudiants soient reconnus. On cherche des avenues pour les intégrer, mais d’une manière ou d’une autre, tout dépend de la reconnaissance par le Ministère. »

Le RSEQ à qui on demande de réfléchir à la question renvoie donc la balle au MEQ. Ultimement, c’est ce Ministère qui détient la clé. Ceci dit, ce n’est pas tout d’intégrer des programmes sportifs au RSEQ, il faut voir si c’est cohérent d’approuver une nouvelle avenue qui aurait pour effet de diriger des élèves-athlètes à l’extérieur du système déjà en place.

Gustave Roël / Crédit : Agence QMI

« Ce sont les établissements qui choisissent de créer cette nouvelle offre. Et ce ne sont que les écoles privées qui peuvent le faire. On se retrouve encore une fois avec un système où les obligations ne sont pas les mêmes pour les institutions publiques et privées. C’est vrai que l’offre n’est peut-être pas assez variée et c’est bien d’offrir plus de choix mais est-ce que le modèle du « prep school » est le bon sachant qu’il va envoyer des étudiants à l’extérieur de la province? », d’ajouter M. Roël.

Celui-ci termine en posant d’autres questions. « Je comprends les besoins individuels auxquels on veut répondre, mais quel est l’impact sur le reste? Est-ce qu’on développe le capital humain québécois ou si on contribue à un exode? Aussi, pourquoi voudrait-on créer un modèle que seul le privé peut offrir? Et l’intérêt des écoles privées qui proposent la 12e année, quel est-il en réalité?

Bulletinsportif en a discuté avec des entraîneurs qui voient des jeunes élèves et étudiants athlètes quitter le Québec.

Isabelle Chiasson, responsable du programme de basketball masculin à l’école secondaire Saint-Laurent en a vu passer des joueurs au fil des ans. Le chant des sirènes est souvent fort. « Les « Prep Schools », ça a commencé en Ontario. En en créant ici, l’intention est de garder les jeunes au Québec. C’est bien pour ceux qui n’ont pas les notes, mais ça devient aussi une option pour justifier de prendre plus de temps pour finir ses cours. »

Isabelle Chiasson, entraîneure-chef de l’équipe juvénile de basketball masculin de l’Express de Saint-Laurent

Mme Chiasson ne voit pas la 12e année comme quelque chose d’hyper négatif à la base, mais elle ne voit pas en quoi c’est mieux que ce qui est déjà fait. Elle croit qu’il y a beaucoup de rêve qui est vendu à travers ça.

« On leur fait croire bien des choses aux jeunes. Mais c’est loin d’être toujours avantageux pour leur développement. Les meilleurs écoles préparatoires en Ontario offrent vraiment de belles choses, mais pour plusieurs, c’est un peu n’importe quoi. »

Isabelle Chiasson

Elle ajoute : « Les universités aiment recruter des athlètes plus vieux. C’est l’avantage qu’offre le cégep au Québec. » Un argument repris par Isabelle Leclaire, entraîneure-chef des Carabins de l’Université de Montréal au hockey et Pete Chryssomalis, récemment retraité de son rôle d’entraîneur-chef de l’équipe de football des Cheetahs de cégep Vanier.

D’ailleurs, Chryssomalis fait partie de ceux qui n’aiment vraiment pas voir les meilleurs étudiants-athlètes prendre le chemin des écoles préparatoires. « Nous perdons chaque année tellement de bons joueurs qui quittent pour ces écoles aux États-Unis. C’est compréhensible pour les exceptionnels, mais la majorité des jeunes finissent par revenir de toute façon après avoir été déçus. Je déplore que des écoles secondaires et certains adultes vendent l’idée de placer un maximum de joueurs dans la NCAA. Ça finit par avoir un effet sur la qualité de nos ligues collégiales. »

Pete Chryssomalis, récemment retraité de son poste d’entraîneur-chef des Cheetahs de Vanier

« Les cégeps développent très bien les jeunes. Académiquement et athlétiquement. Les preuves sont là pour démontrer que nous faisons bien depuis des années », ajoute-t-il.

« Si vous excellez en D1 collégiale, vous aurez une réelle chance de jouer dans la NCAA. Les entraîneurs là-bas aiment nos jeunes qui sortent du cégep. Ils nous le disent qu’ils sont bons et prêts pour leur niveau. »

Peter Chryssomalis

Il faut rappeler que les étudiants-athlètes qui quittent après leur secondaire 5 sont pour la très vaste majorité obligés de refaire leur 11e année dans l’école préparatoire américaine. Ils ne font donc pas une, mais deux années de plus avant d’entrer à l’université. Ce qu’ils ne réussissent pas tous à faire, loin de là. Alors plusieurs reviennent au Québec.

Le vétéran entraîneur juge qu’il est temps que le RSEQ se lève et explique aux parents dans quoi ils s’embarquent quand ils choisissent d’envoyer leurs enfants dans des « Prep Schools ».

Et justement, que peuvent faire ceux qui sont contre la voie des écoles préparatoires ou de la 12e année? Ça dépend de votre rôle, mais chacune a certainement des moyens.

Par exemple, les fédérations sportives qui ont le pouvoir d’intégrer ou non les équipes en tant que membres ont certainement une clé de la réponse. Quand on a vu la réaction de Hockey Québec face à la venue du programme « Prep » du Collège Bourget, on a bien compris que ce n’est pas toujours simple pour une nouvelle équipe de fonctionner en-dehors des cadres de sa fédération. Si l’arrivée de programmes « Prep » fragilise les structures établies, la fédération va tenter de les protéger. On autorise les équipes masculines sans problème, mais c’est plus délicat du côté féminin.

Les cégeps doivent se présenter à la plaque et commencer à promouvoir la qualité de leur offre. Pendant des années, ces institutions ont été la voie directe après le secondaire. S’ils offrent mieux que les écoles préparatoires, c’est aussi à ce réseau de se faire valoir.

C’est d’ailleurs un des éléments soulevés par Patricia Demers, directrice générale de la Fondations de l’athlète d’excellence du Québec (FAEQ). Cet organisme qui fêtera ses 40 ans a été créé justement pour accompagner les étudiants-athlètes et les inciter à poursuivre leur parcours au Québec. Aujourd’hui, les choses ont évolué.

« Les cégeps doivent faire une meilleure job pour se vendre. »

Patricia Demers

« Les jeunes ne perdent aucune année d’admissibilité à l’université en passant par le cégep. Aussi, même si dans la grande majorité des cas, c’est bon, les cégeps doivent offrir un meilleur encadrement.»

Patricia Demers, directrice générale de la Fondation de l’athlète d’excellence du Québec

« L’exode vers les « Prep Schools » ce n’est pas nouveau. La question qu’on se pose est à savoir si la réussite des jeunes est réellement au centre des priorités de ceux qui offrent ces programmes. Ce n’est pas toujours le cas, c’est une business. On vend le rêve et ce ne sont pas juste les jeunes qui y le souhaitent, leurs parents aussi et on ne doit pas se battre contre le rêve», commente madame Demers.

Elle ajoute du même souffle : « On sait qu’on ne peut pas toujours rivaliser avec le calibre américain. Alors on a évolué dans notre vision. On sait que ce n’est pas nécessairement le paradis annoncé aux États-Unis. Maintenant, on comprend qu’il y en a toujours qui vont partir, mais que plusieurs voudront revenir. On garde contact avec eux. S’ils choisissent de revenir, on facilite les choses en leur offrant des bourses. »

Ce fut le cas notamment pour des joueurs de football comme Kevin Mital, Kalenga Muganda et Jonathan Sénécal. La Fondation leur a offert des bourses lorsque les choses ne se sont pas passées comme prévu au sud de la frontière et qu’ils ont fait le choix de revenir faire leurs études universitaires au Québec.

Alors, est-ce que la 12e année ou les « Prep Schools » c’est une bonne chose? Est-ce l’avenue qui vous mènera vers votre objectif? Est-ce une industrie aux intérêts purement mercantiles ou une réelle option mieux adaptée à la réalité de milliers d’étudiants-athlètes?

Veut-on intégrer cette nouvelle offre au système actuel? Si oui, comment? Bien des questions demeurent et le débat va continuer. L’important est surtout de savoir que peu importe la position, il y a des nuances à faire et des réalités à comprendre avant de condamner une option et ses défenseurs.

Pour lire ou relire les deux articles précédents du dossier :