Crédit photos: Heather McKeen Edwards/Xander Carbonneau/Marty Rourke

Samedi dernier, les Gaiters de Bishop’s sont devenus champions du RSEQ au basketball féminin et masculin. Leur équipe féminine de hockey s’est également qualifiée pour la finale québécoise. Ces trois programmes représenteront la province dans leur championnat canadien universitaire respectif. Un fait d’arme extraordinaire quand on sait que Bishop’s ne compte que 2 575 étudiants à temps plein. Mais qu’est-ce qu’on a mis dans l’eau là-bas?

Pour participer à la campagne de sociofinancement de Bulletinsportif : https://gofund.me/553aea49

C’est une question que se fait souvent poser Matt McBrine, directeur des sports de l’université. Arrivé en poste en 2017-2018 après 15 ans à la Fondation des anciens élèves, il a transformé le programme des Gaiters en s’attaquant à sa culture même.

« Les succès que nous vivons ne sont pas arrivés par accident »

Matt McBrine, directeur des sports de l’Université Bishop’s

Comment une si petite institution est en mesure de soutenir deux programmes de basketball champions, une équipe de hockey qui a attiré la meilleure joueuse au pays, une équipe de football championne de sa conférence, des équipes de golf parmi l’élite au Québec? Et tout ça, c’est sans compter le rugby, le soccer, le cheerleading et la crosse. Ajoutons aussi les équipes du cégep Champlain-Lennoxville qui évoluent dans les installations de Bishop’s et qui produisent chaque année des équipes d’élite et des étudiants-athlètes qui poursuivent leur cheminement dans les universités partout en Amérique du nord.

Bien sûr, les titres et les bannières ne font pas foi de tout. Si les Gaiters sont bons, c’est que leurs programmes sont bien faits, que les entraîneurs sont dévoués, que les installations sont de bonne qualité, bref que l’environnement est propice. Pour admirer les exploits des Victoria Gauna, Étienne Gagnon et Gabrielle Santerre, il faut saluer tout ce qui a mené à ce succès. Et pour mettre ça en place, ça prend une volonté de la direction, une priorisation du sport.

Coulter Field / Crédit : Scott Stoddard

Membre de l’équipe de football des Gaiters dans les années 90, M. McBrine a créé une recette, mais il souligne que les résultats viennent d’un énorme travail d’équipe. De la direction de l’institution, aux entraîneurs en passant par le réseau des anciens, c’est l’engagement de tout le monde qui a permis les succès qu’on constate aujourd’hui.

« À mon arrivée, les résultats de nos équipes n’étaient pas très bons. Nous n’attirions pas les meilleurs étudiants-athlètes. Nous avons alors travaillé avec la conviction que c’était le succès en-dehors du sport qui allait mener à des victoires », explique-t-il.

Il a alors été décidé de bâtir à partir de quatre grands piliers : la réussite académique, le développement du leadership, le bien-être de la personne et l’engagement communautaire. « On a appelé ça Win our way. Et ça a pris 3-4 ans à nos étudiants-athlètes pour bien comprendre ce qu’on voulait dire. »

Andrea Torres, entraîneuse de l’équipe féminine de basket; Matt McBrine, directeur des sports de Bishop’s; Sébastien Lebel-Grenier, principal et vice-chancelier de Bishop’s ; Matt MacLean, entraîneur de l’équipe masculine de basket / Crédit photo : Marty Rourke

Dans le processus, l’université a ensuite procédé à l’embauche d’entraîneurs qui allaient s’engager à prioriser le développement des étudiants-athlètes avant la victoire. Pour M. McBrine, « le but devait être de faire ressortir la meilleure version de chaque personne. » Et c’est alors, dit-il, qu’on a commencé à attirer les meilleurs étudiants-athlètes et non seulement des athlètes.

On a aussi choisi de donner la parole aux athlètes. Chaque équipe a son comité qui travaille avec Paul Ballard, l’entraîneur-chef de la formation féminine de soccer. Celui-ci est détenteur d’une maîtrise en leadership. Un élément important de la recette qui a permis aux étudiants-athlètes de constater que l’organisation avait vraiment leurs intérêts à coeur.

Pour la troisième année consécutive le total des victoires des équipes de Bishop’s établira un nouveau record. Et si les Gaiters forment des équipes championnes malgré la petitesse de leur institution, la direction est surtout fière de dire qu’elle forme également des étudiants accomplis.

« En 2018, nous avions 59 étudiants-athlètes avec une moyenne académique de 80% ou plus, cette année c’est 140. Huit de nos neuf équipes ont une moyenne supérieure à 75%. On ne peut pas gagner dans le sport si on ne gagne pas d’abord à l’école. »

Matt McBrine

Tout ça a pu arriver parce qu’un directeur des sports est arrivé avec une vision à laquelle il croyait. Mais également parce que son projet a été largement soutenu par la communauté de Bishop’s. « Nous avons le groupe d’anciens le plus engagé au pays », clame celui-ci. « L’excellent programme de bourses qu’ils nous permettent d’avoir est essentiel pour attirer des étudiants-athlètes comme Gabrielle Santerre. » (Santerre a été élue joueuse par excellence et recrue de l’année au Canada en hockey en 2024, une première dans l’histoire de U Sports en sport d’équipe)

Jane & Eric Molson Arena / Crédit : Karine Sirois

McBrine termine en soulignant à quel point il est fier de voir les résultats des efforts qui se concrétisent. « Maintenant, quand je parle à nos partenaires, je sais que nous avons tout pour être fiers de ce que nous offrons et du développement de nos étudiants-athlètes. Je savais que c’était possible de le faire, mais de le voir, ça me fait chaud au coeur. »

Une inspiration pour les autres universités québécoises?

Selon l’organisme Universités Canada, sur 95 universités au pays, Bishop’s était la 65e en terme de nombre d’étudiants inscrits à temps plein au 1er cycle à l’automne 2024 avec 2400. Les deux seules au Québec qui en avaient moins étaient TELUQ et l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Sauf que dans les deux cas, on a respectivement 4700 et 2900 étudiants à temps partiel. À Bishop’s? 275.

Ce que je veux faire ressortir ici est assez simple. Quand on veut, on peut.

À titre comparatif, l’Université de Montréal compte près de 25 000 étudiants à temps plein inscrits au 1er cycle et 11 500 autres aux 2e et 3e cycles. Polytechnique en a 6000 à temps plein au 1er cycle et les HEC, plus de 5300. Imaginez, les trois institutions sont réunies sous la bannière des Carabins. Je ne critiquerai jamais l’engagement de cette université envers le sport. Néanmoins, on peut légitimement espérer qu’on trouve un jour une solution pour y créer des programmes de basketball et une équipe masculine de hockey, notamment.

Avec plus de 22 000 étudiants à temps plein dans les trois cycles, il me semble que le projet d’une équipe de hockey à l’UQAM qui a déjà obtenu du soutien financier de la Fondation Molson aurait dû voir le jour. Oui, il y a du basket, du cheerleading, du volleyball féminin, du soccer et du flag-football à l’UQAM, mais il y a de la place pour davantage.

L’UQTR a refusé de se lancer dans un projet pour ramener une équipe de football en 2016. Les circonstances n’étaient pas idéales à l’époque au niveau financier et de la gouvernance. S’il y avait eu un réel intérêt pour ça, la haute direction aurait certainement recontacté le comité de relance qui s’était alors formé. Je peux vous dire, officiellement du moins, que le retour du football à l’UQTR n’était pas dans les cartons en 2024. Et que dire de la décision récente de cesser le soutien au programme de baseball?

L’institution trifluvienne compte plus de 10 000 étudiants à temps plein, dont plus de 8000 inscrits au premier cycle. C’est 3,5 fois plus que Bishop’s. Les Patriotes, ce sont quand même un programme de hockey masculin, du soccer, du volleyball féminin, de l’athlétisme, de la natation, du cheerleading, du golf et du tennis. Ce n’est pas rien. Mais dans une province où le football et le hockey sont si forts et dans une région bien nantie en athlètes, l’absence de projets concrets d’équipes de football et de hockey féminin est presque une aberration.

L’Université de Sherbrooke, ce sont 12 000 étudiants de premier cycle à temps plein. 18 000 en y ajoutant ceux des cycles supérieurs. Où sont les programmes de basket? De hockey? Serait-il possible d’avoir un terrain de football digne de ce nom ET un stade d’athlétisme?

Et là, je parle de certaines des plus grandes institutions francophones. Celles qui en font déjà un bon bout.

La réalité c’est que si on veut avoir plus que trois équipes de volleyball masculin ou de hockey masculin (D1), plus que quatre en hockey féminin et plus que cinq en basket et au football au Québec, il faut aussi que des universités comme l’Université du Québec à Chicoutimi ou l’Université du Québec en Outaouais s’y mettent.

L’UQAC a intégré U Sports en juin 2023. Un bon départ. Avec son équipe d’athlétisme/cross-country, de volleyball féminin et de hockey masculin D2, on a le début de quelque chose. Mais peut-on faire plus quand on a le double des étudiants de Bishop’s?

L’UQO a plus de 3500 étudiants à temps plein au premier cycle. À part une équipe de golf et une de hockey masculin D2, qu’y a-t-il là-bas? On avait une équipe de flag-football lors des trois premières saisons de la ligue, mais en 2024, l’UQO n’était plus représentée. Comment se fait-il qu’une région comme l’Outaouais n’ait pas une université plus présente sur la scène sportive québécoise?

Je sais très bien qu’on ne créé pas des programmes sportifs universitaires en claquant des doigts. Je sais que les infrastructures et les opérations coûtent cher. Je sais qu’il faut être en mesure d’offrir un encadrement médical et autre. Je sais qu’il faut trouver du financement. Je sais que le système des cégeps modifie le paysage en comparaison avec l’offre des autres provinces. Et je sais que je ne sais pas tout ce que ça implique dans le menu détail. Enfin, je sais aussi que la priorité absolue d’un établissement d’enseignement supérieur n’est pas d’accrocher des bannières au plafond de son gymnase.

Néanmoins, le sport demeure un investissement. La très, très vaste majorité des universités américaines de la NCAA ne font aucun profit avec le sport, contrairement à ce qu’on pourrait penser. Sauf que le sport finit par générer plus de bénéfices à d’autres niveaux. Le sentiment d’appartenance, la persévérance scolaire, la mobilisation des anciens, notamment. Les universités qui investissent dans le sport le font parce que c’est bon pour elles et pour les étudiantes et étudiants.

Il y a lieu de se demander pourquoi le réseau universitaire au Québec n’est pas plus étoffé dans certaines disciplines sportives. Et l’exemple de Bishop’s démontre que l’argument de la taille de l’établissement n’en est pas un quand la volonté y est.