Les «Prep Schools au Québec» – Partie 2 : Répondre à un besoin

La question qui vient à l’esprit quand on entend parler de la possibilité de faire une 12e année au Québec est : Pourquoi? Notre système d’éducation inclut un passage par le cégep avant d’aller à l’université. Alors quel est l’intérêt de s’inscrire à une 12e année, qui de surcroît n’est pas reconnue par notre ministère de l’Éducation? Plusieurs raisons sont invoquées.

« Le modèle du « Prep School » répond à une demande », clâme d’emblée Maxime Bérubé, responsable des sports au Collège Bourget. « Les études de marché qu’on a faites ont démontré qu’il y avait une opportunité. Et la demande est aussi venue de parents. » Rappelons que le Collège Bourget a fait parler de lui plus tôt cet automne lorsqu’on a appris que son programme de hockey féminin « prep » n’allait pas être sanctionné par Hockey Québec.

C’est d’ailleurs cette histoire qui a initié mon désir d’en savoir davantage sur les écoles préparatoires au Québec. Et c’est en parlant à de nombreux intervenants que j’ai pu comprendre ce qui les pousse dans cette direction.

Adam Spirk, directeur des sports au Collège Stanstead, explique un des avantages de son modèle : « Les étudiants vont à l’école de 8h30 à 15h30. Ensuite, ils pratiquent, soupent et étudient. Le sport est fini à 18h30 et les matchs se jouent la fin de semaine. En comparaison, au sport-études, les jeunes sont à l’école la moitié de la journée et jouent souvent des matchs la semaine. »

L’encadrement offert est un élément récurrent quand on entend parler des écoles préparatoires. Claude Trudel, consultant spécialisé dans le placement d’étudiants-athlètes aux États-Unis, n’en démord pas. « Les « Prep Schools » rendent les étudiants meilleurs. Le multisport est possible et encouragé. Les classes sont réduites et les professeurs sont accessibles en tout temps. Mais pour arriver à s’y faire une place, il faut déjà être parmi l’élite autant dans son sport qu’au niveau académique et même dans l’implication communautaire. »

Claude Trudel / Photo : LinkedIn

Trudel, qui commande des honoraires d’environ 5000$ par élève qu’il accompagne, ajoute : « Ce ne sont que 2% de tous les athlètes de niveau High School aux États-Unis qui vont se tailler une place dans une équipe NCAA de division 1. Il faut être parmi la crème de la crème. C’est pour ça que, personnellement, je choisis ceux avec qui je veux entamer ce processus. Je ne vends pas du rêve. Je leur explique qu’ils devront se préparer pendant plus d’un an avant de pouvoir gagner leur place. »

« Pas le temps pour une blonde et il faudra travailler avec des préparateurs physiques et des entraîneurs spécialisés. C’est difficile, mais ça en vaut la peine pour ceux qui peuvent le faire. C’est une expérience de vie incroyable.»

Claude Trudel, Consultant « Quebec Prep School »

Si les écoles préparatoires promettent un environnement extraordinaire, qu’en est-il de la 12e année, celle qu’on ajoute au bout du parcours scolaire traditionnel? Pourquoi aller faire cette sixième année de secondaire au lieu d’aller au cégep?

« Pour aller plus vite et pour la flexibilité », répond Scott McLeod de président de Northern Pre-University (NPU). Ce qui est offert vient globaliser l’accès aux universités. Notre premier mandat est de faciliter l’obtention des bourses pour les athlètes d’élite. Le processus de diplomation en passant par le cégep prend du temps. Certains athlètes de haut niveau risquent de perdre des opportunités car on va offrir la bourse qui leur était destinée à un autre. C’est très important ce que fait le RSEQ, mais, il y a d’autres chemins qui existent. Plusieurs élèves ne sont pas intéressés par le RSEQ. »

L’encadrement, le temps sont des arguments valides, mais c’est discutant avec Terry Annilus, responsable du programme de basketball au Collège St-Jean-Vianney (CSJV) qu’un autre aspect nous est présenté. Celui de récupérer des jeunes. De les garder dans les mailles du système.

« La 12e année permet à plusieurs jeunes d’êtres sauvés. C’est souvent une deuxième chance pour ceux qui n’ont pas les notes afin d’entrer au cégep de poursuivre leur passion du sport tout en étant encadrés. Le nombre d’athlète de top niveau qui n’ont pas les notes est hallucinant. »

Terry Annilus, responsable du programme de basketball du CSJV

Annilus explique que ceux qui doivent aller à l’éducation aux adultes pour terminer leur secondaire n’ont plus le même encadrement académique et sportif. « De bons athlètes sortent du système d’éducation et des équipes scolaires et n’y reviennent plus. Pourtant, c’est souvent loin d’être par manque d’efforts. Il y en a plein que ont des TDAH ou d’autres conditions non diagnostiqués. Est-ce qu’on doit les laisser tomber parce qu’ils ne finissent pas leur secondaire à temps? En offrant une 12e année dans notre école, on garde d’excellents athlètes au Québec au lieu de les envoyer en Ontario. »

Terry Annilus / Photo : CSJV

Terry Annilus est un entraîneur chevronné et passionné. Il m’a expliqué ce qui a conduit le programme qu’il coordonne à s’inscrire au sein d’une ligue « Prep ». La NPUBA inclut des équipes de partout au Québec.

« Nous sommes entrés là parce que le RSEQ refusait systématiquement de nous accepter au sein de sa Division 1. Pendant sept ans, j’ai fait les démarches pour y être accepté. J’ai monté des présentations léchées, fait participer la direction de l’école, expliqué mon plan. On me refusait chaque fois parce que, disait-on, nos équipes juvéniles n’étaient pas assez bonnes. Mais je leur expliquais que c’est parce que je plaçais mes meilleurs joueurs dans les autres écoles à partir de secondaire 4 pour qu’ils puissent se développer. Si on avait choisi de les garder chez nous, on aurait eu de meilleurs résultats. Mais moi, je voulais le mieux pour mes joueurs élites. C’est seulement lorsque j’ai ouvert le programme « Prep » qu’on m’a pris au sérieux. »

« À cause de toute cette politique, Olivier Rioux, le plus grand adolescent au monde, a quitté le pays pour aller jouer au basket. On l’aurait développé au Québec si le RSEQ m’avait permis d’avoir une équipe D1.»

Terry Annilus

Annilus ne se gêne pas pour dire que c’est en raison du refus du RSEQ que le programme a songé à d’autres avenues. Avec la 12e année, le CSJV dit pouvoir compléter l’offre des cégeps, une alternative pour ceux qui ont tout donné, mais qui n’ont pas réussi plutôt que de les laisser sortir du système.

Pour Scott McLeod, l’important est qu’il y ait un choix qui s’offre. « La charge d’un athlète élite rend souvent difficile le parcours académique en passant par le collégial. Au basketball, au hockey, au soccer, au tennis ou au golf, les meilleurs doivent souvent se déplacer pour leurs compétitions. Ils ne peuvent pas toujours suivre des cours en classe. L’option des classes virtuelles est idéale pour eux. »

C’est aussi cette volonté d’offrir un choix aux parents et aux jeunes qui est mise de l’avant quand on avait parlé à Mélodie Daoust, co-responsable du programme de hockey au Collège Bourget. « Pour le hockey féminin, les options sont limitées pour le développement de l’élite au Québec. Ce n’est pas vrai que le modèle actuel convient à tout le monde. Je pense qu’en offrant plus des alternatives, on ne va pas perdre des joueuses, on va plutôt en inciter davantage à choisir le hockey plutôt que d’abandonner le sport tout simplement. »

Mélodie Daoust / Crédit : Sébastien Gervais

Et qu’en est-il de l’argument voulant qu’en proposant la 12e année, on ouvre un chemin direct aux étudiants-athlètes vers l’extérieur de la province?

Mélodie Daoust le rejette complètement. « Je crois fermement au hockey québécois. Je suis moi-même passée par le cégep et l’université ici. En offrant la possibilité d’intégrer un programme « Prep », on donne l’occasion à des filles de compétitionner contre des équipes d’élite de partout, tout en assurant un encadrement sportif et académique de haut niveau. Par la suite, les filles pourront se diriger vers le cégep sans problème. »

Pour Terry Annilus, il est important de comprendre que le Québec n’a rien de spécial. « On n’a que cinq équipes universitaires sur les 700 qu’on peut trouver en Amérique du nord. Il y a peu d’opportunités, alors c’est normal que les jeunes regardent ailleurs. On fait de très bonnes choses ici, les équipes sont bien coachées, mais les jeunes vont chercher les places là où elles sont. Si on n’offre pas la 12e année ici, ils vont partir plus tôt en Ontario tout simplement.»

Pour Scott McLeod, tout comme pour Maxime Bérubé, il n’y a pas de raison de vouloir se battre contre ce modèle.

Selon McLeod, il y a moins d’un pourcent de décrochage parmi plus de mille étudiants qui ont été inscrits à ses programmes au cours de 7-8 dernières années. « Et plus de 95% restent au Québec. Je ne connais personne qui a pris le temps de comprendre ce qu’on fait qui m’a dit que ce n’était pas bon.»

Quant à Maxime Bérubé, il prône l’ouverture d’esprit dans une optique d’amélioration des services offerts. « Il faut relever notre offre sans se pointer du doigt. Il faut faire mieux si on veut continuer de développer notre élite ici.»

« Ce modèle n’est pas une menace pour nos structures, au contraire », déclarent à l’unisson les Trudel, McLeod, Bérubé, Daoust et Annilus.

Le prochain article donnera la parole à ceux qui ont des réserves par rapport à l’offre « Prep school ».

Pour relire le premier article.

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