Crédit photo : Michel Caron/Université de Sherbrooke
Mardi matin, à l’occasion du tournoi de golf Invitation Serge Savard, l’Université de Sherbrooke a annoncé la création d’un programme de hockey, masculin et féminin. Le tout rendu possible grâce à un don de six millions de dollars de l’homme d’affaires Herbert Black. Une grande et belle nouvelle, mais prélude à beaucoup de pain sur la planche.
Le communiqué de presse émis mentionne avec justesse l’importance du sport d’excellence comme élément d’attrait majeur pour les universités. L’événement chapeauté depuis quelques années par l’ancien directeur général des Canadiens de Montréal vise justement à amasser des fonds pour soutenir les étudiants et étudiants athlètes de l’Université de Sherbrooke. Et ce rêve qu’avait M. Savard de voir y naître un programme de hockey est maintenant concret.
Il faut se réjouir de cette annonce. Avec la compétition qui se renforcit chaque année en provenance de la NCAA, la rétention de nos étudiants-athlètes devient un enjeu. En offrant une option à nos étudiants-athlètes juniors et collégiaux de poursuivre leur cheminement académique et sportif de ce côté-ci, le Québec gagne à plusieurs niveaux.
Il sera intéressant maintenant de voir comment tout ce projet se matérialisera. Car si le problème de l’argent n’en est plus un – ce qui est déjà un gros plus – il y a toute une logistique à envisager avant de voir la rondelle tomber au centre de la glace pour un match officiel. Il y a bien entendu les évidences. Où va-t-on jouer, par exemple. Mais il y a des questions qui impliqueront des réflexions et possiblement des étapes à passer.
Simon Croteau, directeur général du Service du sport et de l’activité physique à l’Université de Sherbrooke, parle de l’annonce du don comme étant le premier domino. « Tout le travail reste à faire. Nos démarches pour évaluer la faisabilité ont été faites auprès de différents partenaires de la région et d’autres institutions qui ont des programmes de hockey. Bien entendu, il reste bien des choses à mettre en place, mais le don de M. Black vient nous permettre de lancer le projet. »
Une opportunité de répondre à un besoin
En fait, on devrait parler de deux projets. Car bien qu’il s’agisse du même sport et de la même institution, la réalité n’est pas la même pour les gars et pour les filles.
Le projet d’une équipe masculine répond à un besoin clair. Il manque d’équipes universitaires au Québec. Un point qui avait été souligné dans le rapport du comité chapeauté par Marc Denis déposé en mai 2022. Depuis, la création d’une ligue de calibre D2 au RSEQ a commencé à palier ce manque. L’ÉTS, l’UQAC, l’UQO, Concordia et le Collège militaire royal en sont. Tandis que McGill, Concordia et Trois-Rivières évoluent en D1, mais au sein de la conférence ontarienne.
Est-ce que l’arrivée du Vert & Or engendrera la création d’une ligue québécoise D1? Est-ce que la formation sherbrookoise joindra les rangs de la D2? Est-ce que ça se fera par étape? Tout ça n’est absolument pas réglé. Car, rien ne dit que l’OUA souhaiterait ajouter une équipe québécoise à sa ligue. Qui plus est quand ces équipes québécoises remportent ses championnats.
« Nous ne contrôlons pas ce que les autres universités veulent faire alors on ne peut pas affirmer avec certitude où on pourra jouer au départ. Mais l’idée de lancer le programme avec une équipe en D2 avant d’éventuellement intégrer un autre niveau fait partie des scénarios envisagés qui vont dans le sens des intérêts de messieurs Savard et Black », explique Simon Croteau
Par ailleurs, le directeur du département hockey au RSEQ, Dominic Ricard, n’est pas plus en mesure de répondre à ces questions au moment d’écrire ces lignes. Il ne savait pas, notamment, que l’Université de Sherbrooke s’apprêtait à communiquer une telle nouvelle.
« Tout d’abord, on prend avec grande joie l’annonce d’aujourd’hui. C’est plaisant de voir l’intérêt pour notre sport universitaire et avec la crédibilité ainsi que l’expérience de M. Savard, ce n’est que du bon pour notre hockey. On savait que ça se parlait, qu’il y avait des intentions, mais pas qu’une annonce aussi claire allait se faire. Donc, c’est difficile de dire ce que ça implique pour l’instant. Il y a encore beaucoup de choses à faire. »
L’équipe féminime, une demande l’université
Du côté féminin, l’enjeu est différent. Notons d’abord que c’était une volonté de l’Université de Sherbrooke que le déploiement d’un programme de hockey implique un volet masculin et féminin. Une question d’équité pour M. Croteau : « Ça fait partie des valeurs de l’institution d’avoir un équilibre et cet aspect à été abordé très tôt dans les discussions. Nous n’avons pas eu à insister, l’idée a été acceptée rapidement. »
Le développement au Québec passe par l’augmentation du bassin de joueuses. Un risque de dilution du produit a été soulevé par plusieurs intervenants chevronnés du milieu dans les dernières années, notamment Pascal Dufresne et Isabelle Leclaire.
D’ailleurs, l’arrivée en 2026 d’une nouvelle équipe dans le circuit universitaire québécois, celle du Rouge et Or, viendra déjà gruger dans ce bassin. Cependant, on sait à quel point le hockey féminin dans la région de Québec et de Chaudière-Appalaches est fort. Est-ce que ce sera la même chose pour l’Estrie? À voir.
À ce sujet, Dominic Ricard se fait toutefois assez rassurant. « Suite aux consultations que nous avions menées en janvier 2024 sur le développement du hockey, le hockey universitaire et le hockey féminin étaient ressortis comme deux priorités. On a alors commencé à documenter les bassins de joueuses, l’exode, etc. On est prêt à évaluer tout ça. Notre hockey collégial féminin D1 et D2 offre du très bon niveau. »
Bref, une superbe nouvelle. Un beau projet à suivre. Mais encore plein de tractations à venir.