Le Québec agit pour s’attaquer aux abus dans le sport

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Il faut porter en soi un chaos pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. C’est le grand philosophe Friedrich Wilhelm Nietzsche qui, dans son ouvrage Ainsi parlait Zarathoustra, nous faisait comprendre que les mauvaises expériences que l’on vit servent à créer de bonnes choses. Ce chaos, les joueuses de basketball de l’École secondaire Saint-Laurent qui ont porté plainte contre trois entraîneurs, nous l’ont montré au grand jour. Qu’en naîtra-t-il?

La nouvelle de l’arrestation de trois personnages qui auraient profité de leur position pour abuser d’adolescentes a provoqué une vague d’indignation immense. Mais cette indignation ne peut pas rester sans suite. Ce qui est trop souvent le problème. Toutefois, malgré les imperfections, le Québec est loin de rester les bras croisés et il est même un leader sur la scène mondiale

D’abord, dès l’annonce des accusations, l’organisme Sport’Aide a été cité comme une bouée déjà à la mer pour celles et ceux qui ont besoin de parler. Lancée le 1er mai 2018, leur ligne d’écoute offre aux jeunes sportifs-ves une plateforme pour répondre aux besoins des victimes et des témoins afin de les guider vers les bonnes ressources d’aide.

C’est au hasard de rencontres entre Sylvain Croteau et l’Olympienne Guylaine Dumont, puis plus tard avec Sylvie Parent, professeure à l’Université Laval spécialiste des questions sur la violence dans le sport, que naît l’idée d’un organisme qui servirait de porte d’entrée pour entendre les plaintes des athlètes subissant des abus.

« En entendant Guylaine me raconter ce qu’elle avait subi dans sa carrière, je lui ai demandé pourquoi elle n’avait pas dénoncé ces comportements. Sa réponse m’avait frappé. Il n’existait pas de services pour ce genre de situation », nous explique Sylvain Croteau en racontant la genèse de Sport’Aide.

« Il y a 15 ans, j’étais avant-gardiste quand je racontais mon expérience personnelle », nous dit l’ex-membre de l’équipe nationale de volleyball. « Ça m’a pris du temps avant de constater à quel point les comportements de mes entraîneurs étaient mauvais. C’est quand je suis allée jouer en Italie que j’ai vu qu’on pouvait se faire coacher à haut niveau tout en étant bien traitée. Maintenant, j’entends des tonnes d’histoires. Les mauvais comportements existent et il faut les dénoncer. »

Sport’Aide est venu de la mobilisation de tous les acteurs du milieu et les gouvernements ont été proactifs pour aider à la création de l’organisme. En juin 2019, une motion unanime a été votée à l’Assemblée nationale pour protéger nos sportifs et nos sportives.

Et pour ajouter à l’offre de services, le gouvernement du Québec, suite à un énoncé de la ministre Isabelle Charest émis à l’automne 2020, a lancé la plateforme Je porte plainte qui permet de gérer de manière complètement indépendante les dénonciations d’abus, de harcèlement, de négligence ou de violence dans le sport. Pratiquement toutes les organisations sportives au Québec affichent le lien sur leur site. Il faut savoir que l’adoption d’une politique d’intégrité et d’un mécanisme de gestion indépendante des plaintes est obligatoire pour les organismes sportifs afin d’obtenir la reconnaissance du gouvernement.

Aujourd’hui, l’approche des Québécois dans la lutte contre la violence envers les athlètes est à l’avant-garde sur la scène internationale. « À l’étranger, on est perçu comme le futur, annonce fièrement Sylvain Croteau. Lors d’une conférence donnée à l’occasion d’une rencontre du Réseau francophone olympique de la recherche en médecine sportive, notre initiative a été hautement saluée par l’ensemble des pays présents. »

« Et en avril 2020, Québec devait recevoir plus de 500 personnes provenant de 38 pays pour parler de nos initiatives comme Sport’Aide », ajoute le directeur général de l’organisme. Parmi les invités, des représentants de l’ONU, de la NCAA et du club de soccer anglais Manchester United étaient attendus. Malheureusement, la pandémie aura forcé l’annulation de l’événement.

Malgré tout, les événements qui ont frappé l’école secondaire Saint-Laurent sont une preuve que rien n’est parfait. Monsieur Croteau souligne la présence de risques à plusieurs niveaux. « Si des gens font ça, c’est qu’il y a des facteurs des risques. Le contexte l’a permis. Parents, gestionnaires, éducateurs, athlètes, tout le monde doit être mieux outillé. »

L’accompagnement doit venir des organisations et non seulement des fédérations. Ce constat, Croteau et Dumont le font. « Oui, les fédérations ont un rôle important à jouer, mais les clubs locaux aussi. Les conseils d’administration des clubs ou des associations locales et régionales n’appellent pas souvent les fédérations pour avoir de l’aide quand surviennent des situations d’abus », explique madame Dumont, aujourd’hui consultante en psychologie sportive et ambassadrice de l’Esprit sportif pour le gouvernement du Québec.

Dumont, qui ne fait plus partie de Sport’Aide, demeure très impliquée dans la lutte aux abus dans le sport. « Dans ma vision des choses, il faut éduquer. Par exemple, dans les formations aux entraîneurs, un bloc d’heures devrait être consacré sur les saines relations avec les athlètes ainsi que les pièges à éviter. Certains cas d’abus sont flagrants, mais la plupart du temps, c’est une question de nuance qui fera toute la différence entre un comportement ou des mots acceptables ou non. »

Elle donne en exemple le cas d’un entraîneur de 20 ans qui s’occupe d’une équipe de filles de 17-18 ans. « Dans la vie de tous les jours, il n’y aurait pas de problème à ce qu’ils laissent place à leurs pulsions, mais dans une relation coach-athlète, ça ne peut pas se faire. Il faut en être conscient pour adopter les bons comportements et éviter les pièges que la proximité peut engendrer. »

Guylaine Dumont croit qu’une des pistes d’amélioration est dans la responsabilisation des écoles. « Il y a souvent peu de filtration et de formation. Mais pour ça, il faut décider de consacrer des budgets pour les entraîneurs. »

Sylvain Croteau en rajoute à ce sujet : »Il faut accompagner les entraîneurs. C’est déjà difficile d’en recruter et après on les laisse travailler avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête qu’est la gestion de relations de confiance. Il faut aussi pouvoir sélectionner nos entraîneurs sur leur savoir-être alors qu’on se concentre trop sur leur savoir-faire. »

Dans ce cas, serait-il intéressant de voir à soutenir davantage des organismes comme Pour 3 Points? Ce dernier forme et encadre depuis 10 ans des entraîneurs en explorant le rôle qu’ils-elles peuvent jouer dans la réussite sociale et éducative des jeunes de leurs équipes.

Il est aussi très intéressant de savoir que des groupes se forment pour participer à encadrer les sportifs-ves. En juin prochain, Guylaine Dumont organisera une retraite pour travailler avec des athlètes qui ont vécu de l’abus. « La création de groupes de soutien est nécessaire parce que pour certaines, ça a laissé des cicatrices et ça a affecté grandement leur santé psychologique. »

Je connais aussi un groupe d’anciennes joueuses de basketball universitaire qui prend forme actuellement. Interpellées par le cas des trois accusés de Saint-Laurent, elles ont décidé de se rassembler pour prêter main forte aux jeunes athlètes féminines et leur permettre de pratiquer leur sport compétitif de façon saine.

Aux Olympiques, on voit des entraîneurs internationaux comme Eteri Tutberidze en patinage artistique qui détruisent le moral d’athlètes au vu au su de tous. Mais quand on les laisse sévir au nom de la performance, on peut se dire que nos priorités sont à revoir. Le Québec est bien parti, ne lâchons pas. Il y aura toujours des pourritures qui trouveront la moindre craque où s’insinuer. On ne pourra peut-être pas les empêcher complètement d’exister, mais on peut limiter leurs dégâts.

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