Crédit photo : Mathieu Bélanger

La saison 2024 de football universitaire est à nos portes. Le 23 août prochain, la conférence québécoise lancera les hostilités alors que Sherbrooke sera au CEPSUM pour y affronter les champions en titre de la coupe Vanier. D’ici là, Bulletinsportif vous propose un portrait pré-saison des équipes en lice. Au tour des finalistes de la coupe Dunsmore, le Rouge er Or de l’Université Laval.

Une saison sans coupe Vanier est synonyme d’insatisfaction à Québec. Le programme le plus décoré du football universitaire canadien a établi des standards très élevés et la victoire finale est le résultat attendu. La défaite de 12-6 en finale de la conférence québécoise face aux Carabins en 2023 implique nécessairement que des choses vont être remises en question pour 2024.

Arnaud Desjardins le quart-arrière qui avait mené le Rouge et Or à la coupe Vanier en 2022 est aujourd’hui dans l’obligation de se battre pour mériter son poste de partant. Après avoir décoché 20 passes de touché contre quatre interceptions pour 2555 verges de gain en 2022, ses chiffres ont été plus modestes la saison dernière avec 12 touchés, 8 interceptions et 2028 verges par la voie des airs.

Arnaud Desjardins / Crédit photo : Rouge et Or

Bien que l’entraîneur-chef Glen Constantin ait publiquement mentionné que le poste était à prendre au camp, le grand Desjardins ne semble pas trop s’en faire. « Je contrôle ce que je peux contrôler, mais ça va bien et je suis confiant. C’est certain que les résultats d’un quart-arrière ont un impact direct sur les résultats de l’équipe. Ce sera à moi de mieux exécuter, augmenter mon pourcentage de passes complétées et surtout mieux protéger le ballon. On met beaucoup d’accent là-dessus d’ailleurs. »

Son entraîneur-chef tient cependant à mentionner le travail qu’a fait son coordonnateur offensif Justin Éthier pour s’assurer que Desjardins saisisse bien le message et qu’il ne voit pas dans cette compétition un vote de non-confiance. « C’est certain qu’un gars qui a mené son équipe à la coupe Vanier une année et qui a un peu plus de difficulté la suivante pourrait être dérangé par la situation. D’ailleurs, il n’a pas apprécié quand on a décidé de le remplacer dans un match. Mais, il va bien et il comprend que les autres joueurs aussi font bien et méritent leur opportunité. Il est encore tôt par contre, je pense qu’Arnaud a une petite avance », nous explique Constantin.

Victor Charland a été un quart-arrière tout étoile avec les Nomades de Montmorency. Un joueur qui prend des décisions rapides et qui a tous les atout pour bien diriger une offensive. Il sera très intéressant de voir qui aura la pôle à l’issue du camp et aussi quel sera sa marge de manoeuvre en début de saison. Jérémy Ouellette qui a mené les Titans de Limoilou à deux Bols d’Or n’est pas piqué des vers lui non plus. Un « gamer » doté d’un instinct et d’une soif de gagner hors du commun.

Outre les interrogations au poste de quart, l’attaque de Justin Éthier en est maintenait à l’ère post-Mital. Le plan de match offensif sera assurément modifié avec cette arme en moins. Malgré cela, Arnaud Desjardins y voit du bon. « C’était évidemment dans le plan de match d’utiliser Kevin, mais ça permettra possiblement encore plus de diversité. Il y a une très belle chimie dans notre groupe de receveurs et un nouveau leadership qui s’installe avec Guillaume Cauchon et Olivier Cool en plus des vétérans comme Édouard Arsenault, Isaac Gaillardetz et Andrew Menzies. »

Édouard Arsenault / Crédit photo : Mathieu Bélanger

Constantin est particulièrement impressionné du travail des recrues Liam McGonigal et Noah Smallwood, malgré une légère blessure qui a affecté ce dernier. Il a aussi mentionné le travail d’Isaac Gaillardetz qui poursuit sa lancée après avoir été choisi joueur le plus amélioré à la fin de la dernière campagne.

La saison dernière a offert du jeu moins constant à une position qu’on prend pour acquise chez le Rouge et Or, la ligne offensive. Mené par un entraîneur dont les preuves ne sont plus à faire en Carl Brennan, le groupe aurait travaillé sur sa communication. « Les gars ont du fun ensemble, ils s’entendent bien et ça paraît. C’est important cette chimie sur une ligne. Le feeling est bon », analyse Desjardins.

Enfin, du côté des porteurs et des ailiers rapprochés, le #12 est impressionné de voir toute la profondeur. « Les 6-7 premiers porteurs et les 3-4 premiers ailiers rapprochés sont tous en mesure de voir du terrain et de très bien faire. L’arrivée d’Antony Auclair aide beaucoup. »

Kalenga Muganda est du groupe de porteurs. À voir comment il saura rebondir après une saison d’absence. On me dit que Mathieu Roy, l’ancien de Saint-Jean-Eudes et de Champlain-Lennoxville, sera à surveiller. J’ai aussi hâte de voir l’évolution de Shawn Valentine et si des recrues explosives comme Rémi Nadeau et Charles Bourgault pourront voir beaucoup de terrain.

En défensive, Marc Fortier devra trouver les bonnes personnes pour combler les départs de Jean-William Rouleau, Maxym Lavallée, Félix Petit, Charles-Antoine Jacques et Cristophe Beaulieu notamment. Des opportunités très intéressantes donc de voir ce que les dernières grosses cohortes de recrutement ont à offrir. On a vu les Justin Cloutier et Jordan Lessard prendre une très grande place dès leur première année en 2023. Qui fera de même en 2024?

En discutant avec la recrue par excellence au Canada en 2023, Justin Cloutier, l’enthousiasme semble au rendez-vous. « Je n’ai pas eu de camp l’an passé alors c’est certain que c’est mieux cette année », avoue-t-il en riant quand je lui ai demandé quelle était la plus grande différence maintenant qu’il n’est plus une recrue. « C’est certain que d’avoir eu une bonne saison en 2023 me donne confiance pour cette année et ça fait en sorte que les gars alentour aussi me font confiance. Je prends plus de place dans mon rôle de leader. Mais il faut toujours se prouver. »

Justin Cloutier : Crédit photo : Rouge et Or

Cependant, Cloutier n’a pas hésité à me dire que lui et son coéquipier Jordan Lessard s’attendent à connaître une grosse saison. Les deux jeunes ont épaté à leur première saison et visiblement, cette défensive commence déjà à être la leur.

Celui qui a cumulé le deuxième plus haut total de plaqués derrière Francis Bouchard l’automne dernier constate que les batailles sont très intéressantes à toutes les positions. « On n’a pas gagné alors ça laisse un goût amer. Alors il faut travailler plus fort et s’améliorer à chaque jour. Les jeunes poussent les vétérans et à force d’entrer des nouveaux jeux, on voit que les recrues sont excellentes. Sur la ligne défensive, c’est impressionnant, mais il y a toujours de l’adaptation à faire. »

Le joueur défensif par excellence au collégial D1 avec CNDF, Thomas Gosselin semble le joueur tout indiqué pour prendre la relève de Rouleau. Une très forte présence au centre le la ligne défensive. Loïc Brodeur de Lionel-Groulx est aussi un joueur à surveiller. Jacob Jinchereau, l’ailier défensif provenant de Grasset n’a pas été en mesure de jouer une saison complète en 2023, mais s’il demeure en santé, il sera un atout de taille. Christophe St-Hilaire sera assurément du groupe de partants.

Glen Constantin m’a aussi parlé d’un joueur moins connu des amateurs, Yoann Miangué. Le plaqueur de 6’5 et 300 livres originaire de la France a fait le NFL Pathway avant de se retrouver avec le Rouge et Or.

Chez les secondeurs, outre Cloutier, il y a Christopher St-Hilaire et William Tremblay qui m’intriguent.

Enfin, dans la tertiaire, je m’attends à voir Émil Barthélémy patrouiller le coin opposé à celui de Lessard. Emmanuel Awuni est un joueur que j’ai toujours bien aimé, tout comme Edward Bolduc. Par contre, celui qui pourrait être la meilleure solution pour combler la perte de Lavallée est Diego Arenas, un transfert de Waterloo. Un athlète rapide et intelligent.

Selon Cloutier, l’arrivée de nouveaux joueurs sur le terrain ne devrait pas trop changer les systèmes défensifs. « Marc est un excellent coordonnateur et il va bien sûr s’adapter à chaque semaine selon nos adversaires. Mais en général on garde la même approche. »

Le départ de l’excellent botteur Vincent Blanchard maintenant avec les Elks d’Edmonton laisse aussi un poste important à combler. Felipe Forteza qui a été étincelant avec les Titans de Limoilou en 2021 et 2022 sera certainement en lice pour prendre la relève, lui qui avait maintenu une moyenne supérieure à 40 verges par dégagement et de 61 verges sur les bottés d’envoi en 2022.

« Le camp est très court, seulement 14 jours. Et on a beaucoup de postes à combler. Même si le camp de printemps nous a donné une bonne idée de qui prendra les places disponibles, le match préparatoire contre Bishop’s va être important pour nous. Faire du rodage avec des arbitres et un vrai adversaire, ça change les choses », explique Glen Constantin avant d’ajouter : « Il y aura beaucoup de changements alors la première moitié de saison va aussi servir à travailler sur le développement. »

Les nombreux changements auront assurément un effet sur la formation de Glen Constantin, mais ça ne signifie pas qu’il faut prendre le Rouge et Or pour négligé dans la conférence québécoise. Le talent est très, très relevé et la qualité des entraîneurs n’est plus à démontrer. La plus grande question sera de voir si on pourra rapidement trouver la constance et la confiance nécessaires pour gérer les grands moments.

J’ai très hâte de voir de quoi aura l’air cette mouture 2024. Car non seulement l’édition 2023 n’a pas gagné la coupe Dunsmore, elle a bien failli ne pas se rendre à la finale. On se rappelle qu’il a fallu la prolongation pour vaincre Concordia. Est-ce que le géant a été ébranlé ou réveillé? À suivre.