Manquer une épreuve finale ou un examen du ministère de l’Éducation (MEQ) pour aller participer à une activité sportive, ça vous paraît judicieux? Moi non plus. C’est pourtant ce qu’encourage un organisateur de camps de football.
Voici l’histoire. L’entreprise All Athletic High School Football a organisé un camp en avril dernier où 120 élèves-athlètes de secondaire 3 à 5 ont été évalués. Une vingtaine d’entre eux ont ensuite été sélectionnés pour participer à un autre camp, cette fois au Tennessee, qui se déroulera du 10 au 13 juin prochain. Il ne s’agit pas d’une longue fin de semaine. Ça se passe du mardi au vendredi. Et que se passe-t-il à ces dates? Oui, il y a les activités précédant le Grand Prix de Formule 1. Mais ce n’est pas ce dont je veux parler.
Je parle plutôt des examens du MEQ en mathématiques TS et SN pour les élèves de quatrième secondaire et de production écrite en anglais de base pour ceux de cinquième secondaire. Évidemment, il y a aussi d’autres évaluations durant cette période qui sont tout aussi nécessaires à la réussite scolaire de ces adolescents.
Pas grave, le camp au Tennessee est vraiment important pour les jeunes, selon Agenor. Tellement qu’au lieu de réviser son plan de match et d’amener les jeunes à un autre camp, en juillet par exemple, il a fait parvenir une lettre à ses surdoués du football. Une lettre que ces derniers peuvent présenter à leur direction d’école pour tenter d’obtenir un sursis.
Voici la lettre en question dont j’ai obtenu copie.

Pour les examens préparés par les professeurs, ceux-ci détermineront bien s’ils accomoderont leurs élèves ou non. Pour les tests du MEQ, c’est une autre affaire. Les élèves qui choisiraient de suivre Agenor devront obligatoirement s’inscrire à une reprise. Ce sera le 4 août pour les mathématiques de secondaire 4 et le 31 juillet pour l’anglais de secondaire 5.
Ne ratez pas votre chance à ce moment-là, messieurs, ce sera la seule!
À noter, All Athletic High School Football est une société fondée par Jean Agenor dont le but est, selon les informations inscrites au Registre des entreprises du Québec, d’augmenter la visibilité des joueurs de football américain du Canada, et plus particulièrement du Québec, aux États-Unis pour qu’ils puissent obtenir des bourses d’étude. Très noble en soit. Qui ne voudrait pas avoir l’opportunité d’obtenir une bourse pour ÉTUDIER tout en pratiquant son sport favori face à la meilleure compétition possible?
Faute d’un retour d’appel de Jean Agenor de qui j’aurais bien aimé obtenir des explications, j’ai parlé à plusieurs intervenants du monde du football au Québec. Pas des gens qui veulent à tout prix garder les joueurs au Québec, comme le prétendent certains. Des gens activement impliqués pour amener les meilleurs joueurs de football québécois dans les universités de la NCAA.
Leurs commentaires sont assez clairs : « Du jamais vu. » « C’est n’importe quoi. » « Ça me met en cr?!/%. » « Je ne sais pas quoi dire. » « Ça démontre vraiment à quel point ces gens-là sont déconnectés. »
Avec les dizaines, voire centaines, de camps de football où des recruteurs américains se présentent, on pourrait croire que ce serait facile d’en dénicher un autre. Je ne suis pas un expert donc c’est possible qu’aucun autre camp ne soit aussi prisé que celui de Tennessee State University. Que sais-je? Nonobstant, j’ai ma théorie pour expliquer sa valeur aux yeux de l’organisateur.
Les Prep Schools du Tennessee comme Baylor et McCallie peuvent rémunérer les identificateurs de talent qui leurs amènent des joueurs. Je nomme ces deux institutions parce qu’elles comptent dans leurs rangs de nombreux Québécois, grâce à qui elles s’affrontent régulièrement en finale de l’état. La rémunération s’appelle un « finding fee », une redevance. Ça tourne autour de 500$ pour un joueur, selon un habitué du processus.
Je ne dis pas que Baylor et McCallie ne sont pas de bons endroits où aller. Au contraire. Je dis seulement que si la vaste majorité des jeunes footballeurs qui quittent le Québec vont là, c’est surtout parce que c’est avec ces institutions que les mentors autoproclamés ont établi leur réseau. Ils sont donc incités à y envoyer les jeunes qu’ils identifient comme l’élite.
On peut se demander ce qui pousse à ce point Jean Agenor à encourager des jeunes entre 14 et 17 ans à vouloir repousser leurs examens. Le camp de Tennessee State University est-il vraiment une occasion unique à ne pas manquer pour l’avenir de ces élèves-athlètes? Ou est-ce une occasion unique d’en placer le maximum dans une école qui le rémunèrera pour ses services?
Comme me le faisait remarquer une personne avec qui je partageais mes réflexions, il serait intéressant de savoir ce que pensent des entraîneurs universitaires américains de ce choix de priorité. La réponse est claire pour les intervenants à qui j’ai posé la question. C’est ridicule.
Je le dis et je le répète, les expériences qu’une personne peut vivre en allant jouer quelques années au sud de la frontière sur des campus comme on en voit dans les films, c’est fantastique. C’est un choix qui est plus que légitime. Mais encore faut-il savoir dans quoi on s’embarque et ce qu’on cherche à trouver via ce type de cheminement.
Je vous laisse vous poser les questions que vous voulez avant de choisir d’y aller ou d’envoyer vos enfants là-bas. Et surtout avant de choisir qui vous accompagnera dans les démarches, si vous pensez avoir besoin de quelqu’un.
Faire passer un camp de football avant les examens du Ministère? Vraiment?
bonjour, est-ce que vous avez la même opinion pour les championnats de l’Est en gymnastique qui ont nécessité une dérogation à l’épreuve ministérielle du 8 mai? Est-ce qu’il y a des sports plus nobles que d’autres? Nous parlons ici d’une dizaine d’athlètes. Une tempête dans un verre d’eau! Il y a plus de parents qui partent en voyage pendant la période d’examen.
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Je n’ai pas toute l’information, donc difficile de se prononcer. Cependant, ça reste au moins un championnat. Tandis que là, il s’agit d’un camp comme il y en a des dizaines d’autres. Si les gymnastes ont obtenu une dérogation, elle a été accordée par le Ministère. Ça dépasse la simple justification d’une absence.
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