Sept ans. Bulletinsportif a maintenant l’âge de raison. Pour un enfant, c’est le moment où on dit qu’il est jugé capable de réfléchir par lui-même, de comprendre ses actes et de distinguer le bien du mal. Ça ne signifie cependant pas qu’à partir de là on ne fera plus d’erreur de jugement. Et personnellement, à l’aube de mes 50 ans, je dois avouer que j’ai erré.
Au fil des ans, j’ai bâti Bulletinsportif en ayant en tête de faire rayonner le sport en milieu étudiant au-delà des terrains et des gymnases de nos universités et cégeps. J’ai voulu écrire sur les exploits des étudiants-athlètes et les grandes victoires de nos programmes québécois. Au passage, le travail a évolué. J’ai aussi voulu mettre en lumière des décisions, expliquer le contexte dans lequel évoluent les entraîneurs et les sportifs qui représentent leur établissement d’enseignement. Je suis fier de ce que ça a parfois permis de mettre au jour.
Puis, à force de se plonger dans cet univers, on finit par se forger une opinion sur certains aspects. Étant blogueur et animateur de podcast, il est totalement justifié de partager mon opinion. Ça vient néanmoins avec la responsabilité d’offrir un argumentaire solide, de prouver ce qu’on avance et de laisser place aux idées divergentes. C’est là que je me suis écarté dernièrement. Dans un article sur la décision d’un jeune joueur de football d’aller poursuivre son parcours dans un programme prestigieux aux États-Unis, j’ai écorché une personne, Jean Agenor, en prenant des raccourcis, en faisant des amalgames et surtout en laissant des sentiments personnels négatifs dicter mes choix éditoriaux.
Suite à une bonne réflexion de ma part et à une demande de Jean Agenor, l’article en question a été retiré de mes différentes plateformes. Je vous fais part de certains éléments qui ont fait partie de ma réflexion.
Pour commencer, mettons une chose au clair. Je suis un fervent défenseur du sport québécois et particulièrement du travail extraordinaire qui est fait ici avec des moyens souvent très restreints pour encadrer et développer des jeunes femmes et des jeunes hommes. Les dirigeants des cégeps et universités, les responsables de programmes sportifs et les équipes d’entraîneurs et entraîneuses font globalement un travail remarquable pour participer activement à faire grandir nos jeunes, autant sportivement qu’humainement. Alors, oui, je vais toujours opposer des arguments forts face à ceux qui accélèrent l’exil de nos étudiants-athlètes.
Est-ce que tout est tout blanc ou tout noir dans la vie? PAS DU TOUT. Je penche fortement pour garder nos jeunes ici le plus longtemps possible. Pour garder notre sport fort. Pour inciter les grands programmes à venir ici pour s’inspirer de nous plutôt qu’à envoyer systématiquement nos meilleurs ailleurs pour espérer qu’ils se fassent voir par ces programmes. Ceci dit, les opportunités sont diverses et le meilleur choix pour une personne ne signifie pas qu’il soit le bon pour tous. Ne pas reconnaître ça, c’est avoir l’esprit obtus.
Ceci dit, dans les dernières années, Jean Agenor et moi avons eu quelques accrochages. Pour de bonnes et pour de moins bonnes raisons. L’orgueil et les mauvais sentiments ont pris une place inutile qui a teinté la façon dont j’ai traité la nouvelle de l’annonce de l’arrivée de son neveu avec l’Université du Tennessee. Si j’ai salué cet exploit, j’en ai aussi profité pour exposer une certaine polémique qui sévissait sur les réseaux sociaux, notamment en Ohio.
Les partisans de l’équipe qui n’a pas été choisie par le neveu d’Agenor ont été nombreux à soulever des rumeurs concernant les détails de l’entente et le travail en coulisses de Jean Agenor. J’ai repris ces informations en mentionnant qu’elles n’avaient pas été vérifiées. C’était une erreur. On ne peut pas faire ça. Même si on dit que ce n’est pas vérifié et qu’on cite les sources, on ne peut pas simplement répandre des rumeurs. J’ai voulu avoir le jeune joueur en entrevue, mais c’est resté sans réponse. Je me croyais donc dans mon droit d’agir comme je l’ai fait. La réalité est que n’était pas le cas.
Qui plus est, les rumeurs sont fausses dans la grande majorité des cas. Je comprends que la publication de mon article a fait mal paraître Jean Agenor. J’en suis désolé.
Je tiens donc à m’excuser à lui, sa famille et à vous. En voulant exprimer mes opinions, j’ai fait une erreur importante. Je n’ai pas agi de façon responsable. J’ai écorché la réputation d’un homme qui n’a peut-être pas les mêmes opinions que moi, avec qui j’ai eu mes démêlés, mais qui est passionné, de bonne foi et qui met en priorité le bien de jeunes joueurs de football québécois.
Ceux qui suivent Bulletinsportif depuis assez longtemps ont souvent lu mes prises de position contre les vendeurs de rêve qui profitent de parents mal informés pour soutirer de l’argent en sachant très bien que les résultats qu’on fait miroiter ont peu de chance de se produire. Bien sûr, ces mêmes personnes vont prouver qu’elles ont fait les bonnes choses pour certains jeunes, mais ils ne parleront pas souvent de ceux qui se sont fait niaiser. Néanmoins, ce ne sont pas tous les « agents » qui sont des vendeurs de rêve sans scrupules. Comme dans tout, il y a le bon grain et l’ivraie.
À vouloir présenter aux parents et à mes lecteurs une contrepartie au travail des vendeurs de rêve, j’ai emprunté un chemin où il était d’autant plus important de faire attention. Bien informer en faisant les nuances implique de prendre le temps de s’arrêter, de valider, de réfléchir. Tout comme lorsqu’on se dirige en forêt, on ne peut pas aller partout. Sinon on risque de se perdre. Et cette fois, je me suis égaré.
Oui, ça fait de bonnes anecdotes à raconter quand on se perd. Tout comme ça allume les lecteurs et l’auditoire quand on met la lumière sur des scandales ou des éléments négatifs. Mais ça ne signifie pas que c’est la route à prendre. Les leçons de la vie continuent d’arriver même à 50 ans. Il m’en reste au moins 50 autres (I wish!!!) pour les appliquer.
La huitième année de Bulletinsportif sera l’occasion de revenir aux sources. De se concentrer sur le positif. Rester à l’affût de ce qui se trame, mettre la lumière sur ce qui aimerait rester dans l’ombre, mais le faire avec doigté ou pas du tout si ça n’en vaut pas le coup.
Bonne saison à tous.