Comment concrétiser les recommandations du Comité de Marc Denis dans le hockey étudiant?

Le Comité sur le développement du hockey a soumis son rapport. Les explications ont été données. Les observateurs ont émis leurs opinions. Maintenant, qui fait quoi? Et surtout, d’où viendra l’argent?

J’ai présenté hier les grandes lignes de ce qui touche à l’aspect étudiant du rapport en soulignant la place qu’on veut offrir au hockey universitaire. Au-delà des changements structurels, qui ne nécessitent pas d’investissements majeurs, les recommandations de Marc Denis et son groupe vont impliquer l’ajout de sommes importantes.

Je ne sais pas où l’on prendra les sous pour construire de nouvelles patinoires, équiper les associations et embaucher les ressources techniques. Tout comme, il reste bien des choses à éclaircir avant de déterminer comment ont voudra répondre aux recommandations. Quel sera l’apport du gouvernement? Comment se positionnera-t-il suite à la réception du rapport?

Est-ce que la ministre Isabelle Charest accordera un statut particulier au hockey comme sport national? On peut se demander si ça se ferait au détriment des autres sports dont le soccer, par exemple, qui a plus de membres au sein de sa fédération québécoise que le hockey. Tous les sports méritent une attention du gouvernement. Et c’est ce qu’a souligné la directrice générale de Sports Québec Isabelle Ducharme, dans un communiqué émis ce vendredi. Elle dit s’attendre à ce que le gouvernement porte dès maintenant la même attention politique et financière à l’ensemble de l’écosystème sportif québécois.

Je tiens à rappeler que le budget du gouvernement québécois pour le sport est dix fois moins élevé que celui alloué à la culture.

Et pour le volet étudiant en particulier, à quoi doit-on s’attendre? Pour Gustave Roël, pdg du RSEQ, lorsque questionné sur la façon dont il a reçu les conclusions du rapport, il souligne : « Le côté le plus positif du rapport est que le RSEQ est inclus dans le développement vertical des hockeyeurs plutôt que d’être une structure parallèle. Par contre, il faut voir quelle sera la position du gouvernement avant de savoir quels seront nos objectifs. À première vue, on ne peut pas être à l’encontre des conclusions. »

L’implication du RSEQ est un élément que reprend le directeur général de Hockey Québec Jocelyn Thibault. « J’ai eu plusieurs discussions avec Stéphane Auger et Dominic Ricard et ça va très bien. Maintenant, on doit apprendre à mieux se marier, à mieux harmoniser les structures. On va y arriver, j’en suis convaincu. »

« Le volet scolaire, ça fait partie du hockey. On n’a pas le choix de s’entendre avec le RSEQ et c’est pourquoi on est en communication constante.»

Jocelyn Thibault, directeur général de Hockey Québec

En incluant l’apprentissage du patin dans les cours d’éducation physique au primaire (si on arrive à trouver une façon d’implanter cette activité), on peut penser que ça pourrait avoir un effet sur la création de programmes de hockey dans les écoles secondaires de la province. Car la gestion des programmes sportifs se fait au cas par cas dans les écoles en fonction de la demande et de l’implication des conseils d’établissement. L’harmonisation des structures aura un rôle important à jouer pour permettre aux jeunes de jouer tout en ayant accès aux mêmes opportunités de développement. Un défi pour Jocelyn Thibault et Stéphane Auger.

Toutefois, les infrastuctures et le personnel qualifié ne sont pas toujours disponibles pour les écoles qui seraient désireuses de créer de tels programmes. Hockey Québec, que le rapport veut voir prendre un rôle plus centralisateur dans la gouvernance du hockey, devra certainement inclure un processus d’accompagnement du RSEQ pour la formation des entraîneurs et des professeurs d’éducation physique.

Le rapport fait assez peu état du hockey collégial. Oui, on propose de veiller au développement équitable des jeunes de 17 ans du collégial RSEQ (Collégial D1) et de la LHJAAAQ. Il est également suggéré de mettre sur pied un centre national et des équipes nationales au Québec pour les joueurs de 17 et de 18 ans qui ne seront pas dans la LHJMQ. Ceux-ci auraient accès aux services de l’INS, donc à un suivi fait par des gens très compétents en développement des athlètes. Une magnifique initiative pour accompagner ceux qui sont à la frontière de l’élite à cet âge et dont certains sauront certainement en profiter pour parfaire leur développement et rattraper ceux qui leur sont supérieurs à ce moment de leur vie.

Mais j’aurais été curieux de savoir si on n’aurait pas pu travailler avec le RSEQ pour offrir des services haut de gamme directement aux équipes du réseau collégial. Les entraîneurs que l’on retrouve autant chez les hommes que chez les femmes sont de très bons niveaux. Si on leur offrait des ressources supplémentaires, peut-être pourrait-on profiter d’un réseau et d’infrastructures déjà existants. Ainsi, pourrait-on bonifier le développement de l’ensemble des étudiants-athlètes collégiaux sans avoir à en cibler certains en particulier.

Hockey universitaire : d’où viendra l’argent?

Maintenant, le hockey universitaire. L’enfant pauvre de notre système de développement. La clé ici est de créer plus de programmes. Marc Denis, tout comme de nombreux observateurs le mentionnent depuis longtemps, souligne l’évidence du nombre trop faible de programmes de hockey dans les universités québécoises. Et principalement dans les établissements francophones. L’UQTR chez les hommes et l’Université de Montréal chez les femmes sont les seules universités francophones du Québec à avoir une équipe. Ça prendra quoi pour embarquer les autres? Des sous, des gros sous.

Le démarrage de programmes de hockey universitaires se chiffre en millions de dollars. Les coûts d’opération annuels sont dans les centaines de milliers. En D1, on parle d’environ 750 000 $ par année alors qu’en D2, ça tournerait autour des 250 000 $. Marc Denis l’a souligné à grands traits dans sa rencontre avec les journalistes avant le point de presse de jeudi, le manque d’équipes universitaires entraîne un exode de talents, mais également de cerveaux.

J’en ai aussi parlé à quelques reprises dans le passé.

Le rapport parle beaucoup de hockey universitaire et de son importance pour le développement des joueurs et joueuses de hockey de la province. J’en suis très heureux et je ne suis pas le seul. C’était un des éléphants dans la pièce. Maintenant, voici ce que le comité recommande précisément à son sujet :

Prioriser le développement et la stabilité du hockey universitaire québécois.

  • Établir un programme de bourses (Bourse Québec) pour les joueuses et joueurs universitaires qui choisissent de poursuivre leur carrière dans un établissement du Québec. Du côté féminin, veiller à ce que les bourses soient bonifiées ou attribuées aux joueuses qui font partie du cheminement à long terme de l’athlète. Ce programme pourrait permettre d’endiguer l’exode de nos athlètes les plus inspirants.
  • Soutenir financièrement la mise sur pied d’une ligue de hockey universitaire masculine en D1.
  • Soutenir financièrement une offre de service adéquate et adaptée aux programmes de hockey universitaire féminin.
  • Soutenir financièrement la mise sur pied d’une ligue universitaire masculine provinciale (D2).
  • Laisser le Ministère et le RSEQ définir le mode de financement de ces programmes, pour un minimum de cinq ans. Les universités devront également s’impliquer pour stabiliser et garantir la viabilité de la ligue et de ses équipes. Veiller à ce que le financement soit lié à une offre de parité entre le hockey masculin et le hockey féminin, conformément aux réalités régionales.

Le soutien financier est un élément récurrent, on le constate assez aisément. Mais, comment ça se matérialisera? Tout est à voir. Gustave Roël est assez convaincu qu’une aide gouvernementale sera nécessaire : « Si ça part des universités seules, on ne voit pas comment on pourrait passer à des ligues qui compteraient de 6 à 8 équipes. S’il y avait un apport du gouvernement pour le démarrage sur une période de 5 ans avec un accompagnement régressif au fil des années, on pourrait avoir le temps de trouver les partenaires financiers privés. Alors, ça pourrait se faire. »

« Nous travaillons depuis un an et demi avec les universités pour implanter une ligue de division 2. L’inquiétude des universités est toujours la même. Elles veulent savoir qui peut leur donner un coup de main financier. »

Gustave Roël, pdg du RSEQ

Ensuite, pour que le RSEQ puisse travailler de concert avec le Ministère dans l’établissement d’un mode de financement, il faudrait que les institutions membres acceptent d’avoir une façon commune de procéder. Du moins en partie. Cette façon de procéder devra au minimum assurer une viabilité à la ligue, donc aux équipes membres. Sachant à quel point ce n’est pas toujours simple de faire s’entendre ces institutions, il sera intéressant de voir comment Gustave Roël, Stéphane Auger et compagnie pourront rassembler tout le monde pour aller chercher l’argent nécessaire.

Donc, une des options serait certainement de mettre l’emphase sur la promotion et la visibilité du hockey universitaire. Une manière d’attirer des commandites et des partenariats qui résonneraient auprès des entreprises privées.

Enfin, quant à la proposition de créer une direction du hockey au sein du RSEQ, Stéphane Auger, membre du Comité, l’explique ainsi : « La proposition s’inscrit dans la recommandation qui touche à la gouvernance générale du hockey au Québec. Actuellement, le RSEQ a un secteur consacré au hockey (NDLR : ce qu’aucun autre sport n’a) qui a des obligations de moyen. En créant une direction, celle-ci aurait une obligation de résultat. »

Intéressant ce point qui passe relativement sous silence. Un tel changement avec une direction qui pourrait probablement initier des changements – plutôt que d’appliquer les volontés de ses membres – aurait-il un effet sur la structure-même du RSEQ? On pousse loin la réflexion, mais ça répondrait à certains espoirs qu’on peut entendre à travers les branches de voir le RSEQ un acteur plus en mesure d’imposer ses idées.

Pour Jocelyn Thibault, la question des règles et de la sécurité sont au centre du mandat de Hockey Québec. « La fédération n’a pas tellement un gros rôle à jouer au niveau du hockey universitaire. Alors, ce n’est pas encore clair comment on va travailler avec le RSEQ. Par contre, on doit être là pour assurer un suivi et une coordination des actions concernant les différentes réglementations. Hockey Québec n’est pas là pour tout contrôler, mais il faut être rassembleur. Les règlements de sécurité sont un élément important où on pourra agir. »

« C’est un gros morceau du rapport et j’aimerais qu’on en parle davantage. Le ton doit changer, le climat doit s’assainir. Plusieurs matchs ont été annulés par manque d’arbitres. Il fallait parler du comportement des parents. »

Stéphane Auger à propos de l’importance des recommandations qui concernent la sécurité.

Enfin, le DG de Hockey Québec ajoute qu’il faut trouver une façon de valoriser le niveau universitaire. « Les équipes professionnelles scrutent ce qui se fait dans la NCAA pour trouver des joueurs, mais ça ne se fait presque pas au Canada. Il y a du travail à faire là. »

Deux souhaits pour conclure

D’abord, celui de voir les corporations privées s’investir davantage dans le sport universitaire, collégial et scolaire. Si ça commence avec le hockey, tant mieux. Le sport québécois est créateur de leaders. Il faut pouvoir les garder chez nous le plus possible et ça passe par l’intérêt de nos entreprises.

Ensuite, je veux voir nos médias participer plus activement à la promotion de notre sport universitaire et collégial. Quand je constate que certains se consacrant à 100% au sport (et au hockey en particulier) n’avaient même pas de représentant au breffage technique donné par Marc Denis avant le point de presse, je me demande s’ils sont conscients du rôle qu’ils peuvent jouer.

Répéter ce qui a été dit en point de presse et soulever les grandes lignes d’un rapport n’est pas suffisant. Bien que je comprenne que les ressources ne sont pas toujours en abondance, je me pose de sérieuses questions sur la priorité qui est accordée à notre réalité sportive locale. C’est trop demander que d’espérer un travail journalistique digne de ce nom pour le sport qui est leur vache à lait? Pas besoin d’une imagination fertile pour se faire une idée de l’effort qui est fait pour les autres. Il y en a encore trop qui sont à la remorque du travail de marketing fait par les grandes ligues de ce monde plutôt que d’avoir la fierté de dénicher ce qui intéresserait les amateurs d’ici à travers nos histoires.

Je me permets ce petit coup de gueule qui ne fera pas l’affaire de certains, mais qu’ils se lèvent ceux qui auront des arguments prouvant que j’ai tort.

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