Plus frustrant que rassurant. C’est ainsi que Zoé Lord qualifie la rencontre qui s’est tenue mercredi en fin d’après-midi entre la direction des sports de l’Université de Sherbrooke et les membres des équipe de rugby. Réunion au cours de laquelle les joueurs et joueuses avaient l’occasion de poser leurs questions suite à la décision de l’université de mettre fin aux activités des programmes féminin et masculin de rugby.

La décision annoncée à la fin de la semaine dernière avait créé un important remous dans la communauté du rugby québécois et au sein de l’université. La rencontre de mercredi devait servir à expliquer la décision, mais également écouter les doléances et les arguments des joueurs, joueuses et entraîneurs-euses. Mais l’exercice n’a pas été perçu de la même façon par les deux parties.

Pour comprendre ce qui avait mené à la décision, vous pouvez relire le texte publié plus tôt cette semaine. https://bulletinsportif.ca/2022/12/12/pourquoi-le-vert-or-ferme-ses-programmes-de-rugby/

Du côté de Simon Croteau, directeur du sport d’excellence du Vert & Or, on souligne qu’on a pris le temps nécessaire pour répondre à tout le monde. « Ce fut une rencontre difficile émotivement, des deux côtés, mais qui s’est déroulée tout de même dans le respect. Nous avons pris le temps de répondre, en toute transparence, aux 22 questions qui nous ont été adressées laissant place à plusieurs sous-questions. Au terme de la rencontre qui s’est étirée sur 1h45, la déception était évidemment présente, car la réponse ne fut pas celle souhaitée. Ça demeure un processus difficile, mais tout de même la décision sécuritaire à prendre. »

Pour la joueuse vétérane Zoé Lord, la frustration était encore bien présente au lendemain de l’événement. « La porte était d’emblée assez fermée. On n’a pas nécessairement répondu aux questions. C’était des réponses de politiciens. Certains arguments utilisés semblent aussi démontrer un manque de connaissance du rugby. Et il reste beaucoup d’interrogations pour la suite de notre parcours universitaire sans notre sport. »

Zoé Lord / Crédit : Yves Longpré

En plus des éléments de sécurité invoqués comme éléments centraux de la décision, la direction aurait aussi fait valoir des arguments financiers. Notamment des coûts de 55 000$ par équipe, même si le rugby est un programme dont les activités sont auto-financées. En effet, le rugby ne fait pas partie des sports d’excellence à l’université de Sherbrooke que sont le football, le soccer, l’athlétisme, le cross-country, la natation et le volleyball. C’est plutôt un club sportif et à ce titre, il a accès à moins de services par l’université.

Sur la question de la sécurité en soit, la #15 en a long à dire.

« Ça fait deux ans qu’on demande plus de services en physiothérapie. L’équipe a droit à 30 minutes de traitement par semaine. C’est nettement insuffisant pour un sport comme le nôtre. »

Zoé Lord

Elle ajoute : « Cette année, la thérapeute – et je ne veux surtout pas la blâmer, elle – qui était avec nous lors des matchs avait très peu d’expérience. C’est pourtant un élément très important au rugby parce que lorsqu’il y a une blessure, on doit être directement traité sur le terrain pendant que le match continue. Et il faut savoir que la thérapeute en question devait s’occuper des deux équipes en même temps (les autres universités ont deux thérapeutes par équipe). Quant au terrain, c’est un autre problème majeur. Demandez à toutes les équipes qui viennent jouer ici, elles vous diront toutes à quel point c’est désagréable d’y jouer. Il n’y a pas de billes dans le gazon synthétique alors ça glisse et c’est dangereux lors des mêlées. »

Les deux côtés s’entendent toutefois sur un aspect, le manque de joueurs. Si du côté masculin, il semble que le problème sera plus difficile à régler rapidement, du côté féminin, on est convaincu que les solutions étaient aux portes. L’arrivée du programme du cégep de Sherbrooke qui a bien fait en rugby à 7 avec une présence en finale cet automne, et le championnat remporté par les Lauréats de St-Hyacinthe en rugby à 12 laissent présager la possibilité de recruter des joueuses de qualité et expérimentées.

La pandémie a parfois le dos large, mais ça semble un élément important dans le cas du rugby. Le sport a été considéré au même titre que les sports de combat et a donc été en arrêt durant une plus longue période que les autres sports d’équipe. Il est donc normal de penser que ça aurait pu avoir un effet sur la capacité de recruter. Ainsi, aurait-on pu attendre une année de plus avant de mettre fin aux activités des équipes de rugby?

Les athlètes croient que oui, mais les questions à ce sujet auraient été esquivées lors de la rencontre et je n’ai personnellement toujours pas obtenu de réponse à cette question au moment d’écrire ces lignes.

Simon Croteau / Crédit : Michel Caron

Est-ce que tout est terminé sans possibilité de retour? Pas nécessairement. Si il est difficile d’entretenir de l’enthousiasme pour la saison 2023, la direction du Vert & Or a tout de même offert de garder les liens de communication bien ouverts avec sa communauté de rugby. Simon Croteau a annoncé la mise en place d’un comité.

« Nous allons mettre en place un comité de transition et de réflexions afin de devenir des partenaires dans le développement de la base du rugby au niveau scolaire et collégial. Ce comité aura aussi à réfléchir sur des critères quantifiables pour un possible retour du rugby à l’UdS dans l’avenir. »

Simon Croteau

Il explique : « La composition reste à déterminer, mais nous souhaitons bénéficier de l’expertise de certains anciens qui semblent vouloir s’impliquer, d’étudiants et d’étudiantes athlètes actuels, nos entraîneurs actuels, etc. Nous sommes également ouverts à un représentant du rugby civil, mais le tout reste à définir et à mettre en place. »

Zoé Lord, de son côté, est dubitative face à ce comité. « Pendant qu’on va arrêter de jouer pour réfléchir, on va couper le recrutement et les joueuses vont se mettre à regarder ailleurs. Ce sera difficile à rebâtir par la suite. Mon impression est que la direction est assez fermée. Pourtant on a des solutions. Pourquoi ne pas les écouter? »