Le retour du sport collégial et universitaire : improvisation ou incompréhension?

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Le point de presse du triumvirat québécois a causé tout un émoi dans la communauté sportive mardi après-midi. Si on a appris le retour du sport parascolaire et du sport civil pour les moins de 18 ans, la situation du sport collégial et universitaire était loin d’être claire. À la toute fin, messieurs Legault et Boileau ont fini par dire oui, avec une explication baragouinée.

Avant la question du journaliste de Noovo Simon Bourassa, les réactions fusaient déjà sur les réseaux sociaux, les questions surgissaient de partout sur ma messagerie. Si j’ai fait partie de ceux qui ont réagi vivement – un peu trop vite diront certains – je m’en réjouis également. M. Bourassa m’ayant confirmé que c’est en voyant ma demande d’explication sur Twitter qu’il a choisi de poser sa question. Tweet que j’ai choisi d’effacer d’ailleurs parce que trop de gens continuaient de croire que le gouvernement avait maintenu le statu quo pour le sport collégial et universitaire.

D’importants acteurs du sport amateur québécois ayant requis l’anonymat ont parlé de cafouillage de la part du gouvernement suite au point de presse. Et on peut comprendre pourquoi. À moins d’une heure de l’entrée en scène des Legault, Boileau et Dubé, il semble que la Direction du sport, du loisir et de l’activité physique (DSLAP) n’avait pas encore obtenu le feu vert pour permettre aux sports collégiaux et universitaires de reprendre l’entraînement complet. Je vous rappelle que la DSLAP est essentiellement le ministère des Sports au Québec.

Les explications qui m’ont été données sont qu’en effet, en début de journée, la Santé publique ne souhaitait pas nécessairement permettre aux niveaux collégial et universitaire de reprendre l’entraînement au-delà des exercices en solo et en dyade. Ce qui était déjà permis. Mais ces étudiants-es-athlètes ont plus de 18 ans et cet état de fait semblait difficile à comprendre pour nos bonzes de la Santé publique. Il semble bien qu’on ait réussi à leur faire entendre raison à la toute dernière minute. De là, la confusion. Mais d’autres incohérences découlent de cette décision.

À noter que la définition même d’étudiant-athlète est au centre d’importantes discussions avec la Santé publique actuellement. Et selon ce que la Santé publique décidera d’accepter, toutes les recommandations ainsi que les arrêtés ministériels seront rédigés avec les conséquences que cela entraînera.

Imaginez, nous en sommes encore là deux ans après le début de la pandémie. Reconnaître le statut des étudiants-es-athlètes. Ça démontre malheureusement à quel point on a du chemin à faire pour faire du sport et de l’activité physique une réelle priorité dans notre société.

La définition d’activité parascolaire ne semble pas toujours claire, elle non plus. Ce terme est utilisé à tort et à travers représentant parfois tous les niveaux du primaire à l’université et se limitant au primaire et au secondaire en d’autres occasions. Ça ajoute à la confusion. Mais le gouvernement s’en rend-il compte? Peut-être pas. Surtout si les grands décideurs voient dans le sport collégial et universitaire un simple hobby plutôt que comme le sport de haut niveau qu’il est en réalité.

Aujourd’hui et jusqu’à dimanche (parce que les directives prendront effet lundi), le gouvernement sera sous haute pression de la part du milieu sportif. D’abord, que fait-on avec les équipes dont certains athlètes ont 17 ans et d’autres sont majeurs? Qu’en est-il des étudiants-athlètes âgés de plus de 18 ans qui pratiquent un sport non régi par le RSEQ? Et je ne parle pas de tous les autres sports pratiqués par les « vieillards » dans la vingtaine et plus.

Certains ont d’ailleurs des craintes que le gouvernement recule sur sa décision de permettre les entraînements complets pour les équipes collégiales et universitaires. Des représentations seront assurément faites pour s’assurer que ça n’arrive pas. Une telle décision serait désastreuse.

Ce sera le rôle de la ministre Charest d’éviter ce recul. Souvent accusée d’être absente de la sphère publique dans toute cette pandémie, plusieurs aimeraient la voir davantage lorsque les questions sportives sont soulevées. Certains questionnent même son leadership. Personnellement, je vois plutôt dans son travail celui d’une joueuse d’équipe. Elle travaille en coulisses. Elle parle à tous les intervenants. Elle tente d’influencer la Santé publique, mais à la fin, elle se rallie aux priorités et aux décisions de ses patrons. Cette fois, par contre, elle doit livrer la marchandise.

L’approche du gouvernement demeure de ne pas être plus laxiste que la Santé publique. Parfois, il est plus sévère, mais il ne veut pas l’être moins. Il faut donc absolument trouver une façon de faire comprendre à la Santé publique les effets positifs de la pratique du sport au-delà des risques pour la population. Pas toujours facile.

La prochaine étape qui est la plus attendue est bien sûr le retour à la compétition. Si on se fie à la logique habituelle, il ne faut rien espérer avant deux autres semaines de ce côté. Mais l’incompréhension, la confusion et les incohérences qui perdurent ne permettent certainement pas de deviner les intentions de la Santé publique concernant la poursuite des activités de nos ligues sportives étudiantes.

Croisons-nous les doigts, souhaitons-nous bonne chance et ne lâchons surtout pas!

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