La Ligue de hockey préparatoire scolaire oserait-elle défier la loi?

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Jeudi le 18 mars dernier, le journaliste de Radio-Canada Martin Leclerc nous apprenait que la Ligue de hockey préparatoire scolaire (LHPS) venait de nommer un nouveau président, Joé Juneau. Pour amorcer son mandat, il devra trouver un moyen rapide d’intégrer le RSEQ. S’il n’y arrive pas d’ici le 31 mai, la LHPS pourrait se retrouver en situation d’illégalité.

Le texte de Leclerc a été publié quelques minutes seulement après la fin de l’Assemblée générale de la LHPS. Ce qui montre que le vétéran journaliste avait eu vent de la nouvelle avant qu’elle ne soit entérinée par les membres. Bien qu’on m’ait dit que ça n’aurait rien changé à la décision d’embaucher Juneau, il semble que ça ait titillé quelques-uns des membres de constater qu’ils avaient été court-circuités.

Mais ce n’est évidemment pas l’élément le plus percutant et dérangeant qui soit sorti de cette importante rencontre.

Rappel à ceux qui ne sont pas au fait du dossier. Le ministère de l’Éducation du Québec, responsable des sports via la Direction du sport, du loisir et de l’activité physique (DSLAP) a exigé en juin 2020 qu’une entente soit signée entre Hockey Québec et le RSEQ pour la prise en charge du hockey scolaire. Ceci impliquait l’intégration de deux ligues, la LHIQ et la LHPS au sein du RSEQ. La LHIQ a déjà fait savoir qu’elle intègrerait le RSEQ pour la saison 2021-22.

Dans le cadre des discussions visant à intégrer la LHPS, celle-ci a invité le RSEQ à lui soumettre une proposition. Lundi dernier, le 15 mars, le RSEQ a soumis sa proposition en faisant notamment référence à une lettre signée de la Directrice du sport, du loisir et de l’activité physique, mais qui jusque là n’avait pas été transmise à tous les membres de la LHPS. Des membres ont demandé à voir cette lettre qui leur a finalement été transmise 24 heures plus tard.

La missive signifiait à la ligue que si elle ne joignait pas les rangs du RSEQ à la date butoir du 31 mai, on lui refuserait son affiliation à Hockey Québec. Par le fait même, la LHPS sera alors en situation d’illégalité en vertu de la Loi sur la sécurité dans les sports.

Le président du Conseil d’administration de la LHPS, Louis Simard a bien voulu commenter la situation. « C’est la troisième fois qu’on reçoit une lettre de ce genre depuis nos débuts il y a 11 ans. Il s’agit d’une réponse administrative régulière. Ça ne m’inquiète pas. Ça provient d’un haut fonctionnaire, mais il faudrait une intervention du ministre ou du sous-ministre pour modifier les choses. Les fois précédentes, ça ne nous a jamais empêchés d’opérer. »

Trouvant qu’on balayait du revers de la main cette information un peu trop rapidement, des membres auraient demandé à Louis Simard s’il pouvait obtenir de Hockey Québec un écrit garantissant que leurs joueurs seraient affiliés à la fédération avant le 1er avril. M. Simard leur aurait répondu que ne serait pas possible.

Une source m’a confirmé que ce ne serait pas toléré par la DSLAP cette fois-ci. Les écoles n’auraient tout simplement pas le droit de jouer entre elles, sachant qu’elles défient les lois.

Mais à quoi au juste s’exposeraient les écoles si elles décidaient de s’organiser des matchs entre elles? Des amendes? La réponse : « La loi manque un peu de mordant. Il n’y aurait pas d’amendes. » Intéressant. Une loi administrative sans conséquence pour les fautifs? Peut-être pas d’amendes, mais les joueurs et les entraîneurs de ces équipes ne seraient pas reconnus pas la fédération.

Ceci dit, au-delà de l’envie pour certains de défier les lois, il n’en reste pas moins qu’il y a actuellement 5-6 institutions membres de la LHPS qui se posent de sérieuses questions. Stéphane Auger, responsable du développement et des opérations hockey au RSEQ attend toujours la réponse officielle de la LHPS à la proposition déposée. « Je m’attends à recevoir une réponse au courant de la semaine à venir. J’ai déjà reçu des appels de différents membres de la LHPS qui sont inquiets de la situation, mais on va attendre de voir les prochaines étapes. Pour le moment, il n’y a pas la même ouverture qu’avec la LHIQ. Mais il reste encore du temps et puis, ce n’est pas moi qui veux les forcer, c’est une exigence de la DSLAP.

À la lumière des propos du nouveau président Joé Juneau dans l’article de Martin Leclerc, on peut penser que la LHPS a l’intention de défier la loi.  » […]  je pense que ça risquerait de nuire à la suite des choses si la LHPS était soudainement contrôlée par un gros bateau. Tout n’est pas encore parfait. Mais si on tient compte de tout ce qui a déjà été accompli, je ne vois pas pourquoi il faudrait que le modèle de la LHPS change.« 

Pourtant, selon ce que j’ai pu apprendre, le RSEQ a déposé une proposition où il fait preuve d’une grande ouverture d’esprit. Il permettrait notamment à la LHPS de continuer à offrir sa propre formule de compétition de type « showcases ». Le RSEQ permettrait aussi sans problème aux écoles actuellement membres de la LHPS de continuer à utiliser les formulaires de soutien pédagogique pour les élèves en difficulté. Il accepterait également de continuer à souligner la persévérance et l’excellence scolaire via les prix Mathieu Darche, en plus de proposer la mise sur pied d’un comité de réussite scolaire afin d’accompagner les programmes.

À cela il faut ajouter que le RSEQ souhaite s’adapter à certaines façons de faire de la LHPS en mettant sur pied des comités hockey et de discipline. Le RSEQ propose une période de trois ans pour harmoniser les règles de jeu ainsi que les classements/déclassements des équipes.

Bref, la balle est dans le camp de la LHPS, qui ne semble toutefois pas intéressée à accepter l’offre soumise par le RSEQ. Donc, encore du pain sur la planche de Juneau et Auger dans ce dossier. On peut toutefois continuer d’espérer. D’après Louis Simard, l’arrivée de Joé Juneau va faire du bien parce qu’il a du recul sur la situation.

Ceci dit, tous ces éléments entraînent des questions.

La LHPS se dit à l’écoute de ses membres. Soit. Mais certains croient ne pas avoir toujours toute l’information pour prendre des décisions éclairées. La lettre de la DSLAP en est un exemple.

La LHPS met de l’avant son approche de réussite scolaire avant tout en prônant notamment son suivi serré des notes scolaires et l’aménagement de ses calendriers de match pour éviter le plus possible les voyagements durant les périodes de classe. En vérifiant, on peut d’ailleurs remettre en question cette dernière affirmation. De plus, certains trouvent qu’il est plutôt inélégant de croire que la réussite scolaire n’est pas au centre de la mission de toutes les écoles. Mais une école privée de banlieue n’a certainement pas les mêmes enjeux à cet égard qu’une école publique de Montréal. D’ailleurs, le RSEQ affirme que les taux de réussite des élèves inscrits dans les programmes de hockey sont comparables à ceux de la LHPS.

La LHPS a été un précurseur extraordinaire pour le hockey scolaire. Sans elle, Hockey Québec n’aurait probablement jamais pris au sérieux le hockey scolaire. Mais maintenant que le hockey scolaire est implanté au Québec, n’est-il pas temps d’intégrer le RSEQ et de profiter des trois années que proposent le RSEQ pour faire profiter tout le réseau des bonnes choses qu’elle a apprises pour le développement des élèves-hockeyeurs?

Beaucoup d’eau qui coulera sous les ponts d’ici le 31 mai. Mais on a l’impression que ce pont-là n’est pas encore tout à fait stable.

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