Jade Downie-Landry des Martlets de McGill, une main de fer dans un gant de velours

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Au cours des quatre dernières saisons, le nom de Jade Downie-Landry a résonné fort dans le hockey universitaire québécois. La #27 des Martlets de McGill est une des cinq joueuses ayant inscrit au moins 70 points durant cette période. Elle est aussi une des plus punies de la ligue. Une hockeyeuse de grand talent et de caractère au parcours marqué autant par ses exploits que par les gens avec qui elle les a vécus.

Lorsqu’on lui parle de son côté bully, Jade nous assure qu’au contraire, elle est super gentille. On la croit sur parole, surtout après avoir passé une heure à discuter avec elle, mais on peut se demander si ses adversaires en pensent autant. « Je m’améliore, se défend-elle le sourire dans la voix. J’étais pas mal pire au cégep. »

Blague à part, les punitions ne sont certainement pas ce qu’on retient le plus de Jade. Un survol de sa carrière nous montre des statistiques éloquentes. 143 points dont 74 buts en 75 matchs avec les Blues de Dawson dans les rangs collégiaux incluant un titre de joueuse par excellence en 2015-2016. 72 points en 69 matchs en quatre ans avec McGill, ce qui en fait la seule joueuse avec une moyenne supérieure à un point par match parmi celles qui ont joué plus de 60 matchs durant cette période.

Et ces statistiques ne sont que pour la saison régulière. Si à sa première campagne avec les Martlets, Jade n’avait obtenu que deux points en 8 matchs éliminatoires (incluant les matchs du championnat canadien), elle a inscrit un impressionnant total de 13 buts et 10 aides en 11 matchs des séries du RSEQ. Le secret de son succès? L’énergie du groupe. « Honnêtement je pense que c’est l’excitation et l’adrénaline de mon équipe. On est une équipe qui performe très bien sous pression et qui transforme le stress en énergie positive. »

Pour décrire le type de joueuse qu’est Jade, rien de tel que de demander à des coéquipières avec qui elle a joué à Dawson et McGill.

Marika Labrecque nous la décrit : « Jade mène par ses actions. Ce n’est pas une fille qui fait de grands discours dans la chambre. En pratique, elle va toujours travailler très fort pour rendre les joueuses meilleures autour d’elle mais aussi pour se rendre meilleure elle-même. »

Une opinion reprise par Léa Dumais : « Jade est une personne qui attend le meilleur d’elle-même, ce qui pousse ses coéquipières à atteindre le même niveau d’excellence, que ça soit sur la glace ou dans le gym. »

Marika Labrecque, coéquipière de Jade, dans un match face aux Gee-Gee’s d’Ottawa

Labrecque ajoute : « C’est une joueuse que tu aimes mieux avoir dans ton équipe. Tu aimes mieux jouer avec elle que contre elle et ici je pense que je parle pour la majorité des filles de notre circuit. Pour notre équipe, on sait qu’on peut compter sur Jade à chacun des matchs, car elle aime la victoire et est très compétitive. Toutes les équipes aimeraient avoir une joueuse comme elle. Pour les autres équipes, je suis certaine que les coaches avant le match disent tous à leurs filles: « La numéro 27, vous ne lui laissez pas d’espace pour manoeuvrer. » Toutes les équipes la redoutent! »

Le parcours de Jade Downie-Landry, c’est aussi beaucoup ça. Les gens qui l’entourent, qui l’ont aidé à se forger comme athlète et comme humaine. Ses coéquipières, bien sûr, mais aussi ses entraîneurs et sa famille. Comme plusieurs athlètes d’élite quand elles parlent d’elles, Jade ne met pas l’emphase sur ses exploits personnels ou sur ses statistiques et ses trophées. Mais, elle n’hésite pas à parler des gens qui ont eu un impact sur son parcours. Les relations humaines à travers sa vie de hockeyeuse sont clairement importantes à ses yeux.

« J’ai commencé à jouer au hockey à 3 ou 4 ans parce que je voulais absolument tout faire comme mon grand frère à cette époque. Ma mère me racontait que je mettais ses vêtements et que je lui volais ses jouets. C’était presque une obsession. » De sept ans sa cadette, Jade a joué son rôle de petite soeur tannante par la suite, mais maintenant qu’elle a une nièce, elle est fière de dire qu’elle a retrouvé une belle relation avec lui.

Bien qu’elle ait été initiée au hockey en imitant son frère, celui qui a eu la plus grande influence sur Jade est sans contredit son père. Avant chaque match, elle le cherche du regard. Et ça la rassure. « On nous dit toujours de ne pas regarder dans les estrades, que ça ne fait pas professionnel, mais moi je le fais toujours », raconte-t-elle en riant. « Mon père n’a jamais agi avec moi comme un coach, c’est mon cheerleader. Il ne me parle jamais de hockey. Tout ce qu’il veut savoir c’est si j’ai eu du plaisir. Si je voulais savoir ce qu’il pensait de mon match, je devais lui demander et à chaque fois, il me retournait la question. Ça m’a appris jeune à faire de l’introspection et à trouver mes propres réponses. Sa façon de me supporter m’a empêchée de me perdre dans la compétitivité et m’a permis de me concentrer sur le plaisir de jouer. »

Jade et son père, celui qui a plus grande influence dans son parcours

En grandissant à St-Jean-sur-Richelieu, Jade a joué avec les garçons jusqu’à l’âge de 14 ans. « Pour continuer à un niveau élevé, j’aurais dû jouer contact. J’ai donc décidé de m’inscrire avec une équipe féminine. Sur la rive-sud, il n’y en avait que deux alors je me suis retrouvée avec les Remparts du Richelieu et nous jouions des matchs partout à travers la province. »

De son propre aveu, Jade nous dit qu’elle n’était pas particulièrement bonne au départ. « J’ai été coupée lorsque j’ai voulu faire l’équipe midget AA, mais c’est probablement la meilleure chose qui pouvait m’arriver. J’ai eu beaucoup plus de temps de jeu et ça a développé ma confiance. » Assez pour continuer son développement et finir par être recrutée par les Patriotes du cégep Saint-Laurent.

Sauf qu’ayant étudié en anglais toute sa vie, Jade avait quelques difficultés avec son français écrit. Ainsi, elle a échoué son test de français et a dû trouver un plan B. Elle avait deux jours pour trouver un autre cégep et ses options se résumaient à John-Abbott et Dawson. Elle a choisi l’école la plus près de chez elle, tout simplement.

« J’aurais vraiment aimé jouer avec St-Laurent à l’époque, nous confie l’athlète de 5’9. Elles avaient plusieurs filles qui venaient du programme de Hockey Québec. Mais encore une fois, c’était peut-être une bonne chose pour moi finalement, j’ai pu jouer beaucoup dès mon arrivée. »

Si à sa première année avec les Blues de Dawson, rien ne laissait présager des succès futurs, tout a changé la saison suivante. « À mes débuts, on se sentait comme dans du hockey récréatif. Les coachs faisaient leur travail, mais les joueuses prenaient ça plus relax. À partir de la 2e année, on a pris confiance en nous et nous nous sommes mises à prendre ça plus au sérieux. »

Individuellement, Jade venait de connaître une première saison de 18 points en 20 matchs, bonne pour une place au sein de l’équipe d’étoiles des recrues. Entre les deux saisons, elle a commencé à s’entraîner davantage et à partir de la deuxième année, elle a explosé avec 36 buts et 62 points en 31 matchs, une première équipe d’étoiles, une deuxième place au classement général pour les Blues et une troisième place au championnat provincial. « Mon entraîneur Scott Lambton a vu mon potentiel et il a commencé à me donner des opportunités. Il m’a beaucoup aidé, m’a donné confiance et il parlait en bien de moi aux universités. »

À sa dernière année, Jade a repris où elle avait laissé en accumulant 63 points en 24 matchs. Ses performances lui ont valu le titre de joueuse par excellence du circuit alors qu’elle a mené les Blues au sommet du classement de la saison régulière et à une médaille d’argent au championnat provincial.

La suite allait certainement être intéressante. Jade était évidemment bien en vue et plusieurs programmes de la NCAA auraient bien voulu la voir dans leurs salles de classe. Mais Jade avait les yeux rivés sur une destination plus que les autres. « McGill, c’était mon rêve de p’tite fille. Non seulement, elles ont une bonne équipe, mais le côté académique était aussi important. McGill c’est une université prestigieuse. »

Ainsi, à l’automne 2016 elle amorçait son baccalauréat en psychologie au sein d’une des institutions d’enseignement les plus réputées. Elle rejoignait aussi une équipe de hockey hautement décorée puisqu’au cours des 11 saisons précédentes, les Martlets venaient de finir au sommet du classement régulier 10 fois, incluant 8 titres provinciaux et 4 championnats canadiens. Dans le vestiaire, elle allait côtoyer des filles qui ont marqué le hockey universitaire comme Mélodie Daoust et Gabrielle Davidson. Et elle allait aussi faire la connaissance de l’entraîneur-chef Peter Smith.

Jade nous parle avec beaucoup d’admiration de son ancien entraîneur. « Peter s’est toujours assuré que tout le monde soit confortable. Il s’intéresse à notre vie. Quand on arrivait à l’aréna, on devait passer par son bureau et aller lui dire bonjour. Il était empathique, sincère et on pouvait vraiment lui faire confiance. C’est aussi quelqu’un qui savait reconnaître ses torts. Pour lui, peu importe où on en est, on peut toujours apprendre et faire mieux. »

Peter Smith, entraîneur-chef des Martlets

Peter Smith est une légende dans le sport universitaire canadien. Avec 534 victoires en 20 saisons à la tête du programme féminin de hockey à McGill, il arrive au 3e rang de l’histoire au Canada. À la fin de la dernière saison, alors que les Martlets devaient participer au championnat canadien, qui a malheureusement été annulé à cause de la pandémie, il a annoncé qu’il quittait son poste.

Dès sa première saison universitaire, Jade a fait sa marque en inscrivant 15 points en 16 matchs. Ses performances lui ont valu une place au sein des équipes d’étoiles des recrues du RSEQ et d’USports. « Une première saison très spéciale. J’ai beaucoup appris, particulièrement avec une fille comme Mélodie Daoust. »

McGill a remporté le titre provincial avant de s’incliner en grande finale canadienne cette année-là. « Le championnat canadien, c’était très stressant. Je sentais que j’avais beaucoup de responsabilité et l’ambiance, avec les estrades pleines, c’était fou! »

Malgré la défaite, Jade retient l’impact qu’a eue cette expérience sur la culture de l’équipe. « À McGill, ça fonctionne grâce à notre cohésion. Les joueuses n’ont pas à être les meilleures individuellement. Peter nous a inculqué les bonnes valeurs. Il faut avoir confiance, mais demeurer humble. Rien n’est jamais acquis. Autant à l’entraînement que dans les matchs. »

À propos de cette première expérience au niveau universitaire, sa coéquipière Léa Dumais nous relate une anecdote savoureuse : « Je vais toujours me rappeler de notre premier match contre Harvard, à notre première année. Avant le match, nous étions allées au Dunkin Donuts pour prendre un café en équipe. Jade et moi avions chacune commandé, par accident, un énorme café avec beaucoup trop de sucre et de crème fouettée. Ça a été une de nos meilleures parties de l’année, nous étions sur un « sugar high » et nous ne nous sommes jamais fatiguées. Même notre coach a dû nous dire de nous calmer tellement nous avions de l’énergie! »

Léa Dumais et Jade attaquent le filet lors d’un match contre Ottawa. Photo : McGill Athletics

Les trois années suivantes ont aussi offert leur lot de souvenirs et de bons moments.

En 2017-2018, les Martlets ont terminé au 4e rang du classement. Mais elles se sont âprement battues en séries éliminatoires alors qu’il a fallu la prolongation lors du 3e et ultime match de demi-finale aux Carabins pour venir à bout de Jade et sa troupe. Elle s’était particulièrement démarquée alors qu’elle avait marqué 4 buts et obtenu 3 aides en seulement trois rencontres. Elle a d’ailleurs terminé les séries au premier rang des marqueuses de la ligue, même si ses adversaires ont joué six parties.

En 2018-2019, Jade a terminé la saison au premier rang des marqueuses du circuit avec 23 points en 20 matchs ainsi qu’une place sur la 1re équipe d’étoiles du RSEQ et sur la 2e équipe d’étoiles au Canada. Les Martlets ont terminé au 3e rang du classement avant de s’incliner en deux matchs serrés en finale provinciale contre leurs grandes rivales de l’Université de Montréal. En quatre matchs éliminatoires, Jade a inscrit 3 buts et amassé 5 aides.

Elles ont tout de même obtenu leur billet pour le championnat canadien et après avoir battu St.Thomas et l’Université d’Alberta coup sur coup, les Martlets ont vu leur rêve s’arrêter en grande finale face à Guelph, une défaite de 1-0. Cette expérience, qui pourrait paraître malheureuse étant donné la façon dont elle a pris fin, vient malgré tout au premier rang des meilleurs souvenirs de Jade à propos de ses quatre premières années à McGill. Et ça n’a rien à voir avec son titre de joueuse par excellence du tournoi.

« La chimie de l’équipe était incroyable. C’est inexplicable. Tout le monde s’entendait bien, tout le monde s’encourageait. Après la finale, nous étions toutes assises dans le vestiaire et au lieu d’être déprimées par la défaite, on a simplement partagé ce qui nous avait rendues fières. C’était un super beau moment. »

La saison dernière, Jade a encore connu une excellente saison. Malheureusement, une blessure à une cheville lui a fait rater 5 matchs, mais elle a tout de même terminé au 4e rang des marqueuses avec 18 points. Encore une fois, ses performances individuelles lui ont valu une place sur la première équipe d’étoiles du RSEQ et sur la deuxième du USports. Collectivement, les Martlets ont terminé au 2e rang du classement général avant d’aller gagner le championnat provincial en deux matchs face aux Carabins.

Jade a encore une fois été dominante en séries avec 6 buts et 2 aides en 4 matchs, dont un tour du chapeau lors du premier match de la finale. Toutefois, la Covid-19 a mis fin abruptement à la saison alors que le championnat canadien n’a tout simplement pas eu lieu.

Parlant de la pause due à la pandémie, la bachelière en psychologie, maintenant étudiante en éducation physique, nous raconte : « En temps normal, la pause pendant l’été fait du bien. C’est un bon break physique et mental. Mais là, c’est long et ça commence à me rentrer dedans. On se rend compte à quel point avoir d’autres filles avec toi, aller à l’école, ça aide. Si au moins on peut se remettre à pratiquer bientôt. On oublie à quel point être sur la glace, c’est émotionnel. »

En plus de son parcours dans le RSEQ, Jade a eu la chance de vêtir l’uniforme d’Équipe Canada dans une compétition internationale. Après sa 2e année à Dawson, elle a été recrutée par Hockey Canada. Suite aux camps de sélection, elle a été coupée. Et c’est à ce moment qu’elle a pris conscience de la différence qu’il y avait entre son niveau de jeu et celui des meilleures au monde.

Après sa troisième saison à Dawson et à l’aube de sa première à McGill, elle s’est présentée au camp plus forte et elle a donné tout ce qu’elle avait lors d’une série de match contre les Américaines. « Ils sélectionnaient 6 ou 7 filles de moins de 22 ans pour se joindre à l’équipe régulière. Un jour j’ai reçu un courriel qui me disait que j’avais été sélectionnée. Au début, je croyais à une blague, mais c’était bien vrai alors j’ai eu la chance de participer à la Coupe des Nations en Allemagne. »

Photo : Hockey Canada/Thomas Higgins

Et sa grand-mère aussi. En effet, sa grand-mère paternelle assiste à tous ses matchs depuis qu’elle a 15 ans. « Elle est très impliquée. Elle compte mes buts, mes passes, mes punitions. Elle est toujours là. »

Se remémorant les événements, Jade nous partage ses souvenirs : « L’expérience avec Équipe Canada était folle. Je ne m’attendais pas à grand chose. Je n’ai pas eu beaucoup de temps de jeu, mais j’ai beaucoup appris avec des filles qui sont allées aux Olympiques. Le niveau était très élevé. La différence de vitesse était tellement grande, je devais prendre ma décision avant même de recevoir la rondelle. »

Malheureusement, Jade n’a jamais réussi à se qualifier à nouveau pour Équipe Canada. Invitée deux autres fois pour le camp senior, elle n’a pas été retenue. Et l’an passé, elle n’a simplement pas reçu d’invitation. « J’essaie de ne pas m’en faire avec ça. Je fais tout ce que je peux pour être la meilleure version de moi-même. Je me donne à 100%, mais je ne contrôle pas les décisions. Si c’est pour arriver, ça arrivera. »

Espérons que la décision n’a rien à voir avec cette anecdote que nous raconte sa coéquipière Marika Labrecque :  » On était à un camp de Team Canada et à la fin de chacun des camps lorsqu’on quitte on doit s’habiller proprement et tout. Jade ne le savait pas et elle est arrivée avec des pantalons jogging et un coton ouaté alors on avait trouvé ca bien drôle, car tout le monde était bien habillé, sauf elle. Les fois suivantes elle avait eu le memo et elle était habillée en conséquence. »

Il reste maintenant une année d’éligibilité à Jade pour conclure son parcours universitaire. Bien qu’elle veuille terminer son deuxième baccalauréat, elle veut aussi continuer à jouer après et si une ligue professionnelle féminine voyait le jour (NDLR : SVP, la LNH, faites votre job!), il est certain qu’elle aimerait tenter sa chance. Et pour le coaching? « On me pose souvent la question. C’est sûr qu’en étudiant en éducation physique, ça démontre mon intérêt pour l’enseignement. J’aimerais sûrement faire ça un jour. »

La saison 2020-2021 est à toute fin pratique à l’eau. Mais puisque son deuxième diplôme ne sera pas complété, on devrait avoir la chance de voir Jade à l’oeuvre l’an prochain (croisons-nous les doigts). Si je l’ai vue jouer grâce aux webdiffusions, je ne l’ai toujours pas vue en personne sur la patinoire. Je me le promets et vous devriez en faire autant.

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