Jean-William Rouleau, au-travers des lignes offensives et de la maladie

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Crédit photo : Mathieu Bélanger

Le football est un des sports les plus inclusifs qui soient. Des grands, des petits, des rapides, des forts, des intenses, des calmes. Tout le monde a besoin de tout le monde pour obtenir du succès. Et c’est probablement pourquoi des géants tranquilles à la personnalité discrète arrivent à briller autant. Portrait d’un joueur de football qui sera recruté… par les firmes de génie-conseil.

Jean-William Rouleau a fait du sport toute sa vie. Très jeune, il s’est initié au basketball, à la natation, au soccer, au volleyball et même à l’escrime. À la fin du primaire, il participe à des tournois de flag-football et commence à développer un intérêt pour ce jeu. Arrivé au secondaire, il est inscrit à l’école Langevin pour les deux premières années. C’est en secondaire 2 que ses amis l’ont invité à se joindre à l’équipe de football. « Pour la première fois, je me sentais vraiment à ma place », se souvient le jeune colosse.

Un de ses premiers souvenirs n’est certainement pas ce qu’il y a de plus glorieux, mais donne un indice du type d’homme qu’allait devenir Jean-William. Quelqu’un qui ne s’en fait pas trop avec ce qui vient de se passer, mais qui regarde toujours en avant. « C’était un des premiers jeux où je me retrouvais sur le terrain. Je me suis fait ramasser solide et en me relevant lentement, j’avais un énorme morceau de gazon pris dans ma grille. Ce n’est pas un souvenir positif, ni négatif, juste une image qui m’est toujours restée en tête quand je repense à mes débuts. » À partir de là, il aura ramassé plus de gars que l’inverse.

Éric Avon, qui a été son entraîneur au secondaire et au collégial, nous raconte comment il en est venu à trouver sa position : « Au départ quand il a commencé en secondaire 2 avec sa shape on hésitait, comme avec tous les costauds, entre joueur de ligne offensive et défensive. Lorsqu’on a vu comment il se déplaçait on l’a mis à l’intérieur de la ligne défensive. »

Et il a appris à jouer cette position à un très haut niveau, dominant partout où il a évolué. Lors de ses trois dernières saisons au secondaire, il a porté les couleurs de la polyvalente Paul-Hubert à Rimouski. « J’aimais vraiment ce sport et j’avais un bon soutien de la part de mes parents qui venaient toujours me voir jouer. Par moi-même j’ai commencé assez tôt à prendre le sport au sérieux et j’ai décidé de m’entraîner à partir de secondaire 3-4. Je n’ai pas eu un déclic, c’est venu naturellement et je me développais un peu plus chaque année. »

Après son passage au secondaire est venu le temps de choisir une destination pour son parcours collégial. Il avait été approché par les cégeps de La Pocatière et Lévis, mais les Pionniers du cégep de Rimouski sont rapidement devenus la seule option. « Je voulais rester chez moi. L’école était la priorité », nous dit celui qui est allé étudier en sciences de la nature.

Avec les Pionniers, Jean-William a fait sa place dès le départ. Au sein d’une ligne défensive dominante, qui misait aussi sur Dylan Côté, aujourd’hui avec le Vert et Or et Pierre-Alexandre Gauthier, maintenant son coéquipier à Laval, il a complété sa première saison au 4e rang de l’équipe pour le nombre de plaqués. Ses performances ont aidé les Pionniers à terminer la saison avec une fiche de six victoires et deux revers. Après avoir remporté le match quart-de-finale face aux Vulkins de Victoriaville, l’équipe rimouskoise a finalement baissé pavillon au match suivant contre les Cavaliers de Champlain St-Lambert.

Son coéquipier de l’époque avec qui il a développé une grande amitié, Dylan Côté, nous parle des débuts de Jean-William au cégep de Rimouski : « À notre arrivée, il n’avait pas un gros bagage de football comparé à d’autres joueurs. Il arrivait d’un programme de football scolaire où les coachs ne sont pas à temps plein avec des pratiques le soir, après ses cours. Pour faire un parallèle, j’arrivais d’un programme sports-études et j’avais fait Team Québec U18 en 2015. Alors, je pense que je l’ai aidé techniquement et ainsi lui faire mieux comprendre le jeu. »

À sa deuxième année collégiale, Jean-William a continué de s’améliorer et a cumulé 43 plaqués dont 5 sacs du quart, une performance qui lui a valu une place sur l’équipe d’étoiles du circuit nord-est de la division 3 collégiale.

Son entraîneur-chef de l’époque, Éric Avon en parle encore avec admiration : « Au collégial, j’ai rarement vu un joueur de ligne défensive intérieur aller plaquer des receveurs sur les lignes de côté, mais J-Will le faisait. » Une observation que corrobore son grand ami Côté : « Comme joueur de foot, il a un excellent moteur et une bonne intensité, beaucoup de joueurs peuvent avoir ces qualités, mais ce qui le distingue, c’est sa façon de se déplacer au ballon que ça soit nord-sud ou est-ouest. »

Les Pionniers ont terminé la saison avec une fiche de 7-1. Mais encore une fois, leur route a été stoppée en demi-finale, alors qu’ils se sont butés aux éventuels champions, les Lauréats de St-Hyacinthe. Une défaite de 8-3.

Côté a bien voulu partager une anecdote de cette saison-là. « J’ai gardé un souvenir qui me fait encore rire de JJ, comme on l’appelle. C’était à sa deuxième année. Lors de nos parties à la maison à Rimouski, la COOP distribuait des cartes-cadeaux d’un montant de 50$, si je me rappelle bien, il en avait gagné deux et il avait dépensé la totalité du montant dans un grand classique du Cégep de Rimouski, le Tony Patate. »

Reconnu par son entraîneur Avon comme un leader silencieux, un exemple autant sur les bancs d’école que dans le gym, il est également décrit comme un excellent coéquipier par Côté, quelqu’un avec une éthique de travail irréprochable. « Il est toujours présent lorsqu’il est le temps de faire les choses tant académiquement qu’en entrainement et au football. Comme personne, il n’est pas le type extraverti, il est assez discret mais il est agréable de le côtoyer quotidiennement. Même si aujourd’hui on n’est pas à la même université, ça reste un excellent ami. »

L’été suivant est arrivé un événement très marquant dans la vie de Jean-Willian. On lui a diagnostiqué une maladie assez rare, la maladie de Kienböck. Il s’agit d’une pathologie d’un os central du poignet. La circulation sanguine s’interrompt, ce qui entraîne éventuellement la mort de l’os. Cette maladie peut entraîner une arthrose invalidante du poignet. Jean-William a dû subir une intervention chirurgicale qui lui a fait remettre en question beaucoup de choses, dont sa carrière de footballeur.

Éric Avon s’en souvient très bien : »Avant sa dernière saison il a eu cette grave blessure au poignet qui devait le tenir a l’écart du jeu pour toute la saison. Il a utilisé toutes ses connaissances et ses contacts dans le milieu de la santé pour être en mesure de revenir à la mi-saison. La plupart des joueurs auraient manqué le reste de la saison mais pas J-Will. »

Il a tout de même conclu la saison avec 21,5 plaqués dont 4 sacs du quart. Mais surtout, il a été reconnu pour ses mérites académiques en étant nommé parmi les meilleurs étudiants-athlètes de la division 3 collégiale en 2018. « L’école a toujours été très importante. Chaque coach que j’ai eu m’a dit que ce ne serait pas le football qui allait me permettre de payer mes comptes dans la vie ou d’élever mes enfants. »

Malgré cette embûche, Jean-William a attiré les regards d’un nombre important de recruteurs. « Ça a été un gros recrutement. Toutes les équipes du Québec à l’exception des Carabins m’ont approché en plus de Carleton et Ottawa. J’ai alors parlé avec mon ami Dylan et il m’a bien dit de prendre mon temps et de me faire une grille des pours et contres. »

La décision, on la connaît maintenant. Jean-William a opté pour le Rouge et Or où il s’est inscrit au programme de génie civil. Le timing était bon selon lui. « Je suis arrivé au moment où les quatre partants de la ligne défensive quittaient, donc il y avait des opportunités à saisir. »

Mais allait-il pouvoir faire sa place au sein de la grosse machine de l’Université Laval, lui qui venait de la division 3? « Il y a des excellents joueurs en D3, la différence avec le D1, c’est qu’eux en ont plus et à toutes les positions. Quand on pratique à Laval, que ce soit contre la première unité offensive ou la cinquième, la différence n’est pas grosse. Tout le monde est bon. »

Et il ajoute : « La vitesse d’exécution est ce qui demande le plus d’adaptation. Mais ce sont des gars comme toi en avant, alors t’embarques dans le train. »

On peut dire que Jean-William n’a clairement pas laissé passer le train. En sept matchs, il a obtenu 12,5 plaqués dont 3,5 pour perte en plus de forcer un échappé. Son magnifique travail lui a valu d’être nommé recrue défensive de l’année en plus d’être choisi à titre de plaqueur défensif sur l’équipe d’étoiles du RSEQ, aux côtés du vétéran Andrew Seinet-Spaulding de McGill. Ce dernier allait être sélectionné en sixième ronde du repêchage de la LCF par les Stampeders de Calgary quelques mois plus tard.

Constantin veut de l'intensité dès le début du match | JDQ
Photo : Journal de Québec/Stevens Leblanc

Aujourd’hui, en appartement à Québec, il aime se tenir avec les gars de Rimouski, le joueur de ligne défensive Pierre-Alexandre Gauthier et le joueur de ligne offensive Antoine Marin, ainsi que les joueurs de ligne offensive Nathaniel Dumoulin-Duguay et Jasmin Desjardins, qui ont été recrutés en 2019 et 2020.

« Je continue de mettre mes efforts dans mes études tout en m’entraînant pour être prêt quand on pourra recommencer. Avec les années, j’ai appris à intégrer de nouvelles choses dans ma préparation. Au cégep, en plus de la musculation, je faisais des entraînements spécifiques pour ma position en plus d’exercices d’étirement et d’équilibre. À l’université, c’est autre chose. Je mets l’emphase sur la récupération, le sommeil, la nutrition, les massages. Il y a toujours des choses à apprendre. »

Côté académique, Jean-William a de grandes ambitions. « J’aime le génie des structures, mais je ne sais pas encore si c’est vers ce domaine que je vais me spécialiser. Je vais sûrement faire une maîtrise après mon baccalauréat et peut-être même un doctorat, je n’ai pas encore fini », termine-t-il le sourire aux lèvres.

Bref, ce jeune homme discret en a dedans. S’il semble timide, il dégage une confiance. Et ses exploits ainsi que la façon avec laquelle il a géré l’annonce de sa maladie nous montrent bien de quel bois il se chauffe. Que les joueurs offensifs des réseaux universitaires québécois et canadien se le tiennent pour dit. Bien que je pense qu’ils le savent déjà, c’est maintenant aux amateurs de football d’ici à apprendre à le connaître.

Un modèle à suivre? Certainement. Et à ce qu’on me dit, il en est déjà un au sein même du Rouge et Or. Glen Constantin ne détesterait pas le présenter en exemple à ses coéquipiers…

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