Patriotes de St-Laurent : Le hockey féminin sur pause

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Fermera, fermera pas? La fin annoncée du programme de hockey féminin des Patriotes du cégep St-Laurent est en fait une mise sur pause. Le cégep souhaite revenir en force dans les prochaines années.

« Les dernières années ont été difficiles sur la rétention des joueuses et des entraîneurs », m’a expliqué la directrice des Services aux étudiants et des Communications, madame Danielle Malkassoff. En effet, on peut noter plusieurs changements dans les dernières années derrière le banc des Patriotes. Quatre coachs en quatre saisons.

« À la fin de chaque saison, je rencontre les joueuses et j’apporte les changements nécessaires quand c’est requis », ajoute-t-elle.

« Nous avons une responsabilité d’offrir une expérience agréable à nos joueuses et ce n’est pas le cas depuis quelques années. »

Danielle Malkassoff, directrice des services aux étudiants et des Communications au cégep St-Laurent

En posant des questions pour comprendre ce qui a mené à la triste décision, on a l’impression d’ouvrir une boîte de Pandore. Les réactions suite à une saison difficile font écarquiller les yeux et ouvrir les oreilles.

D’abord, rappelons qu’à l’aube de la saison dernière, l’entraîneur-chef Dany Brunet a dû quitter son poste, ne répondant notamment pas aux exigences de la Santé publique concernant la COVID-19. Le coordonnateur des services aux étudiants et des sports, Hugo Lamoureux s’est alors tourné vers Alexandria D’Onofrio pour lui offrir de prendre les rênes de l’équipe. La jeune femme, ancienne joueuse des Blues de Dawson et des Stingers de Concordia, impliquée dans le coaching avec l’organisation Laval-Laurentides-Lanaudière depuis 2018 seulement, en était à ses premières armes au niveau collégial.

Un manque d’encadrement?

En entretien avec madame D’Onofrio, il était assez clair dès le départ que les joueuses, particulièrement des vétéranes, n’appréciaient pas les décisions de leur nouvelle coach. « Je comprends très bien que certaines puissent avoir eu des difficultés avec mes choix. J’arrivais avec une toute nouvelle vision, je ne connaissais pas les filles alors j’ai pris mes décisions en fonction de ce que j’observais dans les entraînements. C’est certain que des joueuses qui étaient auparavant sur un premier trio et qui se retrouvaient sur le troisième allaient être insatisfaites. Mais au lieu de chercher à regagner leur place ou demander aux entraîneures quoi faire pour s’améliorer, elles ont préféré se plaindre. Ça a fait de la bisbille.»

Alexandria D’Onofrio / Photo tirée de Facebook

Alexandria D’Onofrio a publié une déclaration sur son compte Facebook mercredi en soirée. Le message explique en long et en large son point de vue sur la saison qui vient de prendre fin. Selon elle, c’est le manque de soutien de la part de la direction de l’école qui a entraîné toute cette situation. Durant notre entretien, elle m’a confié que des joueuses de 3e et 4e années agissaient comme si tout leur était dû. La jeune entraîneure aurait aimé que Hugo Lamoureux, et son technicien Mathieu Duguay, l’aident à faire entendre raison aux joueuses, qui devaient apprendre à faire avec une nouvelle personne en poste.

Madame Malkassoff a une version un peu différente des choses. « Je n’entrerai pas dans les détails des relations de travail. C’est confidentiel. Mais je peux vous dire qu’il y a des choses reprochées qui ne relèvent pas simplement de l’encadrement. »

Au fil de discussions avec des joueuses, des parents et d’autres intervenants, des allégations diverses de harcèlement psychologique et de suspensions à répétition sans raisons valables m’ont été rapportées. L’une d’entre elles m’a résumé les relations entre la coach et ses joueuses en ces mots : « Si elle ne sentait pas qu’elle pouvait être ton amie, tu tombais rapidement dans le groupe des joueuses sur lesquelles elle pouvait s’acharner. »

Questionnées à ce sujet, D’Onofrio et son adjointe Léa McIntyre – qui a également été informée que son contrat ne serait pas renouvelé pour la prochaine saison – ont affirmé ne pas avoir été mises au courant de plaintes les concernant. L’ex-entraîneure-chef réfute en bloc les affirmations, mis à part pour un cas de suspension.

L’autre adjointe, Alexandra Boulanger, également membre active des Stingers de Concordia championnes canadiennes universitaires , m’a déclaré que jamais elle n’a été témoin de gestes ou de paroles répréhensibles de la part de ses collègues. Tout en indiquant qu’elle n’était pas toujours présente aux entraînements et aux matchs.

Fait à noter, ce ne sont pas toutes les joueuses qui ont cette version des choses. Au fil du temps, des cliques se sont formées. Mais tout le monde à qui j’ai pu parler a été unanime à suggérer que le groupe d’entraîneures auraient bénéficié de plus d’encadrement.

Bref, la bisbille a fait place à la discorde à l’interne. Au point où il devient difficile de démêler les faits des perceptions dans plusieurs cas. Clairement, la grogne était grande chez certaines. Malgré tout, durant l’hiver, Hugo Lamoureux a affirmé à madame d’Onofrio ainsi qu’à l’entraîneur des gardiennes de but qu’il souhaitait leur retour la saison prochaine. Selon D’Onofrio, il leur aurait même promis d’être plus présent pour les soutenir.

Toutefois, au terme de la saison, lorsque des joueuses ont rencontré Danielle Malkassoff, supérieure hiérarchique de Hugo Lamoureux, des faits ont été partagés avec celle-ci et visiblement, ce fut suffisant pour qu’on demande à Lamoureux de licencier mesdames D’Onofrio et McIntyre. Que s’est-il dit durant la rencontre entre les joueuses et madame Malkassof? Ça demeure confidentiel, mais on a une bonne idée de la teneur des propos. Par contre, Alexandria D’Onofrio m’a confié ne jamais avoir pu présenter son point de vue à la grande patronne. Pire que cela, les deux femmes ne se seraient jamais rencontrées!!!

On connaît maintenant la cascade d’événements qui ont découlé de ces fins de contrat.

Entraîneur masculin recherché

Aussi, Alexandria D’Onofrio souligne avec force dans son message Facebook le fait que l’école a choisi de la remplacer par un homme. Elle m’a d’ailleurs répété que c’est exactement ce que Hugo Lamoureux lui a dit quand il lui a appris que son contrat ne serait pas renouvelé. Qu’est-ce qui a mené le coordonnateur des sports à vouloir préférablement un homme? Seul lui pourrait le dire.

Hugo Lamoureux

Danielle Malkassoff m’a répondu qu’elle ne sait absolument pas d’où vient cette demande. « Je ne sais pas dans quel contexte ça a pu être dit, mais ce n’est absolument pas la position du cégep. D’ailleurs, nous avons eu beaucoup plus d’entraîneurs féminines que masculins avec le programme. Et si nous avions des valeurs misogynes, je ne crois pas que nous aurions eu une fille dans l’équipe masculine D1 (la gardienne Ève Gascon). »

Cette recherche d’un entraîneur masculin pour combler le départ d’Alexandria D’Onofrio soulève de très nombreuses questions. Et ce n’est pas un problème de mauvaise perception. Des joueuses m’ont confirmé que c’est ce qui leur a été communiqué au moment de l’annonce du départ de D’Onofrio et McIntyre. Et un employé du cégep très près du dossier en a rajouté en m’expliquant que le programme recherchait un profil masculin, mais que si une candidature féminine d’exception se présentait, elle n’aurait pas été rejetée. C’est inqualifiable, je n’ajouterai rien.

Néanmoins, il faut comprendre que cette volonté déclarée par Hugo Lamoureux de remplacer l’entraîneure-chef en place par un homme a entraîné le départ de l’autre adjointe Alexandra Boulanger et de la préparatrice physique Emmanuelle Blais. Boulanger m’a confié que c’est après que Lamoureux lui ait confirmé directement que l’organisation cherchait un homme qu’elle a pris sa décision de quitter.

Bassin de joueuses trop petit

Le hockey féminin vit un problème majeur. Il manque de joueuses. C’est mathématique. À l’heure actuelle, les observateurs les plus avertis le mentionnent tous, la ligue collégiale D1 compte trop d’équipes pour le nombre de joueuses de ce calibre dans la province. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que la division 2 a été créée. On veut continuer de permettre aux joueuses qui le désirent d’avoir des opportunités, mais on veut aussi que les meilleures puissent jouer entre elles.

Je mentionne ce fait parce que plusieurs commentaires lus dans les derniers jours font état du manque de joueuses pour justifier la fermeture du programme. C’est un enjeu du hockey féminin qui n’explique pas tout, mais qu’il ne faut pas écarter du revers de la main quand un programme cherche à recruter rapidement des athlètes. D’ailleurs, il a été prévu depuis quelques années par Hockey Québec et le RSEQ de faire passer le nombre d’équipes collégiales féminines D1 de 7 à 6.

De là à dire que la fin du programme des Patriotes était prévu et a été orchestré, c’est un pas que je ne franchirai pas. Je n’y crois pas. Pas comme ça. Par contre, est-ce que, sachant que ça pouvait être St-Laurent, et que la situation actuelle exigerait trop d’efforts pour remettre le train sur les rails, des gens ont pensé que c’était le moment de tirer la plug? Madame Malkassoff me garantit que non.

Peut-on réparer les pots cassés?

Bref, les coachs ont quitté, de nombreuses joueuses recrutées ont finalement choisi d’aller jouer ailleurs et des joueuses de l’édition actuelle ont débarqué. Face à cette situation, la décision a été prise de mettre le programme sur pause. Le moment de l’annonce, la façon dont ça a été fait et les raisons pour la justifier ont été décriés. Mais maintenant, que se passe-t-il?

Ça grenouille. De nombreuses rencontres ont eu lieu au cégep. Des gens de l’équipe de la ministre Isabelle Charest tentent d’obtenir des réponses. Il y a eu beaucoup de « chaleur » dans les derniers jours. Malheureusement, c’est la passion de dizaines de jeunes femmes de jouer au hockey collégial, un rêve et un plaisir qui a déjà été sabordé en partie avec la pandémie. On nous dit que les joueuses seront aidées et supportées. Administrativement et psychologiquement. Ça demeure triste.

En espérant que tout pourra se replacer et que le programme pourra renaître. Un souhait partagé par la direction du cégep. « Nous avons un historique important de hockey à St-Laurent. Ce n’est pas fait de gaieté de coeur. Mais nous devons prendre le recul nécessaire pour revenir et offrir un programme digne de ce nom », confie Danielle Malkassoff.

Je terminerai en suggérant que les problèmes de manque d’encadrement soulevés ne peuvent pas être attribués uniquement à messieurs Lamoureux et Duguay. Que de la mauvaise gestion de bisbille au sein d’une équipe finisse par la mise sur pause pour quelques années d’un pilier parmi les programmes sportifs collégiaux est une aberration. Il y a eu de nombreux manques au fil du temps qui ont mené à cette situation. Il fallait savoir mieux choisir les entraîneurs et certainement trouver une façon de les aider à faire leur travail.

M. Lamoureux est un passionné de hockey reconnu dans le milieu. Des gens qui travaillent avec lui m’ont souligné toute l’énergie qu’il a mis à défendre le programme de hockey féminin du cégep St-Laurent. Ses intentions ne sont probablement pas mauvaises. Il serait malhonnête de lui attribuer tous les torts. Mais sa façon d’annoncer qu’il cherchait un entraîneur masculin a été plus qu’une simple maladresse.

Ah oui, j’oubliais, il y a une bonne nouvelle dans tout ça… l’équipe masculine D2 a maintenant un vestiaire pour la prochaine saison.

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