Crédit photo : Kyran Thicke

Les demi-finales du football universitaire au RSEQ sont généralement une formalité. Le Rouge et Or domine son match, les Carabins plantent leur adversaire et on se lance une invitation pour la coupe Dunsmore. 2023 ne sera pas différente dans sa finalité, mais le comment, lui, nous a offert du nouveau.

Mes impressions.

Concordia 27 – Laval 34

On se doutait bien que les Stingers de Concordia avaient tout en main cette saison pour défaire l’hégémonie du duo Laval-Montréal, en se présentant au stade Telus. D’abord, la formation de Brad Collinson venait de terminer sa saison régulière en l’emportant 16-14 contre les Carabins. Une performance digne de mention quand on sait qu’ils n’affrontaient pas l’équipe B malgré un match sans incidence au classement. Et le Rouge et Or se présentait avec plusieurs importants morceaux manquants.

Et non seulement les Stingers ont-ils remporté ce match, ils l’ont fait après avoir démontré une amélioration match après match toute la saison. Cette croissance s’est surtout fait remarquer du côté défensif du ballon. À leurs trois derniers matchs – trois victoires – ils n’avaient accordé que 44 points. Une moyenne de moins de 15 points alors qu’ils en allouaient plus de 30 après la première moitié de la saison.

C’est par ailleurs cette défensive qui a gardé Concordia dans le match au début de la rencontre. En effet, il a fallu attendre leur dernier jeu au deuxième quart avant de voir des points s’afficher de leur côté du tableau. Et c’est une pénalité de rudesse contre Olivier Roy et un jeu truqué sur une situation de dégagement qui ont permis de palier au manque d’exécution en attaque sur cette séquence. Néanmoins, on ne tirait de l’arrière que par sept points en rentrant au vestiaire.

Et c’est parce que la défensive n’a accordé que 120 verges à l’attaque du Rouge et Or pendant la première moitié du match que les Stingers étaient encore dans le coup. Notamment en réussissant une interception (Dawson Pierre) à la porte des buts après la meilleure poussée offensive des locaux,

La deuxième demie a donné un tout autre spectacle. Des revirements, des jeux ratés, de l’adversité, une remontée. Tout pour garder l’adrénaline de tout le monde à son sommet.

La chaîne aurait pu débarquer pour les Stingers au début du 3e quart quand le ballon remis à Adrien Guay a été échappé avant d’être récupéré et transporté jusque dans la zone des buts par le vétéran demi défensif du Rouge et Or Maxym Lavallée. Laval aurait pu en ajouter une couche sur sa séquence suivante, mais Vincent Blanchard a fait une chose qu’il fait très rarement, rater un placement. Et Concordia a suivi en traversant le terrain, gracieuseté d’Ezechiel Tieide qui a démontré qu’il méritait sa place parmi les étoiles du RSEQ cette saison.

Malgré toutes ses difficultés à se mettre en marche offensivement, Laval demeurait en avance et c’est le grand leader qu’est Maxym Lavallée qui s’est encore une fois imposé au début du 4e quart avec une interception ramenée sur 43 verges. Arnaud Desjardins l’a remercié en lançant une prise à son frappeur de coups de circuit du jour, Édouard Arsenault. Avec moins de 10 minutes à faire au match, le Rouge et Or prenait les devants par 14.

Les Stingers ont alors fait montre d’une force de caractère impressionnante pour créer l’égalité d’une façon qu’on n’a pas vue souvent sur les terrain du PEPS. D’abord, un touché sur une course d’Olivier Roy qui concluait une séquence de 101 verges. Puis après avoir forcé le dégagement, Roy a pris le ballon à sa ligne de 31 avec 2:32 à faire. Il a successivement rejoint Mathieu Robitaille, Jacob Salvail et Ezechiel Tieide. Puis, il a complété le boulot avec une autre passe à Tieide, sur 34 verges, pour le touché. Après le converti de Maximuik, on était à 24 partout. On allait terminer le tout en prolongation.

Après un échange de placements, le Rouge et Or a inscrit un touché. Encore une fois, Desjardins a trouvé Arsenault qui a encore fait la preuve de son grand talent en captant la balle du bout des doigts.

À leur tour en attaque, les Stingers ont mis leur jeu au sol à contribution dans l’espoir de répliquer. Tchembé et Roy ont tour à tour porté le ballon pour amener l’équipe à la ligne de 11 avec un 3e essai et deux verges à franchir pour poursuivre. Mais Roy a échappé le ballon qui a été recouvré par le secondeur Charles-Antoine Jacques. Et comme ça, les aspirations des visiteurs se sont évanouis pendant que la foule clâmait sa joie mélangée au soulagement de voir ses favoris ne pas avoir échappé le match.

Des émotions fortes des deux côtés, certes. Mais le grand amateur de football universitaire que je suis ne peut s’empêcher d’avouer qu’il partage un microscopique bout de la déception ressentie par les joueurs, les entraîneurs et les partisans des Stingers de Concordia. Non seulement parce que ça aurait été la première fois depuis 2012 qu’une équipe autre que Laval et Montréal participe à la finale de la coupe Dunsmore, mais aussi parce que ce groupe méritait sa chance.

Des émotions fortes aussi et surtout pour les finissants à Concordia. « J’ai une pensée spéciale pour les gars qui finissent. Un gars comme Jacob Salvail qui est arrivé ici en même temps que moi et à qui j’aurais tellement aimé offrir une chance de jouer en finale », m’a confié Brad Collinson 48 heures après le revers crève-coeur.

Après avoir écrit il y a quelques semaines à peine que le Rouge et Or et les Carabins étaient tristement trop forts, que le RSEQ était et serait pour encore longtemps une ligue à deux équipes, les Stingers ont tout mis en place pour prouver le contraire. Et ce n’est pas par chance, mais parce que cette équipe bien dirigée a su faire les choses de la bonne façon à tous les niveaux. Et en peu de temps.

Brad Collinson m’a confié qu’avec l’arrivée des nouveaux entraîneurs en défensive, il savait que ça prendrait un certain temps avant que tout se mette en place. « Il fallait trouver notre meilleur groupe de 12 joueurs. Les entraîneurs ont dû d’abord apprendre à connaître les gars. On a senti que les choses ont changé après la semaine de congé. On avait joué un bon match défensivement contre Laval et après ça, on a limité au maximum les verges des autres équipes contre nous. Et en attaque, on s’est mis à en mettre contre les grosses équipes aussi. »

Questionné sur ce qui l’a impressionné cette saison, Coach Collinson n’hésite pas à nommer Mendel Joseph, Loïk Gagné et Thomas Dussault en défense. « Joseph est une recrue qui a très bien réagi au fait de devenir partant dans le U Sports. Gagné a eu ses opportunités cette saison et il est devenu un joueur étoile. Dussault a été notre général dans la tertiaire. »

Il ajoute aussi la grande amélioration de sa ligne offensive et le travail des porteurs de ballon. « Le groupe était jeune la saison dernière. N’importe quelle équipe qui place trois recrues sur sa ligne offensive sait que ça ne sera pas parfait tout de suite. Et il faut dire que les gars l’avaient pris personnel après la saison dernière quand on disait d’eux qu’ils n’étaient pas assez bons. Et il faut parler de Franck (Tchembé) et Dwante (Morgan). Ils ont fait une grosse job cette année et ont permis à tout le monde de devenir meilleur. »

Maintenant, j’ai bien hâte de voir l’impact de la fin de saison des Stingers sur le recrutement. « Il y a des jeunes qui ont accepté de se joindre à nous déjà. Ça se passe plus vite que dans les dernières années. On espère qu’il y aura plusieurs joueurs qui vont voir qu’on n’est pas loin et qu’ils ont la chance de participer à quelque chose de spécial s’ils acceptent d’embarquer avec les Stingers », mentionne l’entraîneur-chef.

P.S. Kevin Mital a quitté la rencontre après avoir reçu un solide coup à la tête qui lui a fait perdre son casque. On a tout de suite constaté qu’il était sonné. Il m’a confirmé qu’il se sentait beaucoup mieux déjà le lendemain du match.

Sherbrooke 3 – Montréal 54

Que dire? Montréal semble dans une classe à part cette saison. À eux de le prouver la semaine prochaine…