Le recrutement au football universitaire ou comment vendre une décision de vie

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Le 1er mars dernier était la date limite d’inscription pour la session d’automne 2020 dans les universités québécoises. Un moment important pour une cohorte de finissants des cégeps qui franchissent alors une étape importante de leur cheminement académique. Mais une étape importante aussi pour les athlètes qui évaluent non seulement la qualité des programmes scolaires offerts, mais également un nouvel environnement pour poursuivre leur développement.

J’ai voulu discuter du processus de recrutement avec des entraîneurs de football qui cherchent à bâtir des équipes gagnantes tout en ayant le mandat de former des adultes diplômés. Gagner des matchs de football, c’est ce que les amateurs souhaitent voir leur club accomplir. Mais la réussite scolaire est encore plus fondamentale pour les responsables des programmes sportifs.

Pour Mathieu Lecompte, entraîneur-chef du Vert et Or de l’université de Sherbrooke, le choix est d’abord une décision de vie et une décision académique. « On dit aux jeunes d’impliquer leurs parents pour les guider. De cette façon, on leur fait comprendre que c’est un engagement qu’ils prennent envers leur parcours, pas seulement un programme de football. »

Photo : QMI/Martin Alarie

Quand on pose la question à Alex Surprenant, coordonnateur offensif et responsable du recrutement chez les Stingers de Concordia, il nous mentionne de son côté que l’implication des parents est un peu différente. « Je me suis occupé du programme de Géants du cégep de St-Jean au niveau collégial et la différence est importante entre les deux. Du côté universitaire, les parents sont beaucoup moins impliqués, ils se rangent davantage derrière la décision de leur fils, alors qu’au collégial, les parents ont encore un grand rôle à jouer. »

La décision d’impliquer les parents est un élément qui distingue les approches des deux institutions. Mais ce n’est certainement pas la seule. Et si on veut cibler un élément qui guide le reste dans l’approche des deux hommes, on se doit de parler de la situation géographique. Sherbrooke d’un côté, Montréal de l’autre. La décision a des impacts qui vont bien au-delà des limites du terrain de football.

Celui qui a pris les rênes du programme sherbrookois en 2016 le dit d’emblée : « Sortir les jeunes des grands pôles urbains est un défi important. Quand on choisit son université, on choisit l’endroit, l’environnement dans lequel on passera les 4-5 prochaines années de sa vie. Alors mon travail ne peut pas s’arrêter à simplement vendre une philosophie de football. 90% de nos joueurs viennent de l’extérieur. C’est important qu’ils comprennent dans quoi ils s’embarquent. Pour plusieurs, ce sera la première fois qu’ils auront à vivre sans leurs parents avec les responsabilités que ça comporte. »

Chez les Stingers, c’est l’inverse. « La ville de Montréal est un attrait en soi. Sauf qu’on compétitionne avec deux autres universités pour attirer les joueurs de la région. Auparavant, sous les règnes de McGrath et Donovan, Concordia regardait beaucoup du côté américain. Maintenant, on essaie de ratisser le plus large possible sur le territoire québécois. 75% de nos joueurs aujourd’hui sont francophones, alors ça améliore nos chances d’en attirer d’autres. Il faut aussi savoir qu’il y a une loi qui permet aux étudiants de faire leurs travaux et leurs examens en français », nous explique Alex Surprenant en prenant bien le soin d’ajouter que selon Statistiques Canada, les gens qui sont bilingues ont des salaires en moyenne 20% plus élevés que les autres.

Photo : Stingers.ca

Et une fois que les jeunes ont fait le tri dans les programmes scolaires et bien pris soin d’analyser les divers environnements dans lesquels ils auront le loisir de cheminer, il y a aussi une décision d’athlète à prendre. Le programme de football fait évidemment partie de la décision. Après tout, ces étudiants-athlètes sont passionnés par leur sport. Quel programme leur offre les meilleures opportunités de s’épanouir?

Le Vert et Or et les Stingers n’ont pas l’aura du Rouge et Or et des Carabins. Comment attirer les meilleurs joueurs dans ce contexte?

Coach Surprenant parle avec enthousiasme du groupe d’entraîneurs et de la nouvelle philosophie qu’implante son entraîneur-chef Brad Collinson, arrivé en poste à l’aube de la saison 2018. « On recherche des gars sérieux et engagés. Et on garde l’esprit ouvert. Certains jeunes ont besoin de se voir offrir une deuxième chance après avoir trébuché dans leur parcours académique. On est là aussi pour les soutenir. »

« En augmentant notre présence dans les cégeps, on pourra davantage établir les premiers contacts et faire valoir la qualité de notre programme de football. On veut aussi démontrer aux joueurs qu’il y a souvent de meilleures opportunités de se faire valoir au sein d’une équipe comme les Stingers », d’ajouter le double champion de la coupe Vanier alors qu’il portait les couleurs du Rouge et Or de Laval.

La grande fierté de l’équipe d’entraîneurs de Concordia est certainement d’avoir pu attirer des étudiants de Québec comme le receveur Mathieu Robitaille de CNDF et ancien membre d’équipe-Québec ainsi que le quart Adrien Guay de Lévis-Lauzon, élu sur l’équipe d’étoiles D1 en 2018.

Photo : Hudl

Du côté de Sherbrooke, on mise sur l’espoir et celui-ci passe assurément par la passion de son entraîneur-chef. « L’espoir pour une équipe sportive est primordial. Notre victoire contre les Carabins la saison dernière a fait en sorte qu’on ne voit plus le Vert et Or de la même façon. On cherche des jeunes audacieux qui ont le goût de faire la différence, qui vont vouloir marquer l’histoire, être les premiers à réussir quelque chose de grand. »

C’est ainsi que Mathieu Lecompte et son groupe d’entraîneurs ont réussi à attirer une cohorte de plus de 50 joueurs durant l’entre-saison. Si certains observateurs se demandent pourquoi autant de joueurs d’un seul coup, Lecompte explique qu’il ne veut surtout pas revivre la même situation qu’en 2019 alors que son équipe s’est retrouvée à court d’effectifs à cause des nombreuses blessures.

Son trophée de chasse est certainement l’excellent receveur étoile des Phénix d’André-Grasset William Marchand. L’ancien membre des équipes du Québec et du Canada sera assurément une des armes de prédilection d’Anthony Robichaud ou Zach Cloutier. À ne pas sous-estimer non plus l’arrivée du porteur de ballon Tristant Toussaint. Le coéquipier de Marchand à Grasset avait d’abord choisi les Carabins avant la saison 2019, puis il a pris un autre chemin dans l’entre-saison. Le meneur pour les touchés en D1 saura aussi amener son leadership au jeune groupe.

Photo : Isabel Cousineau

Le travail de recrutement au football universitaire est certainement une affaire de passion pour son sport, mais c’est aussi un job de vendeur où l’amour de son institution et des valeurs qu’elle véhicule prend tout son sens. Chaque personne impliquée dans le sport universitaire à qui je parle me mentionne systématiquement et avec une très grande fierté l’importance qu’elle met sur la réussite académique des jeunes sous sa gouverne. Rappelons-nous aussi de ça quand nous observons les performances et le développement de nos équipes.

Pour voir la liste des joueurs repêchés par les différentes équipes universitaires du RSEQ, je vous invite à consulter la section consacrée à ce sujet sur le forum du Rouge et Or. Du travail de moine qui mérite d’être souligné.

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