Crédit photo : Matt Garies – McGill Athletics

La saison 2024 de football universitaire est à nos portes. Le 23 août prochain, la conférence québécoise lancera les hostilités alors que Sherbrooke sera au CEPSUM pour y affronter les champions en titre de la coupe Vanier. D’ici là, Bulletinsportif vous propose un portrait pré-saison des équipes en lice. Pour ce quatrième volet, voici les Redbirds de McGill.

Les bâtiments patrimoniaux ont ceci de particulier qu’il faut les traiter avec beaucoup de soin quand on les rénove. Le programme de McGill qui célèbre en 2024 ses 150 ans d’histoire sort d’une période d’évaluation importante et la décision a été prise d’en refaire les fondations. Et c’est à un nouvel architecte qu’on demande d’orchestrer les travaux.

Alex Surprenant a passé les dernières années à coordonner l’attaque des Stingers de Concordia après avoir été entraîneur-chef des Géants de St-Jean. Il a un plan en tête, il l’a partagé à tout le monde de haut en bas dans l’échelle sportive de l’université et il a le soutien de tout le monde. Incluant les anciens. Un élément qu’il ne faut jamais négliger à McGill.

Alex Surprenant / Crédit photo : Matt Garies – McGill Athletics

En entrevue, Surprenant a beaucoup parlé de la culture à instaurer, des façons de travailler à implanter. « On profite du camp pour établir notre culture. Et c’est important que ce ne soit pas moi qui arrive avec mes valeurs, mais que ça vienne des joueurs. C’est leur équipe. »

Et c’est vraiment l’équipe de tout le monde, peu importe le statut passé des joueurs. « Il y a beaucoup de changements ce qui a pour effet de niveler les choses. Recrues et vétérans partent à égalité. Ça fait qu’on a des jeunes qui se permettent de prendre la parole dans les meetings et des vétérans établis qui doivent se prouver parce qu’ils font des erreurs. C’est nouveau pour tout le monde. »

Le quart étoile de troisième année Éloa Latendresse-Régimbald et le vétéran demi défensif Ryan McNally sont très enthousiastes à propos de l’approche de Coach Surprenant. « La culture et la cohésion qu’ils veut implanter sur et hors du terrain vont vraiment nous rendre meilleurs. Ça commence par la confiance qu’on bâtit entre nous », affirme Latendresse-Régimbald

La nouveauté ne signifie pas pour autant que les vétérans n’ont pas un rôle important à jouer. Surprenant a d’ailleurs utilisé un truc de son nouveau collègue de l’équipe masculine de hockey, David Urquhart, en instaurant un programme « Big Brother ». Chaque recrue est associée à un vétéran qui est là pour l’aider dans tous les aspects qui touchent l’école.

Il faut dire que le nouvel entraîneur-chef ne se contente pas d’exiger de la discipline et de faire apprendre un nouveau cahier de jeux basé sur le RPO (Run Pass Option) à ses joueurs. En confiant la préparation mentale à Marc Glaude (qui sera aussi en charge d’entraîner la ligne offensive), il a également fait appel au Dr. Gordon Bloom, une sommité à McGill en psychologie du sport. Celui-ci est venu parler aux joueurs, des rencontres sans les entraîneurs ont été organisées, ainsi que des activités de consolidation d’équipe.

« McGill est une université extraordinaire. Il y a ici des gens extrêmement brillants. Il faut les utiliser. Je veux que l’équipe de football travaille en partenariat intra-universitaire. Pour la psychologie, oui, mais aussi en kynésiologie, en nutrition, en statistiques avancées », explique un Surprenant très enthousiaste.

Et quand il regarde son équipe, que constate-t-il? « On a un groupe de joueurs tannés de perdre. Ils savent qu’ils doivent changer des choses. On a établi des règles à suivre et je n’ai senti aucune réticence. C’est une très bonne chose. Aussi, le talent est là. On n’a pas à partir de zéro. Nos joueurs importants sont de qualité très intéressante. Le plus grand problème est qu’on n’a pas la profondeur des grandes équipes. On va y travailler pour le futur. »

Alex Surprenant a pris le temps de faire le tour de chacune des positions. Sans surprise, le grand Éloa Latendresse-Régimbald aura les guides en main. Il a des nouvelles choses à apprendre pour appliquer le système de ses nouveaux coachs, mais son talent et son style devraient très bien s’adapter. Ses qualités athlétiques ne sont plus à prouver. Qui plus est, les deux hommes se connaissent depuis 2019 alors qu’ils étaient ensemble avec Équipe Québec.

« Ça va être le fun d’avoir un système offensif avec lequel on peut jouer sur les forces des gars. Le RPO, ça va bien pour un quart mobile comme moi. On a eu trois cahiers de jeux différents en deux ans. Ça n’a pas toujours été simple. Mais cette saison, on a une très bonne ligne directrice. Les entraîneurs donnent aussi le temps à tout le monde de bien maîtriser le système. L’emphase est mise sur la compréhension collective des jeux et pas seulement sur les tâches individuelles de chacun », raconte Latendresse-Régimbald.

Éloa Latendresse-Régimbald / Crédit photo : Matt Garies – McGill Athletics

Le #5 misera sur un groupe de receveurs aguerris avec le retour de Darius Simmons notamment. Le prolifique receveur a été très déçu de ne pas être sélectionné lors de l’encan de la LCF. Il n’était pas présent au camp de printemps, mais après une rencontre avec Surprenant en juillet, il a pris la décision de venir jouer sa dernière saison universitaire. Avec les Traoré (blessé, il a raté la première semaine du camp), Langlais, Barakett et Turcotte, le talent est au rendez-vous. Ajoutez à ce groupe la recrue Félix Joly de St-Jean qu’Alex Surprenant n’a pas hésité à nommer – et pour les bonnes raisons – à quelques reprises durant notre entretien.

ELR en est très excité : « Chaque gars apporte quelque chose de différent à la table. On sait ce que Darius est capable de faire. Ce sera une redemption shot pour lui et il va avoir ses occasions de faire des gros jeux. Abdala est une super belle cible (6’5) et on se connaît depuis qu’on a huit ans, depuis nos années à Sun Youth. Il y a aussi la « perle de Jonquière », Will Langlais. Puis, il y a le nouveau, Félix Joly, avec qui j’ai déjà développé de bons liens. Il a déjà un impact positif sur tout le groupe. Il sera un leader de cette équipe dans le futur.

Le jeu au sol devrait être encore très solide avec le très rapide Brandon Ciccarello, mais aussi Jeffrey Amisial-Chatelier et Benjamin Bergeron-Spénard. Ceux-ci évolueront derrière une ligne offensive à ne pas sous-estimer menée par les vétérans Michael Vlahogiannis (repêché par Winnipeg), Domenico Piazza, Félix-Olivier Leclerc et Zachary Aboud. À surveiller le Beauceron Louis-Gabriel Hallé qui aurait une longueur d’avance sur ses coéquipiers pour gagner un poste parmi les cinq partants.

En défensive, on devrait voir un mélange de recrues et de vétérans sur le terrain.

Selon Surprenant, sur la ligne défensive, la recrue en provenance des Cougars de Champlain-Lennoxville, Charles-Hugo Thomassin ferait très bien. Christophe Labbé qui a été stoppé par les blessures l’an passé montre aussi de belles choses. Nassib Hassouna, Léandre Montour et Aidan Licoppe sont aussi de retour. Thomas Pilon ratera malheureusement la saison.

Chez les secondeurs, les Luca Ruffolo, Ilan Barbaras et Alex-Antoine Mayer semblent être les prétendants aux rôles de partant. Tandis que sur la tertiaire, on a bien entendu l’excellent Ryan McNally, mais également un Mathis Pilon qui aurait pris beaucoup de masse musculaire.

Ryan McNally / Crédit photo : Matt Garies – McGill Athletics

Il y a aussi deux joueurs qui évoluaient aux États-Unis l’an passé qui seront à surveiller. Nate Roy est un transfert de l’Université Cornell dans la IVY League. Philippe Bouthot vient quant à lui de graduer de McCallie au Tennessee. Deux jeunes hommes qui ont capté l’oeil de leur nouvel entraîneur-chef.

La saison 2024 ne verra probablement pas les Redbirds de McGill inscrire leur nom sur la coupe Vanier pour une première fois depuis 1987. Cependant, on vise une participation aux éliminatoires. « Tout le monde joue pour gagner. Il y a cinq équipes dans notre conférence et quatre font les séries. C’est un objectif pour nous d’y être. »

Surprenant explique cependant ce qui sera le plus important dans l’évaluation des ses troupes. « À la fin de l’année il s’agira de voir à quel point on aura réussi à implanter ce qu’on veut amener. Les mots-clés sont d’avoir une équipe intelligente. C’est ça McGill. Il faut maîtriser nos assignations, être prêts à jouer, reconnaître les situations, avoir de la discipline. On veut voir une amélioration dans l’exécution, mais surtout, il n’y aura pas de compromis sur le plan à long terme. »