Le sport, qui en fera un enjeu politique?

Cette semaine, l’organisme Sports Québec a émis un communiqué de presse pour annoncer la création d’une coalition du milieu sportif québécois et du même coup demander « 500 millions de dollars seulement pour rattraper les retards et assurer une relance optimale ». Mais qui relaie cette demande? Qui en fait un enjeu? Qui essaie de comprendre ce qu’on veut faire avec ces millions?

Si une telle demande émanait du milieu artistique, ça aurait fait la une. Et je ne crache pas sur l’industrie culturelle et artistique, au contraire. Je pense que le milieu sportif doit s’en inspirer. La création d’une coalition du milieu sportif québécois est un pas dans la bonne direction. Mais ce n’est qu’un premier pas.

Je ne connais certainement pas tous les tenants et aboutissants qui ont fait en sorte qu’au fil du temps, il a été difficile pour le milieu sportif de se rassembler pour parler d’une seule voix. Cette incapacité à se fédérer au-delà des réalités spécifiques de chacun est en partie responsable du sous-financement du sport chez nous. Cette réalité dans notre milieu sportif n’est ni nouvelle, ni inconnue. Ça aura pris du temps pour arriver à quelque chose comme la Coalition pour l’avenir du sport au Québec (CASQ) qui comprend Sports Québec, les fédérations sportives, le Réseau des unités régionales sport et loisir du Québec, l’Institut national du sport, le Regroupement loisir et sport du Québec, l’Association québécoise du loisir municipal et Pôle sports – HEC Montréal. Mais pas le RSEQ.

Peu importe le passé, regardons vers l’avenir. En fait, regardons le présent puisque l’élection provinciale est à nos portes.

Vous me direz que le sport n’est pas un enjeu de société. Le sport c’est gentil, ça fait des beaux corps, ça défoule et ça divertit. Mais un enjeu de société? Allons soyons sérieux. Il y a plein de gens qui n’ont pas de médecin de famille. Les problèmes de santé mentale se déclarent de façon exponentielle. Il faut contrer le décrochage scolaire, garder nos jeunes sur les bancs d’école. Et l’environnement. L’économie.

Personnellement, je ne crois pas à ça. Le sport peut avoir un impact concret sur chacun de ces secteurs. D’abord, parce que tout le monde, ou presque, peut en faire. Que vous l’appeliez activité physique, loisir ou sport, la façon dont vous mettez votre corps en mouvement est une bonne chose pour vous et pour la société. D’abord parce qu’il est bon pour la santé physique ET mentale. Il est prouvé que le sport à l’école est un vecteur positif de diplomation. Les sportifs utilisent davantage les modes de transport actif. La pratique sportive renforce l’économie locale par la construction, l’entretien et l’utilisation des infrastructures, la création d’emplois et la consommation de produits et services créés ici.

Ceci dit, je demeure estomaqué de constater le peu d’écho qu’a eue la publication du communiqué de la Coalition dans nos médias. Mis à part un article de l’agence QMI et la chronique d’Alexandre Pratt de La Presse , qui a pris la balle au bond pour en faire un réel enjeu? Quel journaliste a posé des questions aux différents candidats à ce sujet? Quel commentateur ou animateur a utilisé sa tribune pour éveiller la population à propos du sous-financement chronique du sport? Je peux en avoir raté, mais ça n’a assurément pas été mis à la une.

L’industrie du sport au Québec inclut les médias sportifs. C’est leur rôle de parler de ce qui touche les fondements du sport ici, pas seulement de la langue parlée par le capitaine du CH, de l’ajout d’un logo de commanditaire sur un chandail ou des pools de la NFL. Si le financement du sport au Québec ne fait pas partie intégrante des priorités de ceux qui ont le crachoir, les choses doivent changer. Si ça en fait partie, alors il faut avoir le courage de passer par-dessus la crainte d’une baisse ponctuelle de cotes d’écoute pour informer la population.

Quand les conclusions du Comité sur l’avenir du hockey sont sorties au printemps dernier, on en a entendu parler. Pourtant, il y a bien d’autres sports qui ont des problèmes similaires. Profitons de chaque occasion pour ramener le sujet sur la place publique.

Je couvre le sport étudiant depuis plus de trois ans maintenant. J’ai eu l’occasion de jouer, de coacher et d’arbitrer différents sports dans le passé. Le sport a des tonnes de vertus. Il encourage la discipline, développe des habiletés physiques, mentales et sociales. Nous le savons. Mais nous en faisons tellement peu pour en faire un élément clé de la qualité de notre vie en tant que société.

Le faible enthousiasme des médias sportifs pour cette question est un problème majeur actuel qui explique aussi le sous-financement du sport. Pensez-vous une minute que les médias du monde culturel et artistique n’auraient pas relayé la nouvelle d’une telle demande auprès des politiciens et de la population?

Ça fait 35 ans que le financement public du sport n’a pas été révisé. Et il n’y a pas que le budget alloué par le gouvernement qui est en cause. Si on ne parle pas de cet enjeu, si on donne peu de visibilité à autre chose qu’aux Canadiens de Montréal, où sera l’intérêt des entreprises privées de s’impliquer davantage?

Quand les animateurs et chroniqueurs sportifs commenceront à poser des questions aux politiciens sur le financement du sport, la qualité des infrastructures, le suivi des organisations au lieu du retour des Nordiques, on aura des réponses. D’abord, on n’aura pas besoin d’attendre des années avant de savoir qu’il y a de la dysfonctionnalité dans certaines fédérations. Et puis, on saura quels partis politiques prennent au sérieux l’activité physique comme source d’amélioration de la qualité de vie des Québécois.

Savez-vous ce que les partis politiques proposent concernant le sport?

Le Parti Libéral du Québec prévoit la création d’un vrai ministère des Sports et des Loisirs et non seulement une branche du ministère de l’Éducation. On parle d’encouragement à ce que tous les élèves des écoles primaires bougent une heure par jour. Il propose notamment d’offrir gratuitement l’accès à un projet pédagogique particulier dans les écoles publiques, par exemple une concentration ou un sport-études, jusqu’à concurrence de 5000 $. Il veut doubler le montant de crédit d’impôt remboursable, le faisant passer de 500 à 1000 $ par enfant.

La plateforme libérale parle de doter toutes les écoles qui le demanderont d’un gymnase (effectivement ce n’est pas le cas pour toutes les écoles actuellement). De plus, un nouvel appel de projets au moyen du Programme d’aide financière aux infrastructures récréatives et sportives. Puis, un engagement est fait de travailler avec les différentes associations sportives et les municipalités pour diminuer les coûts d’inscription aux activités sportives dans les milieux défavorisés.

Enfin, pour garantir la sécurité dans la pratique sportive, le PLQ propose la création d’un registre des commotions cérébrales ainsi que l’interdiction des bagarres dans les sports chez les moins de 18 ans.

Le Parti conservateur a quant à lui lancé en août dernier son Programme national sur la santé préventive et le spor où il propose des éléments concrets. Il imposerait notamment 30 minutes d’éducation physique par jour à l’école. De plus, il veut créer le droit pour tous les médecins de donner une prescription médicale d’activité physique, investir massivement dans les infrastructures sportives, supprimer l’application de la TVQ aux dépenses reliées à l’activité physique et créer des équipes nationales sportives. En septembre, il a également ajouté une promesse de crédit d’impôt de 500$. Supplémenaire ou celle qui existe déjà?

La CAQ propose une chose dans sa plateforme électorale : Investir massivement dans la rénovation et la construction d’infrastructures sportives.

La plateforme électorale 2022 de Québec solidaire ne mentionne qu’un élément : Rendre accessibles les infrastructures au personnes en situation de handicap. Si on fouille dans son programme général, le parti veut reconnaître le travail non rémunéré des gens impliqués notamment dans le sport. Ça veut dire que QS veut leur garantir des conditions de travail justes. Il ajoute aussi que les écoles pourront offrir des programmes particuliers de sport. Ok!

Le Parti Québécois? Rien.

Ça, ce sont les propositions des partis bien avant le cri du coeur de la CASQ. J’aurais hautement souhaité lire ou entendre davantage de commentaires et de points de vue. Le site de Radio-Canada a publié un article avec quelques commentaires de politiciens, dont ceux d’Isabelle Charest de la CAQ qui parle des investissements réalisés au cours des quatre dernières années, ceux d’Enrico Ciccone du PLQ et de Camille Pellerin Forget du PQ. Mais où se situe le sport dans les priorités des chefs? Qu’en pensent les chroniqueurs les plus en vue des médias sportifs?

Si l’Éducation a de la difficulté à se faire une place dans les débats actuels, je ne m’attends pas à avoir des questions pointues au sujet du sport les débats des Chefs. Mais minimalement, ceux qui vivent par le sport devraient en parler.

En terminant, je me permettrai de reproduire les mots de Gilles Lépine, ancien membre de l’équipe canadienne de volleyball, ex-directeur des sports dans les grandes organisations sportives que sont l’Université Laval et UBC et analyste au volleyball et volleyball de plage lors de six Jeux olympiques. M. Lépine a répondu ceci lorsque j’ai partagé le texte d’Alexandre Pratt sur ma page Facebook :

J’ai bcp à dire, peut être trop… j’ai passé toute ma vie à développer le sport comme outil extraordinaire pour l’éducation et la santé. Je suis éducateur physique de formation, ai été entraîneur et surtout gestionnaire et ce, de l’initiation à l’excellence. Mon implication à fond dans la lutte au tabagisme m’a aussi beaucoup appris.

Plus que l’argent, on a un culture sportive à améliorer. On n’a pas besoin de plus de ballons, on a besoin d’un marketing social efficace, voire révolutionnaire. On a besoin de changer les perceptions. Par exemple, lorsque la population ne trouve plus cool de fumer, et bien toutes les lois, règlements et le financement passent mieux.

C’est beau demander plus d’argent, mais faut savoir ce que l’on veut vraiment faire avec…

Si je vous donne 100k$ pour développer votre sport, qu’est-ce que vous faites?

– Vous engagez des coaches?

-Plus d’infrastructures?

-Plus de promotion?

-Gratuité d’inscription?

-Camps pour les jeunes?

Ma réponse…. Le produit est là, mais il n’est pas assez bien vendu. 20k pour le coaching et 80k pour la promotion…

Bref, je retourne lire les « sports » avec les 14 pages du Journal de Québec sur le tournoi de golf du Canadien..

La promotion de notre sport? C’est en partie la responsabilité de nos médias. Et l’essor du sport de chez nous est la responsabilité de ceux qui l’aiment et le pratiquent de commencer à s’y intéresser pour vrai.

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