Gonflées à bloc, elles veulent jouer pour le titre

Le hockey universitaire féminin offre une course qui sera assurément haletante jusqu’à la toute fin du calendrier. Les trois équipes de Montréal et les Gee Gee’s d’Ottawa sont dans une lutte à finir pour le titre RSEQ. Elles se tiennent prêtes dans l’espoir que la saison puisse reprendre rapidement.

Après une année complète sans jouer, les différentes équipes avaient bien sûr à reprendre leurs marques en renouant avec la compétition, mais également à intégrer une grande quantité de nouvelles joueuses. C’était vrai pour tout le monde, mais particulièrement pour les Gaiters de Bishop’s qui ont fait leur entrée officielle dans le circuit universitaire du RSEQ. Une seule d’entre elles ayant évolué dans le circuit pour une demi-saison.

Dominic Desmarais, entraîneur-chef des Gaiters est, dans ce contexte, très satisfait du début de saison. Et on le comprend puisque les siennes ont obtenu deux de leurs trois victoires face aux Carabins de l’Université de Montréal. « Cette première victoire, lors de notre match d’ouverture locale, ce n’était vraiment pas dans les scénarios prévus. Mais ça a permis à l’équipe de croire qu’on pouvait jouer dans cette ligue même si on avait été dominées statistiquement. Ça a rapidement effacé les doutes. »

Dominic Desmarais des Gaiters de Bishop’s prépare son équipe pour sa première saison au RSEQ / Crédit photo : La Tribune

Desmarais apprécie particulièrement le leadership dont font preuve les jeunes joueuses en ce début de saison. « Jessica Bélanger, notre capitaine, va graduer à la fin de la saison. Mais les plus jeunes veulent déjà prendre en charge. Elles goûtent à ce leadership et elles s’impliquent beaucoup, même auprès des joueuses qu’on veut recruter. Notre plan est sur quatre années, on ne veut pas sauter d’étapes, mais c’est certain que ce leadership va beaucoup aider. »

Pour les championnes en titre, les Martlets de McGill, dès le départ elles ont pu montrer leurs couleurs avec six victoires consécutives, dont un 5-0 face aux Carabins en lever de rideau. Toutefois, avec une fiche de 3-3 lors des six suivants, dont deux défaites face aux Stingers de Concordia, la lutte s’est rapidement resserrée. Malgré la séquence plus cahoteuse, l’entraîneure-chef Alyssa Cecere était satisfaite. « Le début de la saison a bien été. Notre but était de s’améliorer à chaque semaine et à chaque partie. Je crois que c’est ça qu’on a fait car on a vu du progrès en termes collectif et individuel dès le premier match en septembre jusqu’au dernier en décembre. »

Cependant, au-delà des résultats, c’est le retour en général après avoir été en arrêt pendant plus qu’un an qui satisfait le plus Cecere.  » Il faut souligner la persévérance et le niveau d’adaptation de nos athlètes. Les mesures et règles changent constamment et elles s’ajustent et continuent de travailler. Elles étaient tellement heureuses et reconnaissantes de se retrouver en équipe et être de retour à leur sport. »

Alyssa Cecere, entraîneure-chef des Martlets / Photo courtoisie de McGill Athletics

Celle qui a remplacé le légendaire Peter Smith à la barre des Martlets ajoute que la saison a été marquée par une série d’ajustements dus à la COVID-19 : « Nous avions besoin d’être créatives et de rester flexible. En septembre, on ne pouvait pas être l’équipe au complet dans la chambre en même temps alors les joueuses étaient séparées en petit groupe. Les rencontres d’équipe étaient séparées en deux pour respecter la limite de personne dans la pièce. Les voyages pour jouer un match n’incluaient pas les joueuses qui ne jouaient pas alors elles manquaient les conversations qu’on avait entre les périodes et le progrès qu’on faisait pendant le match. La liste continue. C’était beaucoup de détails à gérer. »

Ce ne fut certainement pas le même début de saison pour les finalistes de 2020, les Carabins. L’équipe d’Isabelle Leclaire a amorcé le calendrier régulier avec seulement deux victoires à ses sept premiers matchs, incluant deux défaites face aux nouvelles venues de Bishop’s. Malgré tout, l’entraîneure des Carabins s’est assurée que tout le monde demeure positif. « Ça a été plus difficile au niveau des résultats, mais on jouait bien. Nous écopions de trop de punitions, nous avons accordé des buts en désavantage numérique, mais il fallait bien s’évaluer. »

Leclaire a misé sur une bonne communication et l’appui des vétéranes : « Il y a eu beaucoup de dialogues avec les leaders. Le message était de se concentrer sur l’évaluation que nous faisions de nos performances et de ne pas tomber dans le négatif malgré les frustrations que commençaient à ressentir certaines joueuses. »

Isabelle Leclaire, entraîneure-chef des Carabins / Crédit photo : James Hajjar

L’approche a porté ses fruits puisque les Bleues ont amassé 9 points sur une possibilité de 10 avant la pause des Fêtes. « La cohorte des joueuses de deuxième année devait avoir un impact pour que nous puissions connaître du succès et elles ont répondu. On s’attendait à ce que Veillette, Boulanger et Nadeau nous donnent du bon hockey, mais les Pelletier, Garand, Faubert et Pouliot ont très bien fait et c’est bon signe pour nous. Ça démontre notre profondeur. »

Entre les Martlets et les Carabins au classement, les Stingers de Concordia ont une fiche de 8-3-1. Et malgré un départ un peu lent avec deux défaites (dont une en prolongation) à leurs deux premiers matchs, elles sont l’équipe qui a inscrit le plus de buts, tout en en accordant le moins. Elles ont notamment inscrit cinq buts ou plus dans cinq de leurs sept derniers matchs.

Pour Caroline Ouellette, l’entraîneure-chef associée des Stingers, il fallait reprendre les habitudes de travail. « Tu as beau t’entraîner, ça prend toujours quelques semaines pour retrouver l’intensité, s’assurer de s’arrêter au filet, de sortir rapidement de notre zone. Mais on a retrouvé nos marques et avant la pause, l’équipe était vraiment gonflée à bloc. Cette édition des Stingers est la plus talentueuse que Julie (Chu, l’entraîneure-chef) et moi avons eu sous la main. »

Les Gee Gee’s d’Ottawa avec une fiche de 6-6 ne sont pas à écarter de la course trop rapidement non plus. Elles ont vaincu les Stingers à deux reprises et les Martlets une fois. À noter particulièrement les prestations de la gardienne recrue Mahika Sarrazin qui a amorcé quatre matchs (en plus d’être venue en relève d’Aurélie Dubuc lors d’un match face aux Stingers) en remportant trois et ne subissant qu’un seul revers de 1-0 face aux Carabins. Le pourcentage d’arrêt de l’ancienne des Titans de Limoilou de ,936 la place d’ailleurs au premier rang du circuit parmi les cerbères ayant joué dans au moins 5 parties.

Enfin, les Ravens de Carleton menées par Pierre Alain, une sommité dans le coaching du hockey féminin au Québec et en Ontario, forment une équipe très jeune. Après avoir amorcé le calendrier régulier avec deux victoires, elles ont terminé le premier segment de la saison avec une fiche de 4-8.

Individuellement parlant, le classement des pointeuses est dominé par les patineuses des Martlets et des Stingers alors qu’elles occupent respectivement 4 et 6 des dix premières places. La capitaine de McGill Jade Downie-Landry, avec ses 22 points en 12 matchs, trône au sommet et n’est plus qu’à 16 points d’atteindre le top 10 des plus prolifiques pointeuses de l’histoire du RSEQ. Sa coéquipière Marika Labrecque la suit au classement avec 19 points.

Jade Downie-Landry, capitaine des Martlets / Crédit photo : Matt Garies – McGill Athletics

Ensuite, viennent dans l’ordre un trio de vétéranes des Stingers, Stéphanie Lalancette, Brigitte Laganière et Marie-Pascale Bernier avec 17, 16 et 15 points respectivement.

Devant le filet, en plus de Sarrazin avec Ottawa, Alice Philbert des Stingers, Aube Racine des Carabins et Marie-Ève Côté des Ravens ont connu une très bonne première moitié de saison. Les trois sont ex aequo en tête avec 2 jeux blancs en plus de maintenir un pourcentage d’arrêt supérieur à ,900.

Alice Philbert / Crédit : Kyran Thicke

L’arrêt des activités pour une période indéterminée est toutefois venu freiner l’erre d’aller des équipes. Les entraîneurs-es doivent donc redoubler d’efforts pour garder leurs athlètes prêtes pour un éventuel retour au jeu.

À Bishop’s, on se considère chanceux avec la disponibilité des installations, mais ce n’est pas toujours suffisant. « Nous avons de nombreuses heures ouvertes pour travailler individuellement sur des demi-glaces. Mais il faut travailler sur autre chose. Le défi demeure d’assurer un environnement sûr, alors on va dehors. Être en zoom tout le temps ce n’est pas efficace. Par contre, les joueuses sont contentes qu’on continue de les encadrer parce que plusieurs n’ont pas de repères », nous explique Dominic Desmarais.

Pour Isabelle Leclaire des Carabins, il est important de voir le positif qu’on peut tirer de la situation. « À ce stade-ci, comme il n’y a pas de match, on peut travailler sur le cardio et le travail individuel, ce qu’on fait moins souvent lors d’une saison habituellement. Et puis, nous avons un groupe résilient. Au lieu d’être déprimées, les joueuses étaient contentes d’avoir au moins l’occasion de pouvoir s’entraîner sur le glace plutôt que rien du tout. Elles ont une bonne attitude. »

À McGill, Alyssa Cecere espère un retour rapide : « Il y a encore de l’espoir pour un retour. Pour l’instant la concentration est sur l’école et les entrainements hors glace qu’elles font à la maison. Avec la plupart des écoles qui sont retournées en présentiel cette semaine et l’évolution dans les dernières semaines, je reste optimiste. La motivation n’est pas là à chaque jour pour tout le monde et c’est compréhensible. C’est la beauté de faire partie d’une équipe. On reste en contact avec le staff et les joueuses, on se soutient et on s’encourage. »

Quant à Caroline Ouellette, elle est particulièrement déçue de la tournure des événements. « Il y a quatre joueuses qui sont revenues pour une sixième année pour avoir la chance de fermer cette importante étape de leur vie qu’est leur carrière universitaire. Des filles comme Audrey Belzile et Brigitte Laganière continuent d’exceller. Marie-Pascale Bernier a toujours le sourire aux lèvres et joue son meilleur hockey sachant que c’est sa dernière saison. On a un beau mélange avec des jeunes comme Émilie Lavoie, Zoé Thibault et Chloé Gendreau qui font très bien et c’est sans parler de Rosalie Bégin-Cyr et Emmy Fecteau. Alors on espère que le sport universitaire et collégial soit reconnu comme du sport d’élite et qu’on puisse reprendre nos entraînements le plus vite possible. »

Julie Chu, entraîneure-chef et Caroline Ouellette, entraîneure-chef associée des Stingers de Concordia /
Crédit photo : Andrew Maggio

La membre du Panthéon des sports du Québec depuis novembre dernier considère tout de même que son groupe a de la chance, car les joueuses peuvent utiliser le dôme de Concordia pour s’entraîner. Mais elle aimerait pouvoir avoir davantage. « On s’assure d’organiser une activité par semaine à l’extérieur toutes ensembles. Par exemple, on a organisé un tournoi de spikeball sur la glace. Mais ça me fait de la peine. Habituellement on passe tout notre temps ensemble. »

Ouellette ajoute : « Je ne crois pas fortement à la tenue d’un championnat canadien, mais si on peut avoir un championnat du RSEQ, ce serait au moins ça. Malgré tout, on veut toujours avoir la chance de se mesurer aux meilleurs du pays. »

Au sujet de la tenue d’éliminatoires au RSEQ, Isabelle Leclaire est assez optimiste : « Il n’y a pas de dates butoirs et il n’existe encore aucune volonté d’annuler. On veut un championnat provincial. D’ailleurs, le calendrier a été bâti par blocs cette saison. On affronte chaque équipe dans le même ordre à cinq reprises. Il serait possible d’éliminer un bloc de match et tout de même avoir un calendrier égal pour tout le monde. Quant au championnat canadien, ce sera à voir. Il y a d’importantes considérations monétaires en jeu. »

En terminant, Caroline Ouellette a ajouté un point très intéressant à propos de la situation actuelle. « Les mesures rendent le recrutement difficile. Depuis quelques années, nous travaillons fort et nous arrivons à garder les meilleures joueuses chez nous. Maintenant, il y a des joueuses qui choisissent d’aller dans la NCAA sans même nous avoir rendu visite. Certaines athlètes se font donner des ultimatums pour signer rapidement, alors elles quittent sans même que nous puissions avoir la chance de leur faire visiter nos installations. Ce serait triste de perdre le momentum que nous avions. »

Encore une fois, nos équipes universitaires démontrent clairement tout ce qu’elles sont capables de mettre en place pour assurer au mieux le bien-être de leurs athlètes tout en veillant à leur sécurité. Les sacrifices sont nombreux et je ne saurais insister suffisamment sur l’importance qu’a le sport pour ces étudiantes-athlètes dans leur vie. Ce n’est pas qu’un simple caprice.

En attendant des nouvelles des autorités que nous souhaiterons positives, elles poursuivent leur préparation. J’en profite pour inviter les amateurs de sports à se préparer également car lorsqu’elles seront de retour, la compétition sera des plus intéressantes à suivre.

Photos de couverture (en ordre à partir d’en haut à gauche)

  • Sandrine Hachez, Ravens de Carleton / Crédit : Tim Austen
  • Marie-Pascale Bernier, Stingers de Concordia / Crédit : Andrew Maggio
  • Jessika Boulanger, Carabins de Montréal / Crédit : James Hajjar
  • Mahika Sarrazin, Gee Gee’s d’Ottawa / Crédit : Matt Garies
  • Jade Downie-Landry, Martlets de McGill / Crédit : Matt Garies
  • Jessica Bélanger, Gaiters de Bishop’s / Crédit : Emery Gbodossou

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