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La National Collegiate Athletic Association (NCAA) qui chapeaute l’organisation du sport interuniversitaire aux États-Unis est depuis longtemps bien plus qu’un gestionnaire d’activités parascolaires. De récentes décisions rendues par les tribunaux ont un impact énorme qui se fait ressentir jusqu’ici. Nos universités doivent en profiter.
Avec des revenus déclarés de 1,38 milliards de dollars US* pour l’année fiscale 2024, la NCAA, organisme à but non lucratif, a tous les moyens nécessaires pour attirer les projecteurs en sa direction. Les droits de diffusion télévisuels ont rapporté 948 millions, dont 873 proviennent à eux seuls du tournoi masculin de basketball du March Madness. Les autres revenus proviennent de la vente des billets pour les divers championnats organisés (263 M$), des investissements (120 M$) ainsi que la vente de produits (44 M$).
Bien entendu, tout cela ne compte pas les sommes engrangées par la vente de billets pour les matchs réguliers par les universités elles-mêmes. Si on ajoute à cela les commandites et partenariats ainsi que les investissements privés provenant de dons, on a un pactole, même divisé parmi les 1100 programmes sportifs du pays, qui ferait rêver n’importe quel responsable des sports des universités canadiennes.
Cependant, en 2021, la Cour suprême des États-Unis a jugé que la NCAA enfreignait la loi anti-trust en limitant la possibilité pour les étudiants-athlètes d’obtenir des compensations en sus de leurs bourses d’études. Cette décision a pavé la voie pour la création du NIL (Name, image and likeness). Puis, au début du mois de juin 2025, la juge Claudia Wilken a approuvé une entente entre la NCAA, ses conférences et les avocats représentants les étudiants. Ainsi, la NCAA doit la modique somme de 2,8 milliards $ qu’elle devra rembourser d’ici dix ans à ceux et celles qui ont compétitionné en son sein depuis 2016.
Et depuis le 1er juillet dernier, les collèges et universités de la NCAA ont maintenant le droit de signer des chèques directement aux athlètes avec un plafond annuel de 20,5 M$.
Ces décisions ont notamment eu pour effet d’ouvrir la porte aux joueurs de hockey junior canadiens qui ont évolué dans la LCH à devenir admissibles pour la NCAA. C’est qu’auparavant, le minuscule montant reçu hebdomadairement par les joueurs de la LHJMQ, l’OHL et la WHL étaient considérés comme des salaires et donc les disqualifiaient du réseau universitaire américain.
Toute cette situation a des impacts majeurs sur le sport d’élite nord-américain. Maintenant, des prodiges comme Gavin McKenna, étiqueté premier choix au prochain repêchage de la LNH, se font attirer aux États-Unis à coup de centaines de milliers de dollars. Mais ça va plus loin que ça. Comment peut-on espérer garder nos meilleurs étudiants-athlètes au nord de la frontière dans un tel contexte?
Ce n’est pas qu’un enjeu de qualité d’équipes sportives. C’est aussi et surtout un enjeu de pouvoir conserver ici des étudiants-athlètes modèles qui auront un impact dans la société québécoise et canadienne. Faire grandir les ligues universitaires québécoises de hockey, de basket, de volley offrira plus d’opportunités à nos athlètes et plus d’intérêt pour les amateurs de sports.
Les universités et cégeps d’ici, le RSEQ, U Sports, les gouvernements via notamment la Direction du sport, du loisir et de l’activité physique, les fédérations sportives, les municipalités, les entreprises, les mécènes vont, j’ose le croire, constater et se préparer pour se défendre.
On ne peut pas simplement regarder la NCAA déployer ses grands moyens sans rien faire en se disant qu’on ne peut pas rivaliser. Le financement est à revoir. Ça doit croître de manière substantielle. Et pas seulement via nos gouvernements qui accumulent les déficits. Pour ce faire, il faut mettre l’accent sur le marketing, la visibilité, les événements. C’est exactement ce qui a fait la force de la NCAA. On peut le faire à notre manière en misant sur nos forces.
La qualité de l’enseignement dans nos cégeps et nos universités est considérablement supérieur à la vaste majorité de ce qui est offert dans les institutions américaines. J’en veux pour preuve les témoignages de très nombreux étudiants-athlètes québécois qui sont passés par les États-Unis. Sortir avec un diplôme c’est bien. En avoir un qui mène à un emploi, c’est encore mieux. Il faut promouvoir cet aspect avec plus de fierté pour faire valoir l’intérêt de choisir ce côté-ci de la frontière.
Les entraîneurs qu’on retrouve un peu partout dans nos organisations sportives en milieu étudiant sont souvent de très haut niveau. Il est temps de les rémunérer et de les encadrer à la hauteur de leur valeur. Pas parce qu’ils font faire de l’argent à leur institution, mais parce qu’ils sont d’une importance capitale dans la réussite éducative des jeunes femmes et hommes qui passent entre leurs mains. Est-ce qu’on peut s’assurer que leurs qualités soient mises à profit au meilleur endroit? Moins de 20 000$ par année pour entraîner à temps plein une équipe sportive D1 collégiale, c’est d’une tristesse sans nom.
Le sport est affaire d’émotions, au moins autant que de prouesses techniques. Avec les moyens qui existent aujourd’hui, il faut trouver des façons de présenter les personnages les plus fascinants de notre monde sportif. Audrey Leduc, Kaylyn St-Cyr, Béatrice Lamarche, Yoan David, Noémie Olmand sont des exemples de personnes qui ont rayonné sur et au-delà des terrains de leur université.
Et que dire des nombreuses rivalités qui font vibrer le sport? Carabins-Rouge et Or au football et au soccer féminin, bien sûr. Mais Condors-Blizzard, Titans-Volontaires, Spartiates-Cheetahs, Stingers-Redbirds sont aussi des confrontations qui allument les passions. Qu’en coûterait-il de les mousser avec fierté pour que rejaillisse l’intérêt sur les autres équipes?
Encourager cet attrait peut assurément contribuer à engendrer des investissements parce que la visibilité est le nerf de la guerre. D’ailleurs, à cet effet, j’invite fortement ceux qui s’intéressent à cet aspect du sport en milieu étudiant d’aller voir l’entrevue que m’avait accordé ce printemps Gilles Lépine, ancien responsable des sports à l’université Laval et UBC et organisateur de l’événement de la Volleyball Nations League à Québec en juin.
La NCAA ne cessera pas de devenir un objectif ou un tremplin pour les meilleurs qui souhaiteront se mesurer à la crème. Il ne faut pas être stupide non plus. Les meilleures équipes de football, de volleyball et de basketball de la NCAA sont de loin supérieures aux équipes canadiennes. Nos exceptionnels ont absolument raison de vouloir y aller.
Mais les opportunités deviendront aussi de plus en plus difficiles à obtenir. C’est déjà commencé d’ailleurs alors que les meilleurs programmes recrutent de moins en moins directement dans les écoles secondaires et les Prep schools pour se tourner vers le portail de transfert. Un système qui permet à des étudiants-athlètes de se rendre disponibles auprès des autres programmes entre les saisons. Ainsi, plusieurs des meilleurs programmes vont préférer aller piger dans un bassin d’athlètes plus expérimentés pour former leur équipe. Ajoutez à cela la course aux gros chèques, la bataille deviendra acharnée.
Oui, certains y verront une raison plus forte de se diriger plus tôt vers les États-Unis pour obtenir plus de visibilité. Mais d’autres constateront qu’il y a un intérêt pour eux de rester ici et de dominer tout en ayant accès à un enseignement de haute qualité avant d’aller tenter leur chance de l’autre côté de la frontière. Les exemples de Clément Secchi, nageur d’origine française qui a porté les couleurs de McGill et qui a remporté des titres U Sports avant d’aller passer une année à Missouri. Il a pris part aux Olympiques de Paris. Ou d’Ismael Diouf qui, après avoir aidé le R&O à gagner le championnat national en basket, évoluera avec l’Université Northern Iowa en 25-26 après une saison à North Carolina State.
L’importance du sport d’élite dans nos universités et nos cégeps pour aider à la diplomation, pour promouvoir les études supérieures et des saines habitudes de vie, pour créer le sentiment d’appartenance qui engendrera des investissements ou des dons et pour offrir une expérience unique qui servira dans toutes les autres sphères n’est plus à démontrer. Ce qui l’est toutefois, c’est la capacité des gens en place de hausser la barre pour continuer de faire valoir ces aspects en créant les occasions.
Oh et en passant, financer convenablement les fédérations pour qu’elles puissent faire leur travail serait un strict minimum, il me semble.
La lumière a été mise sur ce que les décisions de la NCAA ont comme impact sur notre hockey. Profitons du moment pour le transformer en opportunité.
* Source : Site Sportico citant les chiffres du rapport annuel de la NCAA
Voir les articles de Taylor Branch à ce sujet. Ce journaliste/historien a été l’un des premiers à dénoncer cette espèce de « amaturisme » qu’est la NCAA. Le journal La Presse à fait un très bel article sur lui il y a une quinzaine d’années. Gilles Bourque.
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Il faut ici se montrer très prudent en abordant la question du financement des fédérations sportives vs la situation de la NCAA. La NCAA parvient à se financer via les droits de télédiffusion et par les commanditaires de bannières commerciales de calibre international. La situation est fort différente du côté des fédérations sportives canadiennes et québécoises dans la mesure où l’essentiel du financement est public provient des différents paliers gouvernementaux. Oui il y a des commanditaires mais c’est surtout au niveau des compétitions de niveau internationales ou olympiques. Cela dit, la pierre angulaire du financement demeure des fonds publics de ce côté de la frontière et cela s’inscrit dans un contexte où nos finances publiques sont largement dans le rouge. Bref, ce n’est clairement pas réaliste d’envisager l’obtention de fonds publics supplémentaires pour nos fédérations sportives. En contrepartie, pour attirer des fonds privés, il faut s’assurer d’avoir un produit de qualité que l’on peut vendre et que l’on peut utiliser pour créer des événements. Or, si je prend l’exemple du football universitaire au Canada, l’issue de plusieurs rencontres est déjà connue dès la publication du calendrier au printemps…….c’est triste mais c’est la réalité en l’absence d’une division nationale des 10 ou 12 meilleures équipes. Qui voudra financer ou commanditer un match où tout le monde sait que malgré la présence de plusieurs joueurs de l’équipe B voire même C à plusieurs positions, l’équipe favorite va gagner malgré tout par 30-40 points sur son adversaire. La création d’une telle division permettrait potentiellement d’amener certaines universités à lancer une nouvelle équipe dans une division plus faible où il serait possible de demeurer compétitif. Oui il y a des »blow out » dans la NCAA et certains matchs à sens unique mais il faut également admettre que le manque de parité dans certaines ligues sportives canadiennes ne favorise pas l’implication et l’émergence de fonds privés pour en financer les activités.
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Merci de votre commentaire. 100% d’accord, c’est pourquoi le propos de l’article est concentré sur le sport universitaire et les éléments à mettr de l’avant pour le promouvoir auprès du privé. Il n’y a qu’une phrase à la fin pour parler du financement des fédérations pour dire que ce serait une bonne affaire de penser à eux au passage. Les fédérations sportives ne sont aucunement en comparaison avec une organisation comme la NCAA. Elles n’ont absolument pas le même rôle.
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