Le Défi Est-Ouest : Un concept à revoir

Rassembler les meilleurs joueurs de football universitaire canadiens pour un match auxquels assisteront les recruteurs de la LCF est assurément une bonne idée. Mais comme pour bien des projets, l’idée est bonne si elle est bien exécutée. Dans le cas du Défi Est-Ouest, ils sont nombreux à penser que le concept, dans sa forme actuelle, est loin d’être optimal.

Le Défi Est-Ouest a été mis sur pied en 2003. Organisé chaque année par une institution membre de USports, l’événement est appuyé et soutenu par l’Association des entraîneurs au football universitaire canadien (CUFCA), la Ligue canadienne de football et USports. Il rassemble annuellement près de 100 joueurs universitaires. Ceux-ci sont essentiellement des joueurs qui viennent de terminer leur troisième saison et qui sont ciblés comme ayant un potentiel d’être repêchés par la LCF un an plus tard.

Cette année, le match aura lieu le 7 mai à l’Université McMaster, après une pause de deux ans due à la COVID. Au total, 16 joueurs provenant des équipes basées au Québec seront de la partie. Pour voir la liste des joueurs invités, cliquez ici.

En plus d’un match qui oppose les représentants des équipes de l’ouest et ceux de l’est, des séries de tests physiques et d’exercices sont effectuées durant les jours précédents sous l’oeil des recruteurs et entraîneurs sur place. Bien que ça soit très commun de voir de tels « showcases » dans le monde du football, plusieurs questionnent la façon dont cet événement est organisé.

Qu’on parle avec les entraîneurs-chefs du Vert & Or Mathieu Lecompte ou du Rouge et Or Glen Constantin, ou même le directeur général des Alouettes de Montréal et ancien entraîneur-chef des Carabins de l’Université de Montréal Danny Maciocia, le constat est le même. Les joueurs invités et le moment choisi ne sont pas les bons.

Mathieu Lecompte / Crédit : Yves Longpré

« Chaque année, les entraîneurs des différentes équipes soumettent une liste de joueurs qui viennent de terminer leur 3e saison et qui, selon nous, méritent d’être vus par des recruteurs. Le comité qui distribue les invitations finales est obligé de prendre nos deux premiers choix et décide ensuite s’il en prend d’autres en fonction de divers critères dont la position des joueurs », nous explique Mathieu Lecompte en entrevue téléphonique.

Le comité dont il est question ici est composé d’entraîneurs d’équipes USports et de représentants de la LCF.

« Le Défi Est-Ouest est présenté à un moment qui est loin d’être idéal. Au mois de mai, les équipes universitaires sont à leur camp de printemps et les équipes de la LCF sont dans leurs derniers préparatifs pour le début de saison. Et puis, ça arrive tout de suite après le repêchage de la LCF. Alors est-ce que c’est la meilleure vitrine pour les joueurs? Je pense qu’on pourrait revoir le format. »

Mathieu Lecompte, entraîneur-chef du Vert & Or de Sherbrooke

Les propos de Lecompte sont repris presque intégralement par l’entraîneur-chef du Rouge et Or Glen Constantin. Celui qui a déjà organisé l’événement à quatre reprises croit, tout comme Lecompte, que le moment est mal choisi et qu’il ne permet pas de mettre en valeur les joueurs de façon idéale. « Si on prenait les joueurs qui terminent leur quatrière année universitaire, soit ceux qui sont admissibles au repêchage, et qu’on organisait une sorte de « Senior Bowl » en décembre ou en janvier, avant le « combine », tous les yeux seraient sur ceux qui ont les meilleures chances d’être repêchés au début du mois de mai suivant. Il faut aussi savoir qu’après le repêchage, il arrive souvent que les entraîneurs des équipes de la LCF prennent un congé avant de se lancer dans la saison. »

Glen Constantin et Marc Fortier / Crédit : Mathieu Bélanger

Constantin qui n’est jamais à court d’idées pour promouvoir le football et les athlètes universitaires a proposé des solutions.

« J’ai déjà offert que soient utilisées nos installations en Floride pour organiser l’événement. Ça aurait été encore plus grandiose pour tout le monde et je pense qu’on aurait pu attirer plus de recruteurs, même ceux de la NFL. Mais comme bien d’autres projets, je ne pense pas que ce soit une priorité pour USports. »

Glen Constantin, entraîneur-chef du Rouge et Or de Laval

Mathieu Lecompte avoue également que plusieurs joueurs ne sont pas envoyés au match parce qu’on juge qu’ils n’ont pas nécessairement besoin d’être mis en vitrine. D’autres choisissent de ne pas se présenter pour diverses raisons, comme les risque de blessures. « Les exercices sont assez intenses, les joueurs qui sont là veulent se prouver, alors il y a des risques. Les joueurs ne sont pas tous prêts à mettre leur saison en péril. »

Danny Maciocia et Glen Constantin ont discuté à plusieurs reprises de ce sujet lorsque les deux étaient rivaux. Tout comme Mathieu Lecompte, ils partagent essentiellement le même point de vue. Et aux dires de Maciocia, l’idée est assez répandue à travers le Canada qu’il faut trouver une façon de rendre davantage justice aux joueurs.

Danny Maciocia / Crédit : Ryan Remiorz

Selon Danny Maciocia, il y a assurément moyen de faire mieux. « Lors d’une rencontre au dernier camp d’évaluation à Toronto, le sujet du Défi Est-Ouest est venu sur la table. Et on va en reparler bientôt. Je ne suis pas le porte-parole de la ligue, donc je ne peux pas dire exactement ce qui va arriver, mais je pense que la ligue va certainement contacter USports pour trouver d’autres solutions. »

« J’ai le sentiment que la LCF et USports ont intérêt à travailler ensemble. Et je parle plus largement que juste pour les joueurs impliqués dans le Défi Est-Ouest. On peut aussi en faire une vitrine pour les entraîneurs. C’est une belle opportunité de développement pour eux aussi, de pouvoir travailler avec des coachs de niveau professionnel. »

Danny Maciocia, directeur général des Alouettes de Montréal

Mais qu’en pense USports? Pourquoi ces changements ne surviennent pas plus rapidement si l’intérêt semble si évident de vouloir améliorer les choses? Il faut comprendre que le CUFCA n’est pas une organisation officielle et que USports est donc responsable de régir le Défi Est-Ouest.

En discutant avec John Bower, directeur marketing et communications chez USports, il semble que l’organisation n’ait pas d’avis à proprement parler à propos des modifications que souhaitent proposer les entraîneurs. À sa connaissance, le sujet n’a pas été abordé avec USports.

Toutefois, dans le communiqué émis par USports lundi pour annoncer le retour de l’événement ainsi que les noms des joueurs invités, la Cheffe du sport Lisette Johnson-Stapley indiquait : « USports est emballé du retour du Défi Est-Ouest et nous travaillons avec l’Association des entraîneurs de football universitaire canadien et avec le programme de football des Marauders pour accroître la visibilité du match en plus de former la prochaine génération de leaders de football. »

Il y a donc certainement un intérêt au sein de USports de faire mieux pour les jeunes joueurs de football canadiens, mais à quel point? Est-ce que la Ligue canadienne pourrait forcer en quelque sorte la main de USports?

Un autre dossier à suivre dans le monde du football canadien. Mais des changements doivent survenir parce qu’il est clair sur le terrain que la situation actuelle ne répond pas adéquatement aux besoins et aux objectifs.

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