Le parcours de l’équipe de basketball féminin des Géants de St-Jean en 2022-2023 a pris fin avec une défaite dure à avaler en finale canadienne. Cependant, avec un pas de recul, le programme a toutes les raisons d’être extrêmement fier de ses résultats et par la même occasion de célébrer les Rosalie Mercille, Erik Lagarde et compagnie qui en étaient à leurs derniers moments en vert et jaune.

Réussir à accrocher une première bannière de championnat provincial après seulement trois ans en division 1 et ramener une première médaille du championnat canadien sont des exploits qui uniront ce groupe toute leur vie.

La joueuse toute étoile Rosalie Mercille qui portera les couleurs des Hawks de Monmouth en D1 de la NCAA l’automne prochain, est certes le pilier du cette équipe. Joueuse par excellence du basket collégial en 21-22, elle a été détrônée par Chloe Oliver des Cavaliers de Champlain St-Lambert cette année. Toutefois, elle a pris sa revanche en menant les siennes à la conquête du titre provincial en plus d’être choisie joueuse par excellence du championnat.

Rosalie Mercille / Crédit photo : Rémy Boily

Mais Rosalie Mercille n’était pas seule dans ce parcours. C’était aussi la dernière saison pour Annabelle Fortin, Clara Bergeron, Charlotte Gagné et Eve Atchampone. Sans oublier les Sophie-Anne Bouffard, Léa Riopel, Kayla Couturier et Kelowna Ngoyi qui ont joué des minutes importantes aux championnats provincial et canadien.

Et c’est justement cette capacité des Géants à jouer en équipe qui les a fait passer de bonne équipe à vice-championnes canadiennes.

« Après la défaite contre Dawson en saison régulière, il y a eu des rencontres individuelles. À partir de ce moment-là, chacune a compris et appliqué son rôle dans l’équipe. Les filles ont toutes mis en avant leur force et ça a cliqué. Disons qu’on a peaké au bon moment », explique Mercille.

Des propos repris par l’entraîneur-adjoint Erik Lagarde. « Les deux derniers matchs de la saison ont été excellents, juste avant les provinciaux. Durant la saison, on jouait bien, mais les filles ont bâti leur confiance à partir de là. On savait qu’on avait une bonne équipe entre les mains. Pour moi, en regardant le potentiel de notre groupe avant le début de la saison, c’était le championnat provincial or bust. »

Eve Atchampone, Rosalie Mercille et Charlotte Gagné après la victoire au championnat provincial / Crédit photo : Magzfilms

Au niveau provincial, les Géants ont survolé le championnat. Malgré une remontée de fin de match des Dynamiques de Ste-Foy en demi-finale et un premier quart plus lent en finale contre Dawson, elles ont essentiellement dominé leurs adversaires. Le momentum était donc très bon à l’arrivée de l’équipe à Hamilton.

En se rendant au championnat, je crois que toute l’équipe, autant les joueuses que les coachs, avait comme objectif de gagner la médaille d’or. Nous savions que nous avions une bonne équipe remplie de talent et qui avait un style très différent des autres équipes. – Sophie-Anne Bouffard

Après avoir vaincu MSVU et Humber, il restait la finale canadienne à jouer. Un moment important à plusieurs égards pour l’équipe comme le raconte Bouffard, élue sur la première équipe d’étoiles du championnat : « Nous savions que c’était réellement le dernier match de nos cinq vétéranes et de notre coach Erik Lagarde. Nous avions hâte de jouer et de profiter de cette dernière fois tout le monde ensemble. Nous étions fébrile et c’était un match rempli d’émotions. »

Atchampone (13), Gagné (23), Mercille (9) et Bouffard (10) face à MSVU au premier tour / Photo tirée de la page Facebook des Géants de St-Jean

Face à Victoria Island University, les Géants ont connu un départ assez lent, tirant de l’arrière 15-8 après un quart, mais lors des deux quarts suivants, Mercille a inscrit 20 points dont six tirs de 3-points et Bouffard a ajouté 11 points et capté six de ses 12 rebonds du match. Mercille avait atteint un niveau de confiance au point d’envoyer une pointe à l’entraîneur adverse après un de ses tirs de l’extérieur de l’arc. « Une chose que je ne fais jamais habituellement. Je m’en suis un peu voulu après », confie la numéro 9, sourire en coin.

Le pointage était de 50-39 avec 2:25 à jouer au 3e quart en faveur des Johannaises, puis de 50-44 au moment d’amorcer le 4e.

Consciente du moment, Rosalie s’est assurée durant la pause que ses coéquipières et elle allaient maintenir l’intensité nécessaire pour finir le travail. Cependant, l’entraîneur des Mariners réservait une surprise aux Géants. Il a modifié sa stratégie défensive en appliquant une pression serrée sur Mercille.

Ça a changé complètement les choses parce qu’on a pris du temps à réagir et on a un peu perdu patience. Au lieu de prendre le temps d’organiser notre jeu, chacune voulait prendre les choses en charge et malheureusement, on a tenté des tirs qu’on aurait peut-être pas dû et on les a ratés. Il faut rendre crédit à VIU et leur coach. Il a su faire ce qu’il fallait – Rosalie Mercille

Bien que les Géants n’ont finalement marqué que quatre points au dernier quart, Bouffard aussi rend crédit à ses adversaires pour le résultat final. « Tout au long du match, VIU a joué une bonne défensive. Au 3e quart nous avons eu le momentum. Au 4e quart, c’est plutôt VIU qui a eu le momentum et qui a su capitaliser sur ses possessions. De notre côté, nous avons eu beaucoup de lancers tentés qui ne sont malheureusement pas rentrés. »

Sophie-Anne Bouffard a été nommée la joueuse du match face aux Hawks de Humber en 1/2 finale avec 16 rebonds et 7 points / Photo tirée de la page Facebook des Géants de St-Jean

Un résultat difficile à avaler quand on se rend si près du but. Pour Rosalie Mercille, ça signifiait la fin de son parcours avec les Géants. Pour Sophie-Anne Bouffard, la fin d’une saison spéciale. Pour Érik Lagarde, la fin de sa carrière d’entraîneur au basketball collégial.

« On a pleuré dans le vestiaire, bien sûr. C’était difficile émotivement de penser que c’était la dernière fois que je jouais avec ces filles. Charlotte (Gagné) et moi, on joue ensemble depuis qu’on est en 6e année. C’est une amie pour la vie. Et c’était spécial aussi de voir Erik être aussi émotif après le match », nous partage Rosalie Mercille.

Pour Sophie-Anne Bouffard, malgré la déception, les succès de l’équipe ont rapidement pris le dessus dans ses pensées. « Évidemment lors du buzzer final, nous étions déçues du résultat, surtout sachant que nous avions le lead par 11 à un certain moment lors du match. Dans son discours, notre coach, Bernard Tanguay, a su nous montrer tout ce que nous avions accompli. Nous le réalisons et nous en sommes fières. Les Géants en sont seulement à leur troisième saison dans la ligue division 1 du RSEQ. Ce n’est que le début de l’histoire pour ce programme. »

Erik Lagarde l’avoue d’emblée : « Pendant le match, j’étais trop occupé à penser à tout ce qui se déroulait. Après, ça m’est rentré dedeans, il y avait trop d’émotion et c’était difficile de parler aux filles dans le vestiaire. »

Je pars en sachant que j’ai pris la bonne décision pour moi et ma famille. Être entraîneur au niveau collégial, c’est beaucoup plus que les heures qu’on passe au gymnase. C’est un métier à temps plein et pour arriver à maintenir un programme parmi l’élite, il faut qu’on soit payé comme tel. Pour moi, c’était devenu trop drainant. – Erik Lagarde

Lagarde demeurera cependant dans le coaching avec les Riverains, le club civil de St-Jean-sur-Richelieu, où il sera impliqué avec l’équipe de son jeune fils.

Rosalie Mercille, le départ d’une joueuse spéciale

La fin de la saison 22-23 correspond à la fin du chapitre québécois de la carrière de Rosalie Mercille. La joueuse vedette a deux matchs d’étoile à jouer avant d’aller passer un mois à Monmouth (New Jersey). Elle sera ensuite de retour en juillet pour les essais de l’équipe canadienne des moins de 23 ans avant de retourner aux États-Unis pour amorcer l’université. Entre tout ça, elle en profitera pour travailler sur sa forme physique afin d’augmenter sa vitesse.

Mais Rosalie en profitera aussi pour offrir des cours à de jeunes joueuses. Une façon de ramasser quelques sous et une inspiration pour celle qui songe à éventuellement créer un groupe d’entraînement. Une passionnée.

La NCAA est un niveau élevé et pour plusieurs le but ultime à atteindre, mais pour la fierté de St-Jean, ça risque de n’être qu’une étape. D’ailleurs, son copain, joueur de football à l’université d’Hawaï en D1 de la NCAA, a lui aussi de grandes ambitions. « Ça aide d’avoir quelqu’un qui comprend ce que tu vis. » Ah oui, elle ira aussi aller passer un peu de temps dans les îles du Pacifique.

« Rosalie a un talent incroyable, nous dit Lagarde qui l’a entraîné pendant 10 ans. C’est une joueuse avec qui ça va baulker des fois parce qu’elle est intense. Mais elle sait prendre la critique et elle a toujours écouté et appliqué ce qu’on lui a demandé. Elle jouera en Europe, c’est certain si elle continue d’être une aussi bonne tireuse. Elle peut même rêver à la WNBA. »

Naomie Chaperon Ducé, Clara Bergeron et les entraîneurs Bernard Tanguay, Bobby Casimir et Erik Lagarde / Photo tirée de la page Facebook des Géants de St-Jean

Sa coéquipière Sophie-Anne Bouffard a aussi d’excellents mots pour Mercille. « En plus d’être une joueuse remplie de talent, Rosalie est une très bonne coéquipière. C’est une personne enjouée et rassembleuse. Elle a su garder l’équipe ensemble lors des moments plus difficiles. Elle a joué un rôle clé dans notre équipe et son absence se fera ressentir c’est certain. »

Oui, le basketball collégial québécois sera différent sans Rosalie Mercille, mais elle y aura laissé sa marque et d’autres joueuses vont maintenant prendre la relève.

Pour revoir l’entrevue réalisée pour le podcast Bulletinsportif à l’automne 2022 avec Rosalie

*Photo de couverture tirée de la page Facebook des Géants de St-Jean

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