Les matchs entre les Carabins et le Rouge et Or sont toujours attendus avec beaucoup de frénésie pas les amateurs. La rivalité, oui, mais la promesse d’avoir des matchs chaudement disputés est invitante pour tout fan du ballon pointu. Cette dernière n’a cependant pas été tenue samedi au CEPSUM alors que le Rouge et Or a été reçu avec une raclée en règle de 28-0.
Pendant ce temps, les Stingers de Concordia ont aussi corrigé leur adversaire, une victoire de 39-7 face au Vert & Or de Sherbrooke. Si on est habitué à des matchs âprement disputés entre ces deux équipes, la bataille a été dominée par la troupe de Brad Collinson qui joue avec une confiance grandissante.
Mes impressions
1- Je n’apprends rien à personne, mais Jonathan Sénécal est dans une classe à part. Autant dans le RSEQ que dans tout le football universitaire canadien. Peu importe les statistiques qu’on voudra me sortir pour en promouvoir un autre, si Sénécal n’est pas votre favori pour le Hec Crighton, c’est que vous ne regardez pas les matchs.
Ce gars-là contrôle la partie avec une apparente aisance que je n’ai jamais vue. Non seulement on le voit exécuter avec précision, mais il a tenté des choses face au Rouge et Or qui frôlaient l’insolence tellement sa confiance est immense. On le voit à chaque match dans sa physionomie, dans ses réactions, dans son attitude. Sénécal, cette année, a transformé son potentiel et son talent brut en la machine spéciale que plusieurs annonçaient depuis quelques années. Chapeau à lui parce qu’il n’y a pas tout le monde qui peut le faire. Ça prend une force particulière entre les oreilles.

2- 421 à 146. Les verges gagnées par chaque équipe. En reculant jusqu’à 2002, je n’ai trouvé aucun match au cours duquel le Rouge et Or avait amassé moins de verges. À trois reprises, ils ont terminé une rencontre avec moins de 200 verges, mais 146? jamais. Et il ne s’est pas infligé ça tout seul.
3- Le Rouge et Or n’a pas atteint la « red zone » une seule fois. Il a fallu attendre à la toute fin du match pour les voir dépasser la ligne de 44 de Montréal. Avec Victor Charland aux commandes, ils ont réussi à se rendre au 26. Mais Samuel Leduc a mis fin au party que se payait le quart recrue à ses premiers pas au niveau universitaire en lui faisant le perdre le ballon avant de le récupérer lui-même. D’ailleurs, la réaction des coéquipiers de Leduc en disait long sur leur appréciation du travail qu’il accomplit en coulisses.
4- La défensive des Carabins est la meilleure du RSEQ aujourd’hui, sans aucun doute possible. On en a eu une preuve probante avec une démonstration de force peu commune contre une offensive très bien nantie. Oui, les blessures aux joueurs de ligne défensive du Rouge et Or peuvent fausser les données comparatives. Malheureusement, ça fait partie du sport. Souhaitons-leur un retour en santé pour les éliminatoires. Ceci dit, même si je considère Jean-William Rouleau comme le meilleur à sa position, je ne suis pas certain qu’en santé ce groupe est meilleur que celui des Carabins. Jeremiah Ojo est un monstre cette saison. Avec Gabriel Maisonneuve et Christophe Fontenard notamment, la ligne a fait mal paraître le quintet de Carl Brennan tout l’après-midi.
5- Et que dire du groupe de secondeurs? Nicky Farinaccio le mentionnait en début de saison. Selon lui, il s’agissait du meilleur au Canada. Ce serait très difficile de ne pas lui donner raison quand on voit ce que Miessan et lui font match après match. Que ce soit avec le colosse Mohamed Elshal ou Nicolas Roy pour les compléter, on ne trouve pas mieux actuellement, du moins au Québec. Imaginez, Charles-Elliott Bouliane et Samuel Leduc sont réservistes!!!
Enfin, une tertiaire qui compte les St-Cyr, Lagacé, Gauthier, Doyon et Perrier dans ses rangs n’a certainement aucun complexe à avoir. D’ailleurs, quand on a un demi de coin partant comme Louis-Philippe Gauthier dont on entend pratiquement jamais parler, ça devrait donner une idée du travail qu’il accomplit.
6- Le jeu qui a tout déclenché pour les Carabins a été l’interception de Nicky Farinaccio ramenée à la porte des buts de Laval. Sur le jeu précédent, le secondeur étoile venait d’écoper d’une punition pour hors-jeu. Jonathan Sénécal a inscrit le premier touché immédiatement après en portant lui-même le ballon. Puis on a forcé Laval à concéder un touché de sûreté dès la séquence d’après. Le match jusque là sans histoire prenait forme.

7- Jonathan Sénécal a ensuite disséqué la défensive du Rouge et Or en distribuant des passes successives à Dosso, Gourgon, Chabot, Legault, puis Gourgon à nouveau, avant de finir avec un bijou sur 7 verges à Hassane Dosso. Ce dernier jeu m’a fait penser à Doug Flutie. Feinte de déplacement vers la droite avant de changer de direction, de se débarrasser de la pression avec sa vitesse et de compléter en jetant du revers le ballon vers son receveur étoile resté fin seul. Du bonbon.
8- Le reste du match a été l’affaire des unités spéciales qui ont obligé le Rouge et Or à amorcer ses possessions profondément dans sa zone et de la défensive qui a cloué sur place Arnaud Desjardins et sa bande.
9- Neuf receveurs de passes et quatre porteurs de ballon – sans compter Sénécal – ont eu le ballon entre les mains à un moment ou un autre du match pour les Carabins. Dosso a capté neuf des 24 passes de Sénécal alors que Lyshawm Dubois et Redval Keita ont porté le ballon huit fois chacun. C’était aussi le retour au jeu de Lucas Dembele qui avait été blessé lors du premier duel face à Laval.
10- Carl Chabot a été utilisé à toutes les sauces et quand Marco Iadeluca et Gabriel Cousineau peuvent miser ce joueur en santé, c’est toujours un avantage pour eux. Il a complété le match avec 94 verges au sol, dans les airs et sur des retours de bottés. J’ai bien aimé le voir prendre position directement comme porteur de ballon sur certains jeux.
11- Avec ses cinq sacs, la défense des Carabins en a maintenant 16 en 7 matchs. Mais le Rouge et Or en a accordé 15, ce qui le place au cinquième et dernier rang du RSEQ à ce chapitre. Pas exactement dans les habitudes de la maison…
12- On aura peut-être l’occasion de reparler d’un match Laval-Montréal si les deux équipes se mesurent à nouveau pour la coupe Dunsmore, mais nonobstant ce qui se passera d’ici ce match hypothétique, le Rouge et Or aura à faire face à tout un paquet de questions s’il veut trouver des solutions au casse-tête en bleu.
Sherbrooke 7 – Concordia 39
1- Comment assommer une équipe de football? Une façon que je pourrais vous suggérer serait de marquer un touché de 90 verges sur une faufilade du quart dont l’objectif était simplement d’amasser quelques pouces pour un premier essai. Les joueurs de ligne défensive Zachary Moore et Emeric Hamelin se sont lancés au sol et le centre Andrew Pearson a réussi à les éviter pour aller bloquer le secondeur Étienne Bouffard permettant ainsi à Adrien Guay de détaler pour le touché.
2- Vous savez ce qu’il y a de plus assommant encore? Le faire deux fois dans les cinq premières minutes d’un match. Guay s’y est pris à deux reprises cette fois, mais comme la première fois, Guay a simplement laissé la ligne défensive de Sherbrooke s’écraser au sol devant lui avant de lancer un sprint de 48 verges pour une deuxième touché. Cette fois, c’est François Smith qui s’est occupé de bloquer Bouffard pour éliminer le seul rempart restant entre Guay et la zone des buts.
3- Le Vert & Or ne s’est pas laissé démonter malgré tout. Anthony Robichaud a généré une poussé de 100 verges qui s’est terminée par une course d’une verge de Michael Morin sur un troisième essai et les buts pour un touché.
4- Le troisième touché des Stingers est survenu quand Gabriel Morissette a cueilli le ballon à la ligne de 2 de Sherbrooke pour le transporter dans la zone payante après que son coéquipier William Castonguay ait bloqué le dégagement tenté par Noah Legros. Visiblement les situations de formations spéciales ont coûté cher en début de match pour le Vert & Or.
5- Jonathan Martel-Joseph est un joueur très dynamique pour le Vert & Or. Le porteur de ballon de ballon recrue, ancien des Géants de St-Jean, a amassé de 60 verges en portant, captant et retournant des ballons. J’ai hâte de voir ce que l’avenir lui réserve. Il aura certainement un grand rôle à jouer dans les succès du Vert & Or éventuellement.
6- Le jeu au sol de Concordia est très solide cette saison. Si c’est habituellement Franck Tchembe qui termine les matchs avec le haut du pavé pour les Stingers, cette fois-ci c’est Dwante Morgan qui a été le plus utilisé. Il a terminé la rencontre avec 101 verges de gain sur 13 courses.

7- La recrue Mendel Joseph a réussi sa première interception au niveau universitaire quand il a capté une passe imprécise d’Anthony Robichaud en direction de William Marchand. Ce jeu a mis la table pour un touché de quatre verges d’Ezechiel Tieide. Ce dernier venait de capter une passe de 36 verges deux jeux plus tôt. D’ailleurs, n’eût été d’un plongeon désespéré d’Olivier Joly pour faire trébucher Tieide, le touché aurait été complété sur ce jeu.
Joseph s’est distingué à nouveau au début du 4e quart lorsqu’il a culbuté Jonathan Martel-Joseph qui venait de capter une passe. Toute une addition à cette défensive.
8- Morgan a inscrit le dernier majeur de la rencontre sur une course spectaculaire de 18 verges marquée par une série de pas de danses à la ligne de mêlée pour éviter les plaqués avant de détaler à sa droite. Sur le jeu précédent, Tristant Mancini avait démontré toute sa vitesse quand il a détalé pour un jeu de 58 verges après avoir capté un passe de Roy au centre du terrain.
9- Le Vert & Or a encore deux matchs à jouer pour éviter d’être blanchi de la colonne des victoires et tenter de se qualifier pour les éliminatoires. D’abord en recevant la visite du Rouge et Or, puis à McGill. Ce dernier match pourrait très bien être décisif si les Redbirds s’inclinent contre Concordia la semaine prochaine. Mais encore faudra-t-il que Sherbrooke l’emporte par plus de 12 points. Bref, la route est encore parsemée d’embûches pour les hommes de Mathieu Lecompte.
10- Les Stingers viennent de disputer leurs deux meilleurs matchs défensifs en terme de points accordés et de verges au sol allouées. Avec le succès qu’ils connaissent au sol, s’ils peuvent amasser un peu plus de verges par la voie des airs, ils seront dangereux pour quiconque se trouvera sur leur chemin.