Le comité sur le hockey : Coup d’éclat ou première pierre du nouvel édifice du sport québécois?

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Photo : Le Quotidien

Un comité pour relancer le hockey, voilà ce que nous a annoncé le premier ministre du Québec François Legault. Un coup de marketing électoraliste ou la première pierre d’un plus vaste projet de structuration de l’industrie sportive du Québec? Je me permets une excursion à l’extérieur des cadres du sport étudiant.

L’annonce de jeudi au Centre Bell n’était pas une surprise. Depuis quelques jours déjà, nous savions que l’analyste des matchs des Canadiens au Réseau des sports Marc Denis allait présider un comité du gouvernement québécois. Avec lui, plus d’une dizaine de personnalités du monde du hockey pour se pencher sur l’avenir de leur sport dans la province.

Ce comité a d’ailleurs été mis sur pied à l’initiative de fonctionnaires du ministère de l’Éducation. Ceux-ci ont réagi aux déclarations du Premier ministre au printemps sur le développement du hockey. Selon ce qu’on me dit la composition du comité a été entièrement proposé par ces fonctionnaires et accepté tel quel.

Au plan marketing, le coup est plus que réussi pour la CAQ. Tous les membres du comité, ou presque, sont connus du grand public. Quatre sont des femmes, dont celle qui vient tout juste d’être admise au Temple de la renommée du hockey, Kim St-Pierre. Les stations de radio et de télévision spécialisées en sport consacrent leurs émissions phares sur le sujet. Les plus grands chroniqueurs en parlent. Le premier ministre Legault et la ministre Isabelle Charest sont à tous les micros.

On aurait annoncé l’arrivée de Patrick Roy pour remplacer Marc Bergevin comme directeur général des Canadiens que la liesse n’aurait pas été plus grande. Comme pour la composition des trios du Tricolore, tout le monde a son opinion sur la façon dont on devrait organiser le hockey mineur.

Ce n’est pas anodin que François Legault prenne le hockey à bras le corps. D’abord, il est un fan. Comme Denis Coderre était fan de baseball. Mais aussi parce qu’en annonçant qu’il veut s’attarder au hockey, au sport national, il vise directement le sentiment nationaliste des gens. C’est parfaitement logique avec tout ce qu’il fait. On ne pourra certainement pas lui reprocher cette cohérence.

Et aussi parce pour allumer nos grands bonzes des médias, il n’y a rien, mais absolument rien comme de rassembler le premier ministre et le hockey. Une leçon directement venue du film Les Boys II. Rassemble tes deux meilleurs vendeurs et fais-en ton plat phare. Le comité sur la relance du hockey est l’équivalent du Rib-ghetti de Stan.

La façon dont les choses ont été faites est un succès retentissant pour la visibilité. Ça aurait coûté des millions en publicité pour avoir une fraction de la portée obtenue. Mais au-delà du coup d’éclat, il y a la substance. Celle qui n’est pas vendeuse. Celle qui aura des effets tangibles sur le développement du sport national.

Je lis et j’entends tous les commentaires. La question la plus pertinente d’entre toutes est comment ce comité pourra revoir les structures et proposer des actions précises en seulement quatre mois. Il y a aussi la composition du comité qu’on pourrait questionner. Est-ce qu’on aurait pas pu ajouter telle experte ou tel analyste ou un représentant du comité X et de l’association Y? Enfin, comment s’assurer que le rapport ne soit pas mis sur une tablette, comme bien d’autres avant lui?

À tout cela, je répondrai qu’on ne peut qu’attendre de voir. Qu’il faudra, qu’on le veuille ou non, faire confiance aux gens en place. Ceux et celles qui ont été nommés sont plus que des gens connus. Ils le sont devenus par leurs accomplissements dans le monde du hockey. Ils ont gravi des échelons que la plupart d’entre nous n’avons que rêvé d’atteindre. Ils baignent encore dans le hockey, vivent au Québec et sont des parents. Ça ne fait pas d’eux des gens qui savent tout, mais il faut aussi respecter leur expertise. En voici quelques-uns.

  • Marc Denis est bien plus qu’un ancien gardien de la LNH. Plus qu’un analyste des matchs des Canadiens à RDS. Plus qu’un père de famille dont les fils ont navigué à travers les structures du hockey mineur. Il a été, jusqu’à hier, vice-président des opérations hockey d’un club prestigieux de la LHJMQ, les Saguenéens de Chicoutimi. Il a été impliqué dans un comité indépendant qui a remis un rapport au RSEQ sur la révision des structures du hockey scolaire, il y a de cela un an à peine. Son leadership, son intelligence et son indépendance en font un candidat de choix pour ce mandat.
  • Jocelyn Thibault est un autre brillant homme. Plusieurs soulèvent que le comité est un bâton dans ses roues alors qu’il vient tout juste d’être adoubé comme DG de la fédération Hockey Québec. Voyons les choses autrement. Il aura son mot à dire dans les discussions. Les autres membres du comité savent très bien qu’il aura la tâche de mettre en place une très grande partie des recommandations du rapport. Ce sera difficile d’imposer des énormités dans un tel contexte. Son conseil d’administration à Hockey Québec n’aura pas à lui inventer un cahier de charges.
  • Danièle Sauvageau est une entraîneuse accomplie qui a mené l’équipe nationale du Canada à la médaille d’or aux Jeux olympiques de 2002. Avec Hockey Canada, elle a occupé le poste de directrice générale du programme national féminin. Elle a mis sur pied le programme de hockey féminin des Carabins de l’Université de Montréal. Et elle a aussi créé le Centre de haute performance 21.02. Elle a participé au comité de développement de la LHJMQ, notamment sur le dossier de la violence. Bref, vous ne trouverez pas beaucoup plus compétente qu’elle.
  • Stéphane Auger est un ancien arbitre de la LNH. Depuis deux ans, il est responsable du développement et des opérations hockey au Réseau du sport étudiant du Québec. Il a mis sur pied le comité indépendant dont faisait partie Marc Denis, mais également Stéphane Quintal et Dominic Ricard (deux autres membres du présent comité) et chapeauté la fusion des ligues de hockey scolaire au sein du RSEQ l’hiver et le printemps passé.

Le mandat est probablement trop large pour que le rapport attendu le 1er avril 2022 ne propose une recette précise afin de ramener le hockey québécois au sommet du monde. Par contre, il y a moyen d’en ressortir avec des orientations claires et des priorités réfléchies et bien établies.

Je l’avoue, au départ ma première réaction a été de me demander pourquoi le hockey? Pourquoi pas un autre sport? Pourquoi pas LE sport? L’objectif ne devrait-il pas être de créer une industrie du sport solide et ensuite laisser les gens choisir celui qui leur sied? Notre culture amènera invariablement plus de gens au hockey qu’au tir à l’arc de toute façon. Mais on m’a fait remarquer avec justesse que le hockey pouvait servir de premier jalon. On m’a également donné l’exemple de la France qui a rebâti ses structures du soccer il y a quelques années. Ce sont finalement tous les sports qui en ont bénéficié.

L’importance des travaux de ce comité va bien plus loin qu’un désir cosmétique de démontrer l’amour du PM pour le sport national. Le rapport permettra à des milliers de jeunes – et de moins jeunes – joueurs, d’entraîneurs, d’arbitres, d’organisateurs et de parents d’aborder leur sport de manière constructive et agréable. Ce rapport, s’il est bien fait, a le potentiel d’avoir un impact direct sur toutes les autres fédérations sportives au Québec et le développement des sportifs (et des infrastructures?) pour les prochaines années.

C’est d’ailleurs l’intention du ministère, de faire de ce comité un projet pilote pour les autres sports.

Alors, quatre mois pour refaire le modèle du hockey au Québec, c’est certainement ambitieux si on souhaite un plan en 3D avec le choix des couleurs pour chaque pièce de l’édifice. Mais quatre mois pour réfléchir à sa fondation et proposer une première ébauche de plan? C’est possible.

Et il sera important que ça se fasse avec cette perspective parce que si le hockey est le bâtiment amiral du sport au Québec, on voudra construire les prochains de manière aussi robuste.

Je terminerai en répondant à ceux qui se demandent si le gouvernement doit se mettre le nez dans les affaires d’une fédération sportive. Ma réponse est oui. L’approbation pour la création des fédérations sportives et leur financement se fait via la Direction du sport, du loisir et de l’activité physique (DSLAP), qui elle, fait partie du ministère de l’Éducation. La ministre Isabelle Charest en est en charge. Si nos élus prennent le temps de mettre la lumière sur le travail des fédérations sportives, c’est que le sport devient une priorité. Je ne peux que m’en réjouir.

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